Malgre-un-rapprochement-affiche-Macron-et-Poutine-peinent-a-cacher-leurs-desaccords
Crédit photo : Reuters

Wladimir Poutine vient d’accepter l’invitation d’Emmanuel Macron, pour participer à Paris à un sommet sur l’Ukraine en « format Normandie ». Inventé par le président Hollande, le 6 juin 2014, en marge des cérémonies du soixante-dixième anniversaire du Débarquement allié en Normandie, ce format comprend les leaders de quatre pays : la France, l’Allemagne, la Russie et l’Ukraine.

Cette structure informelle demeure aujourd’hui la seule institution capable de régler un jour le conflit existant entre ces deux nations sœurs, slaves et orthodoxes, dont les histoires sont étroitement imbriquées, et qui ne s’étaient jamais fait la guerre avant 2014.

La Russie est née à Kiev, à la fin du neuvième siècle de notre ère, avec Oleg le Sage. Au 16ème siècle, le centre du pouvoir orthodoxe slave s’est déplacé à Moscou, où Ivan le Terrible devient le premier tsar de Russie, régnant de 1547 à 1584. La Russie prend progressivement la forme d’un Etat centralisé, alors que le territoire ukrainien demeure la proie des rivalités entre atamans ou chefs cosaques. En 1654, les cosaques zaporogues, établis sur les rives du Dniepr, « au-delà des rapides » (d’où leur nom), se soulèvent contre la République des Deux Nations (Pologne et Lituanie). Conduits par l’ataman Khmelnytsky, ils se placent sous la protection de la Russie du tsar Alexis 1er de Russie, par le traité de Pereïaslav.

A la polonisation des élites ukrainiennes succède leur russification. Dans les années 1930, l’Ukraine est victime d’une grande famine, en raison de la « dékoulakisation » (destruction par le régime stalinien des propriétés des paysans et des artisans riches). Le système communiste moscoutaire n’ostracise pas les Ukrainiens pour autant. L’Ukrainien Nikita Khroutchev dirige l’URSS de 1953 à 1964 et l’Ukrainien Léonid Brejnev de 1964 à 1982. Les deux nations sont alors inextricablement liées. Dans les années 1980, un Français qui visitait Kiev pensait qu’il était en Russie.

En 1954, pour fêter dignement le trois centième anniversaire du rattachement de l’Ukraine à la Russie, Khroutchev décide de donner la Crimée à la République socialiste soviétique d’Ukraine. Cette mesure administrative ne change strictement rien à la vie des habitants de la Crimée, dont la majorité se sentent russes.

Les deux nations, russe et ukrainienne, se séparent en 1991, quand le président russe Boris Eltsine s’entend avec le président ukrainien Léonid Kravtchouk pour démanteler l’URSS. C’est un deal qui profite au deux : Eltsine se débarrasse de Gorbatchev en vidant son poste de président de l’URSS de tout pouvoir, et Kravtchouk devient le président d’un Etat indépendant, reconnu par la Russie et par toutes les nations du monde.

Les relations entre les deux nations sont excellentes jusqu’à 2004. Mais en novembre 2004 éclate à Kiev une « révolution orange » contre l’élection – perçue comme truquée – d’un président prorusse. La société ukrainienne se divise alors entre pro-occidentaux et pro-russes. En 2010, elle élit un président prorusse. En décembre 2013, le balancier semble revenir du côté des pro-occidentaux, avec l’éclatement de la révolution de Maïdan, nourrie par des citoyens ulcérés par la décision présidentielle de renoncer, sous la pression de Moscou, à un traité d’association commerciale avec l’Union européenne.

L’opposition ukrainienne pro-occidentale signe le 21 février 2014 un accord politique avec le président prorusse, accord parrainé par la France, l’Allemagne et la Pologne. Mais, sous la pression des Etats-Unis, elle renie le lendemain sa signature et fait prononcer par la Rada (le Parlement de Kiev) la destitution du président. Les Russes crient au coup d’Etat, et se vengent en annexant la Crimée (de peur que le port de Sébastopol ne soit donné à l’OTAN), après un référendum qu’ils gagnent haut la main, tant la population se sent russe. Pas une goutte de sang n’a coulé entre les soldats russes et ukrainiens.

Mais les choses empirent au printemps 2014, lorsque des rebelles prorusses tentent de s’emparer du Donbass, province russophone de l’est de l’Ukraine. Kiev y envoie son armée. Au moment où elle est en train d’éteindre la rébellion, les rebelles reçoivent au mois d’août 2014 l’aide clandestine de l’armée russe. L’armée ukrainienne est défaite une seconde fois en janvier 2015. Le sang a coulé. Plus de 10000 morts. Conflit sporadique, conflit gelé.

L’élection d’un nouveau président d’Ukraine en avril 2019 change la donne. Zelensky veut la paix et Poutine la fin des sanctions européennes. Tout le monde connaît le seul deal acceptable par les deux parties : amnistie générale, autonomie culturelle pour le Donbass, déploiement des garde-frontières ukrainiens. Seule inconnue qui demeure : Macron et Merkel parviendront-ils à persuader leurs deux interlocuteurs slaves de l’urgence de ce deal, qui sert les intérêts de la Russie autant que de l’Ukraine ?

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