Les-chretiens-refusent-le-martyre
Crédit photo : Christophe Petit-Tesson

Donald Trump n’a peut-être pas suffisamment réfléchi avant de prendre sa décision historique du 6 octobre 2019. Ce jour-là, après s’être entretenu au téléphone avec le président de Turquie, il décida de retirer du Nord de la Syrie les troupes américaines qui épaulaient les FDS (Forces démocratiques syriennes), composées très majoritairement d’unités kurdes mais aussi d’unités arabes, dont la moitié sont chrétiennes syriaques. Trump donna aussi un blanc-seing à Erdogan pour se constituer une « zone de sécurité » de trente kilomètres de profondeur dans le territoire syrien.

Ni le lâchage abrupt d’un partenaire régional qui lui avait permis de démanteler l’Etat islamique, ni la goujaterie de ne pas prévenir ses alliés français et britanniques (qui avaient envoyé des forces spéciales dans les bases américaines du Kurdistan syrien) n’embarrassèrent le président des Etats-Unis. Pour lui les choses étaient simples : l’Amérique devait cesser de jouer au policier du Moyen-Orient, région compliquée – tribale à ses yeux -, où elle avait déjà, en pure perte, dépensé beaucoup trop de sang et d’argent à essayer de régler les problèmes des différentes sociétés musulmanes.

Mais, alors qu’il faisait plaisir au sultan néo-ottoman régnant à Ankara, Trump ne réalisa pas qu’il s’écartait de la priorité absolue de sa politique étrangère, qui est de faciliter sa réélection. L’ancien magnat de l’immobilier new-yorkais est un homme qui a toujours su stratégiquement concentrer ses actions sur un seul objectif. Aujourd’hui, ses politiques intérieure, économique et étrangère ne sont orientées que vers un seul but : assurer sa victoire au scrutin du mardi 3 novembre 2020.

Pour cela, Trump a besoin de garder mobilisé en sa faveur l’électorat évangélique, qui avait, à plus de 80%, voté pour lui en 2016. Or, dès le 7 octobre 2019, le très puissant révérend télé-évangéliste Pat Robertson s’exprimait ainsi sur l’antenne de sa télévision Christian Broadcasting Network : « Le président, qui a déjà permis qu’on coupe en morceaux Khashoggi (opposant saoudien chroniqueur au Washington Post, NDLR) sans qu’il y ait de conséquences, permet aujourd’hui que les Chrétiens et les Kurdes soient massacrés par les Turcs ».

Aux Etats-Unis, on se souvient que, parallèlement au génocide arménien, les Ottomans ont commis, de 1915 à 1918, un génocide des Chrétiens syriaques, où quelque 300000 innocents périrent. En syriaque, langue très proche de l’araméen que parlait le Christ, ce génocide porte un nom : le « Seyfo » (sabre). « Les Turcs veulent à nouveau nous déporter de chez nous ! », est venue s’exclamer à Washington la Syriaque Elizabeth Gawyria, dont la famille échappa de peu au Seyfo il y a un siècle.

Son cri a eu un profond impact au sein du lobby chrétien conservateur. Tony Perkins, l’un de ses principaux porte-parole, a rappelé, lors de son émission sur la radio chrétienne American Family Radio, qu’au Nord de la Syrie, « vivaient depuis toujours des communautés chrétiennes qui étaient parmi les plus anciennes de l’histoire du christianisme. Il est important qu’elles y restent ! »

Pour le moment, les familles syriaques du nord de la Syrie sont terrorisées par les milices islamistes arabes que l’armée turque traîne derrière elle. Ce sont ces milices à qui la DGSE a très imprudemment livré des armes lourdes en 2013, sur l’ordre du président Hollande. Ce sont ces miliciens qui ont été généreusement financés par les Qataris et les Saoudiens, armés par les services secrets turcs et soignés dans les hôpitaux turcs de Gaziantep.

Malgré toutes les assurances données par le président Erdogan au vice-président américain Pence le 17 octobre à Ankara, il est clair que le plan turc est de voler ces terres aux chrétiens et aux kurdes – qui y vivaient en bonne intelligence -, pour y créer un immense camp à ciel ouvert pour ex-rebelles syriens réfugiés, qui deviendrait rapidement une sorte de bande de Gaza en plus islamiste. Pat Robertson a lancé à son président : « Vous êtes en train de perdre le mandat de Dieu ! ». Trump peut-il se permettre d’ignorer un avertissement aussi cinglant ?

Les Occidentaux ne doivent pas laisser à la seule Russie la charge de protéger les Chrétiens de Syrie. Ils doivent aussi assumer cette protection. D’abord, pour se respecter eux-mêmes et pour honorer leur histoire (cela valant en premier lieu pour les Français). Ensuite, pour se faire respecter par les différentes communautés musulmanes du Moyen-Orient. Les musulmans ne font aucune différence entre l’Occident et le christianisme, ce qui, historiquement, se comprend. Pour eux les Lumières et la laïcité demeurent des inventions chrétiennes.

Au Moyen-Orient, on méprise toujours celui qui lâche ses amis. S’ils persistent à abandonner les chrétiens syriens, les Occidentaux ne récolteront que du mépris.

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