70 ans de l'Etat d'Israel
Crédits photo : Ilja Jefimovic

La visite de Benyamin Nétanyahou à son allié américain, les 27 et 28 janvier 2020, est porteuse d’un grand paradoxe. En soixante-douze ans d’histoire, jamais l’Etat d’Israël n’a été aussi fort, et jamais son Premier ministre n’a été autant contesté chez lui. Il est inculpé, dans trois affaires différentes, pour « corruption », « malversations » et « abus de confiance ». Indépendante, très à cheval sur la déontologie administrative, la justice israélienne n’a pas hésité, par le passé, à jeter en prison un ancien premier ministre.

Politiquement, le Likoud de Netanyahou n’est plus aussi puissant qu’avant. Il n’a emporté que 32 sièges sur les 120 que compte la Knesset, lors des élections générales de septembre 2019. L’usure du pouvoir a joué car Netanyahou, avec plus de 5000 jours comme Premier ministre, a battu le record de longévité du travailliste Ben Gourion, le fondateur de l’Etat sioniste. Le Likoud a été dépassé d’un siège par la coalition Bleu et Blanc de son rival, l’ancien chef d’état-major de Tsahal. Mais ni lui, ni Benny Gantz ne sont parvenus à constituer un gouvernement soutenu par 61 députés. Un nouveau scrutin (le troisième en un an) aura lieu le 2 mars 2020, pour tenter de les départager. Pour prétendre gouverner chacun devra s’allier avec des partis très éloignés d’eux idéologiquement, les partis arabes pour le général Gantz et les partis religieux pour l’agnostique Nétanyahou.

Netanyahou n’a rien à demander d’urgent au meilleur allié d’Israël que sont, depuis 1948, les Etats-Unis d’Amérique. Il va à Washington pour faire de la politique : se faire aider par Trump face à l’électorat israélien. Le président américain lui a déjà accordé la reconnaissance du Golan (haut plateau syrien conquis en juin 1967) comme territoire israélien et le déplacement de l’ambassade américaine de Tel-Aviv vers Jérusalem. Il s’apprête à dévoiler un « plan de paix » qui donnera à l’Etat hébreu la totalité des garanties de sécurité dont il rêve (maintien d’un grand nombre de colonies en Cisjordanie et contrôle absolu de la frontière du Jourdain), même s’il n’a pas la moindre chance d’être accepté par les Palestiniens. Netanyahou est porteur d’un argument électoral efficace : « je suis celui qui obtiens le plus des Américains ! ».

Mais le disfonctionnement des institutions politiques israéliennes est un arbre vermoulu qui cache une forêt en pleine santé : celle d’un petit pays extrêmement dynamique de neuf millions d’habitants, qui n’a jamais été aussi influent dans sa région.

Moralement, les leaders des principaux pays du monde viennent de participer à Jérusalem aux célébrations en mémoire de la Shoah, 75 ans après la libération du camp d’Auschwitz. Ce fut la légitimation la plus éclatante du sionisme (retour à la terre des ancêtres pour les Juifs, implantation coloniale pour les arabes), comme démarche internationale de protection d’un peuple menacé d’extinction en Europe.

Diplomatiquement, l’Etat juif est l’ami de la Russie comme de l’Amérique. Il a réussi à briser le front uni des détracteurs arabes de son existence, qui à la Conférence de Khartoum de septembre 1967, avait adopté la politique des « trois non » : pas de paix avec Israël, pas de reconnaissance d’Israël, pas de négociation avec Israël. Les Israéliens entretiennent d’excellentes relations non seulement avec l’Egypte et la Jordanie (avec lesquelles ils ont fait la paix) mais aussi avec les Etats du Golfe (Emirats arabes unis, Arabie saoudite, Oman, etc.), qu’ils alimentent discrètement en matériels de sécurité. En Méditerranée orientale, ils ont noué une alliance avec l’Egypte, la Grèce et Chypre pour y stopper l’expansionnisme maritime du sultan néo-ottoman Erdogan, leur réel rival, bien davantage que l’Iran des mollahs.

Economiquement, l’Etat d’Israël, qui a bénéficié de l’arrivée d’un million d’immigrés russes souvent d’un bon niveau scientifique, est devenu un centre mondial de créations d’entreprises de haute technologie, à l’égal de la Silicon Valley californienne. Son industrie militaire exporte dans le monde entier.

Militairement, Israël est de loin le pays le plus puissant du Moyen-Orient. Il a l’arme nucléaire (fournie par la France il y a plus de soixante ans), et son armée de conscription est la meilleure de la planète. Comme l’a montré la guerre contre le Hezbollah libanais de l’été 2006, les jeunes Israéliens sont restés patriotes, ne cherchant que très rarement à échapper à leurs obligations militaires.

Mais s’il veut rester un Etat juif, Israël, dont un cinquième des citoyens sont arabes, doit regarder en face la bombe démographique qui le menace. N’est-il pas à long terme dangereux de conserver sous son contrôle les territoires arabes qu’il a occupés après sa victoire dans la guerre de 1967 ? Ce n’est pas Donald Trump qui aidera les dirigeants israéliens à trouver une réponse à ce défi existentiel…

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