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Crédit photo: (STR / AFP)

 

Que voulurent donc accomplir les islamistes du Sri Lanka lorsqu’ils firent exploser trois églises en pleine messe de Pâques, le 21 avril 2019, massacrant plusieurs centaines d’innocents ?

Peut-il s’agir d’un enjeu de pouvoir, alors que les catholiques à Ceylan – dont la conversion remonte au XVIème siècle – représentent moins de 8% de la population ? Ces chrétiens n’ont jamais exercé le pouvoir dans l’île ; tous juste ont-ils servi de conciliateurs dans la terrible guerre civile ayant opposé, de 1983 à 2009, le gouvernement de Colombo issu de la majorité cinghalaise bouddhiste, et les Tigres tamouls de religion hindoue, qui réclamaient la création d’un Etat indépendant dans le Nord-est du pays. La religion très majoritaire du Sri Lanka est le bouddhisme theravada, dont l’introduction remonte au troisième siècle avant Jésus-Christ. Viennent ensuite, par ordre d’importance, l’hindouisme, l’islam et le christianisme.

Lorsque, le 10 juin 1944, les SS de la division Das Reich massacrèrent la population d’Oradour-sur-Glane, à dessein rassemblée dans son église, ces officiers nazis fanatiques avaient un double but : se venger des embuscades que leur avait tendues les résistants français et dissuader la population occupée d’en préparer d’autres. Mais quels buts, religieux, tactiques ou stratégiques, peuvent bien poursuivre les militants du NHT (National Thowheed Jamath) en s’attaquant à des chrétiens célébrant pacifiquement le mystère de leur Seigneur, Jésus de Nazareth, mis à mort par les puissants de son époque un vendredi, puis ressuscité le dimanche ?

Religieusement, qu’est-ce qui dérange tant les islamistes dans le message chrétien ? Est-ce son antériorité par rapport à l’islam ? Les emprunts de l’islam au christianisme (et au judaïsme, père du christianisme) sont immenses : serait-ce la raison d’une telle détestation ?

Le choix de Pâques par les tueurs (dont certains auraient pu être endoctrinés par les wahhabites après un séjour dans les pétromonarchies du Golfe) obéit-il à un motif particulier ? Que détestent les islamistes dans la semaine pascale ? Le jeudi soir, où, quand on vient l’arrêter, Jésus interdit à ses disciples de le défendre par la force des armes ? Le vendredi soir, où Jésus meurt sur la croix, supplice réservé par Rome aux pires des scélérats ? Le dimanche, où ses disciples sentent à nouveau parmi eux la « Présence » de leur maître ?

Il est vrai que cette semaine pascale a de quoi déconcerter les islamistes, car elle rappelle que le christianisme est cette religion qui refuse la violence, qui impose à son maître d’épouser les pires vicissitudes de la condition humaine, qui défie la mort elle-même (« O mort, où donc est ta victoire ? », dira Saint-Paul). Forts de leurs certitudes acquises une fois pour toutes, les islamistes abhorrent cette religion prônant, depuis Saint-Augustin, un perpétuel cheminement intellectuel.

Tactiquement, il est difficile de saisir le but poursuivi par les islamistes du NHT. S’agit-il d’intimider les chrétiens au point de les faire quitter Ceylan ? Ce serait ignorer la résilience dont ont souvent fait preuve les chrétiens face au Mal. Voici une religion qui, rien qu’au XXème siècle, a survécu aux persécutions du stalinisme, du nazisme et du maoïsme. Les islamistes du Sri Lanka rêvent-ils de réaliser ce qu’ont réussi les Jeunes Turcs, par leurs génocides des Arméniens et des Assyro-Chaldéens ? La vaste Anatolie est, aujourd’hui, pratiquement purgée de toute présence chrétienne. Mais, en 1915, les Jeunes Turcs détenaient tout le pouvoir à Istanbul, alors que les islamistes en sont extrêmement loin à Colombo. Les Bouddhistes auraient le pouvoir d’évincer le christianisme de cette île magnifique de l’Océan indien. Mais ils ne le veulent pas, comme l’a montré la chaleur de l’accueil réservé au Pape à Colombo en janvier 2015. Par leur violence, les islamistes ne parviennent qu’à souder contre eux toutes les autres religions.

Stratégiquement, de tels attentats ont-ils la moindre chance d’avancer le retour au califat du 7ème siècle, rêve avoué des islamistes ? A court et à moyen terme, certainement pas. Mais, à long terme, ils sont porteurs d’un risque : l’isolement progressif du monde musulman par rapport au reste de l’humanité, qui ne verrait plus dans l’islam qu’un culte de la violence et de la loi du plus fort. Déjà, en Europe, les pays du groupe de Visegrad refusent les réfugiés musulmans chez eux, par peur de possibles Bataclans. Même chose aux Etats-Unis depuis le traumatisme du 11 septembre 2001.

L’islam est-il condamné au fanatisme ? Le cheikh d’Al Azhar Mohammed Abdou (1849-1905) a montré que non. Mais la réforme de l’islam, qui ne pourra venir que des musulmans, tarde beaucoup trop à surgir.

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