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crédit photo : REUTERS Carlos Barria

 

Les Etats-Unis poursuivent leur étranglement économique de l’Iran. L’idée est d’empêcher la Perse d’exporter son pétrole dans le monde, alors qu’il s’agit de sa première ressource budgétaire. Le 23 avril 2019, Donald Trump a annoncé que ne seraient pas renouvelées au mois de mai les dérogations (waivers) accordées à la Chine, à l’Inde, au Japon, à la Corée du Sud, à Taiwan, à la Turquie, à l’Italie et à la Grèce. Le 4 novembre 2018, le président américain avait interdit, sous peine de sanctions, aux entreprises pétrolières du monde entier d’acheter du pétrole à l’Iran, mais il avait accordé des dérogations aux huit pays qui étaient à l’époque les plus gros importateurs de brut iranien.

La date du 4 novembre n’avait pas été choisie au hasard : c’est le jour anniversaire du début de la prise d’otages à l’ambassade américaine de Téhéran par les étudiants révolutionnaires adulateurs de l’ayatollah Khomeiny (4 novembre 1979). Au mépris de la convention de Vienne, 52 diplomates américains avaient alors été détenus pendant 444 jours. Les Etats-Unis n’ont jamais pardonné à l’Iran des mollahs cette humiliation (qui n’a heureusement fait aucune victime américaine). Les Américains auraient pu envisager un pardon de l’offense après qu’un missile tiré du croiseur USS Vincennes eut abattu, par erreur, le 3 juillet 1988, un Airbus d’Iran Air qui se rendait de Téhéran à Dubaï, faisant 290 morts, dont 66 enfants ; mais ils ne l’ont jamais fait.

En privant la nation iranienne de sa principale ressource, que cherche à obtenir la Maison Blanche ? Le Président et son Secrétaire d’Etat disent aimer le peuple iranien ; par ces sanctions, ils affirment vouloir seulement obliger le régime théocratique à renoncer à ses missiles balistiques. Ils souhaitent aussi que Téhéran cesse de s’ingérer dans les pays de l’« axe chiite » (Liban, Syrie, Irak), et qu’il arrête de fournir des armes et des subsides aux ennemis des deux grands alliés historiques de l’Amérique dans la région : Israël et l’Arabie saoudite. L’Amérique souhaite obliger l’Iran à cesser d’armer le Hamas palestinien à Gaza (frontière sud d’Israël), le Hezbollah libanais (frontière nord d’Israël) et les montagnards Houthis au Yémen (sud de l’Arabie saoudite).

Quel homme de bonne volonté ne partagerait pas le scénario idyllique proposé par le Secrétaire d’Etat Mike Pompeio : désarmement de l’Iran, réintégration du pays dans l’arène internationale, fin de l’oppression théocratique de son peuple ? Reste à calculer la probabilité du déroulement paisible d’un tel scénario…

Est-il raisonnable de penser que la Perse va renoncer aux seules armes un peu efficaces dont elle dispose, les missiles balistiques ? C’est un peu comme si l’on demandait à Israël ou à l’Arabie saoudite de renoncer à ses chasseurs-bombardiers made in USA. L’Iran n’oublie pas que, encouragées par Washington, les forces irakiennes de Saddam Hussein l’agressèrent en septembre 1980. Cette première guerre du Golfe devait durer huit ans, avec usage d’armes chimiques par l’Irak, mais sans la moindre condamnation de l’agresseur par le Conseil de sécurité de l’ONU.

En août 1990, faute d’avertissement clair émis par la diplomatie américaine, Saddam Hussein décida d’envahir le Koweït. C’était après que les pétromonarchies sunnites du Golfe eurent refusé de compenser financièrement l’Irak pour les sacrifices consentis face à l’ennemi commun révolutionnaire iranien. A la tête d’une coalition internationale, les Américains libérèrent le Koweït en février 1991, tout en laissant sur son trône le dictateur irakien, afin de garder un minimum de contrepoids face à l’Iran. Cette deuxième guerre du Golfe fut considérée comme un succès diplomatique car elle engendra immédiatement après la Conférence de Madrid sur le Proche-Orient.

Mais, après le traumatisme des attentats du 11 septembre 2001, les Américains cherchèrent un ennemi à frapper qui soit plus significatif que les talibans afghans : ils envahirent en mars 2003 l’Irak (qui n’avait pourtant pas la moindre responsabilité dans ces attentats). Cette troisième guerre du Golfe créa un immense chaos régional, dont les conséquences se font toujours sentir aujourd’hui.

Etranglés économiquement les Iraniens se soumettront-ils à l’ultimatum américain ou choisiront-ils la rébellion ? Risquons-nous le blocage du détroit d’Ormuz, par où transitent 29% des exportations mondiales de pétrole ? Nous dirigeons-nous vers une sortie de l’Iran du Traité de non-prolifération nucléaire, fatalement suivie par une course aux armements atomiques au Moyen-Orient ? Les Américains choisiront-ils alors de changer le régime iranien par la force ? Au vu des expériences précédentes, nous sommes en droit d’être réservés quant à leur capacité à bien gérer les conséquences d’une quatrième guerre du Golfe…

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