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crédit photo: frenchmorning.com

En ce début de mois de mai 2019, l’administration Trump a montré clairement qu’elle avait rompu avec le néo-conservatisme des administrations républicaines précédentes. Fille du théoricien américain Irving Kristol, et nourrie par son fils Bill Kristol au sein du think tank Project for the New American Century, l’idéologie néo-conservatrice a profondément influencé les deux mandats du président George W Bush (2001-2009). L’originalité du néo-conservatisme est de vouloir davantage étendre la démocratie à l’américaine au monde entier que d’y maintenir la paix. C’est une idéologie qui permet à l’Amérique de faire la guerre dans des pays lointains, afin d’y changer le régime, tout en invoquant une bonne cause. A la Conférence de Bonn de décembre 2001, l’Amérique, ivre du succès facile de la chute du pouvoir taliban à Kaboul trois semaines auparavant, décida d’installer ses soldats en Afghanistan, pour « reconstruire et démocratiser » le pays ; en mars 2003, elle envahit l’Irak de Saddam Hussein, en proclamant des objectifs similaires. Le fiasco – non encore réglé – de ces deux opérations militaires en terre d’islam a sensiblement réduit le prestige de la pensée néoconservatrice aux Etats-Unis.

Donald Trump ne l’a jamais partagée. Redonner sa grandeur à l’Amérique ne signifie nullement pour lui faire usage de sa force. Le 45ème président des Etats-Unis n’est pas un belliciste. En politique étrangère, il n’est ni un isolationniste, ni un multilatéraliste. Comme l’a montré son implication personnelle dans le dossier nord-coréen, il veut peser sur les affaires du vaste monde. Mais, pour cela, il se méfie de la guerre, autant que des enceintes internationales pratiquant le multilatéralisme, qu’il juge inefficaces.

Il ne faut pas se méprendre sur la décision de Trump d’envoyer vers les eaux du Golfe Persique le groupe naval du porte-avions nucléaire USS Abraham Lincoln, et de renforcer les capacités aériennes du Central Command, basé au Qatar. Les Américains n’ont aucunement l’intention de faire la guerre à l’Iran. Ils veulent simplement adresser un message clair de dissuasion au régime des mollahs : toute attaque contre les intérêts américains, même par milices vassales interposées[GR1] , provoquera une réponse militaire immédiate. Pour faire plier l’Iran, à qui ils reprochent ses menaces contre Israël et son influence dans quatre capitales arabes (Bagdad, Damas, Beyrouth, Sanaa), les Etats-Unis ont choisi de recourir aux sanctions commerciales plutôt qu’aux débarquements de Marines.

Le recul américain au Venezuela montre clairement que Trump se méfie des opérations militaires outre-mer. Il lui aurait été facile, le 30 avril 2019, d’envoyer deux bataillons de Marines à Caracas épauler la tentative de l’opposant Juan Guaido de renverser le pouvoir chaotique du président Nicolas Maduro. Si Trump ne l’a pas fait, c’est qu’il redoute l’embourbement. Une chose est de chasser par les armes un dirigeant de son palais, une autre est de stabiliser politiquement un pays tout entier.

Au lieu d’opter pour la canonnière, Donald Trump a préféré, le 3 mai 2019, décrocher son téléphone. Il a appelé Vladimir Poutine et parlé plus d’une heure avec lui. Les deux dirigeants sont convenus qu’ils ne souhaitaient ni l’un ni l’autre être impliqués militairement au Venezuela – bien que le Kremlin dispose déjà sur le terrain de quelque deux cents mercenaires de la « division Wagner ». Estimant passée la « chasse aux sorcières » démocrate l’accusant d’être un agent de la Russie, Donald Trump proclame désormais vouloir entretenir des relations de confiance avec Moscou.

Trump a deux collaborateurs beaucoup plus bellicistes que lui, qui sont le Secrétaire d’Etat Pompeio et le Conseiller national pour la sécurité Bolton. Mais, en dernier ressort, c’est toujours le président qui décide. Et Trump a pris l’habitude de décider seul.

La méfiance naturelle de Trump envers les guerres préventives a été renforcée par la conversation qu’il a eue, sur la Chine, le 13 avril 2019, avec son ante prédécesseur à la Maison Blanche de 1977 à 1981. Jimmy Carter estime que c’est parce qu’elle n’a pas fait la guerre depuis 1979, que la Chine est en train de dépasser économiquement une Amérique qui a dépensé sept trillions de dollars pour exporter par la force ses valeurs à l’étranger.

Trump est en revanche beaucoup plus à l’aise avec l’instrument des sanctions. Si Cuba continue à envoyer des armes et des « volontaires » à Maduro, il n’hésitera pas à lui en infliger. Tant que le dollar restera la monnaie d’échange mondiale, et tant que les banques redouteront la fureur du Trésor américain, les sanctions commerciales demeureront un instrument géopolitique crucial pour les Etats-Unis. Mais ce bonheur américain finira le jour où le dollar perdra sa puissance de référence…

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