EU and NATO flag
Crédit photo : Getty Images/iStockphoto

Dans une interview parue le 9 novembre 2019 dans l’hebdomadaire britannique The Economist, Emmanuel Macron a dit que l’OTAN était en état de mort cérébrale.

La métaphore est pour le moins vigoureuse. Car, médicalement, on ne connaît personne qui se soit jamais remis d’une mort cérébrale. Or, si l’OTAN ne va pas bien aujourd’hui, rien n’empêche objectivement qu’elle aille mieux demain. En parlant dru, le président français a néanmoins eu le mérite de réveiller les Européens sur un sujet important, qui est l’architecture de leur sécurité future.

Née en 1949 d’initiatives aussi bien anglo-françaises qu’américaines, l’Organisation de l’Atlantique Nord a parfaitement joué son rôle de défense de l’Europe occidentale face aux appétits soviétiques. Durant les crises de la Guerre Froide (Berlin, Cuba), le général de Gaulle a toujours joué le jeu de l’Alliance atlantique. Mais, soucieux de rendre à la France sa souveraineté sur ses armées, il avait pris la décision de les retirer de l’organisation militaire intégrée de l’Otan. Il avait signifié ce retrait en écrivant en 1966 au président Johnson, sans remettre en cause le bien-fondé de l’Alliance atlantique. De Gaulle était un allié exigeant, difficile, soucieux de parler d’égal à égal avec les Américains, mais c’était un allié. C’est d’ailleurs pour lui que Richard Nixon fera son premier voyage à l’étranger comme président des Etats-Unis.

A l’issue de l’effondrement politique, militaire et économique de l’URSS et la dissolution du Pacte de Varsovie en 1991, l’OTAN se cherche une raison d’être. Avec plus ou moins de bonheur, elle se lance dans des opérations dépassant le cadre de sa Charte fondatrice.

Lors de la crise du Kosovo, les Occidentaux confient à cette dernière la mission de forcer la Serbie à quitter sa province rebelle, berceau historique de son église orthodoxe mais devenue avec le temps très majoritairement albanophone. Après trois mois de bombardements aériens, de mars à juin 1999, la Serbie cède ; ses forces de sécurité se retirent, aussitôt remplacées par celles de l’Otan. Cette dernière échouera dans sa tâche de pacification, incapable d’empêcher l’éviction, par l’intimidation et l’assassinat, des minorités non albanophones (serbe, tsigane, bosniaque, etc.). Clinton avait promis un « Kosovo multiethnique et pacifié ». Il n’est aujourd’hui ni multiethnique, ni réellement pacifié, tant il est devenu un hub de criminalité et, depuis peu, d’islamisme. Mais les Américains en ont retiré l’avantage de pouvoir y établir une base militaire, Camp Bondsteel.

En décembre 2001, l’Otan accepte imprudemment la mission de reconstruire l’Afghanistan, tout juste abandonné par les talibans. Le pays se couvre de PRT (Provincial Reconstruction Teams). Les Occidentaux peinent à comprendre que les paysans afghans n’aiment pas voir chez eux des étrangers armés. Malgré plusieurs centaines de milliards de dollars dépensés, la greffe occidentale n’arrive pas à prendre en Afghanistan. Aujourd’hui les Américains cherchent la bonne manière de rendre aux talibans le « Royaume de l’Insolence ».

Mais ces échecs ne doivent pas faire oublier le nouveau rôle protecteur de l’Otan face à la Russie de Vladimir Poutine. En 2014, l’annexion de la Crimée et l’ingérence russe dans le Donbass ukrainien ont semé l’effroi dans les territoires européens jadis soumis au joug soviétique. A raison, l’Otan a réalisé des manœuvres militaires dans les pays baltes, afin de lancer un message clair au Kremlin. S’il n’y avait plus d’Otan, un déséquilibre stratégique considérable se créerait en Europe.

Il ne faut pas exagérer la menace de la Russie, dont le budget militaire est quatre fois inférieure à celui des pays européens de l’Otan, et huit fois inférieur à celui de l’Amérique. Mais il ne faut pas non plus la sous-estimer. Autant, avec leurs sanctions, les Occidentaux commettent une folie stratégique à pousser la Russie dans les bras de la Chine, autant ils ne sauraient montrer la moindre faiblesse militaire face à Moscou, quand bien même Poutine afficherait les intentions les plus pacifiques du monde. En stratégie, les capacités sont plus significatives que les intentions.

Macron n’a pas été prévenu à l’avance de la décision américaine du 6 octobre de quitter le Kurdistan syrien. Les forces françaises se sont retrouvées en plan, sans moyen d’évacuer leur matériel lourd. La France a été traitée par les Américains comme un supplétif de deuxième ordre. C’est très désagréable, mais il faut garder la tête froide. Le Congrès et l’establishment militaire américain ne sont pas prêts à tirer un trait sur l’Otan. Trump a cependant raison de reprocher aux Européens ne pas dépenser assez pour leur défense. Ils devraient saisir l’occasion pour européaniser l’Otan. Pour en faire un instrument militaire capable de fonctionner en toutes circonstances, et indépendamment des aléas de la politique présidentielle américaine.

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