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Crédits photo : Reuters

Un grand message est sorti du sommet de Pau où, le 13 janvier 2020, le président français a reçu ses homologues du G-5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad) : les Sahéliens ont demandé à la France de maintenir chez eux sa présence militaire.

Celle-ci remonte à janvier 2013. A cette époque, le président Hollande envoya des troupes au Mali, à la demande de ce pays, dont la capitale était menacée par une colonne de djihadistes. Cette intervention française, baptisée Serval, avait reçu la bénédiction du Conseil de sécurité de l’Onu. Il s’agissait, dans un premier temps, de sécuriser Bamako et, dans un deuxième temps, d’aider le Mali à recouvrer son intégrité territoriale.

Mais les katibas islamistes, dirigées par des chefs fanatisés, équipées sur les dépouilles de l’armée de Kadhafi, enrichies par les trafics de la drogue et des êtres humains, se sont révélées plus coriaces que prévu. S’évanouissant dans le désert, puis y réapparaissant à l’improviste, elles ont gardé toute leur capacité de nuisance. Pire, elles ont débordé des frontières du Mali pour s’en prendre aux territoires du Niger et du Burkina Faso. En août 2014, il fallut remplacer Serval par une opération de plus long terme, où la France garde sur place des forces capables d’intervenir rapidement dans les cinq pays du Sahel, en appui de leurs armées.

L’opération Barkhane (4500 hommes en permanence) a déjà cinq ans et demi ; elle n’est pas prête de se terminer.

Si les Français partaient, il ne faudrait pas longtemps aux colonnes de djihadistes pour prendre le contrôle des deux pays les plus faibles du G-5 Sahel : le Mali et le Burkina. La France, qui porte une responsabilité indéniable dans le chaos libyen, se doit moralement de ne pas abandonner ces nations amies du Sahel, qui sont toutes ses anciennes colonies. Mais ses intérêts bien compris portent aussi la France à maintenir ses soldats sur place, jusqu’à ce que les armées locales soient reconstituées au point de pouvoir faire face par elles-mêmes à des rezzous déterminés, cruels, rapides, rompus à l’attaque surprise.
La France n’a, en effet, aucun intérêt à ce que l’immense bande sahélienne tombe dans le chaos. Contrairement à ce qu’on croit parfois, ce n’est pas à cause de l’uranium : la France peut s’en procurer dans beaucoup d’autres pays du monde. La France redoute à juste titre une bombe migratoire en provenance des pays du Sahel. Le G-5 s’étend sur cinq millions de km2 et comprend quelque 80 millions d’habitants, dont les deux tiers ont moins de 25 ans. La France ne pourra jamais aider ces Etats à fixer chez eux leur jeune population masculine si, dans les campagnes, règne le chaos.

De surcroît, les Etats limitrophes du Sahel et vieux alliés de la France, comme la Côte d’Ivoire, demandent ouvertement à Paris de maintenir ses forces, par peur d’une contagion de violence qui pourrait atteindre les rives du Golfe de Guinée.
Plusieurs centaines de jeunes, manipulés par de cyniques politiciens, ont beau manifester à Bamako, ils ne trompent personne. Les citadins et les paysans africains, dans leur écrasante majorité, ne veulent pas de la violence et de l’absolutisme des djihadistes. Ils savent qu’aujourd’hui seule la France a les moyens de les protéger. Mais il incombe aux Etats sahéliens de gagner la guerre de l’information que les katibas et les trafiquants lui livrent en sous-main.

Cependant, qu’on lui demande de rester n’est pas une raison suffisante pour la France de le faire. Encore faut-il qu’elle ait une chance raisonnable de réussir dans son entreprise militaire. A première vue, les conditions n’apparaissent pas favorables. Son allié américain, précieux pour ses capacités de renseignement, a dit qu’il allait bientôt quitter le Niger. A l’exception des Britanniques, les alliés européens de la France ne disposent pas d’armées prêtes à aller combattre avec elle en Afrique. Il serait utile que Paris demande un soutien accru au nouveau président algérien et se montre plus ferme à l’égard des dirigeants du G-5, non exempts parfois de double langage ou de démagogie.
Mais n’exagérons pas la puissance des djihadistes du Sahel. Ce ne sont pas les talibans, et il n’y a pas de sanctuaire pakistanais. Il y a, au Sahel, une sortie de crise possible. Elle passe par l’édification d’Etats solides, disposant de forces armées motivées et bien entraînées. C’est déjà réussi en Mauritanie.

L’armée française sait éduquer des officiers et former sur le terrain des soldats au combat. Le piège à éviter est connu : qu’elle se retrouve trop souvent en première ligne et qu’on dise ensuite qu’il s’agit d’une guerre des Blancs contre les Noirs.
La France fait donc face à deux défis : préparer ses amis africains à prendre progressivement son relais dans les opérations militaires, obtenir de ses alliés européens une contribution financière à son effort. Deux défis importants, mais nullement impossibles à relever.

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