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Crédits photo : The White House from Washington, DC

Au sommet du G-7 de Biarritz (24 au 26 août 2019), Emmanuel Macron a fait preuve de maestria diplomatique.

Créé par le président Giscard d’Estaing en 1975, ce club économique des sept démocraties les plus avancées du monde (Etats-Unis, France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Japon, Canada) produisait à l’époque les deux tiers de la richesse mondiale. Aujourd’hui sa part de valeur ajoutée est tombée à 45%. Souffrant d’une faible natalité, il ne représente plus que 12% de la population mondiale. C’est dire si ce club est loin de représenter la planète entière. Le recevoir pour un sommet en France et lui donner un sens était donc une gageure. Le président français a su la relever.

Les conseillers du président américain se sont plaints en privé dans les médias que la France aurait détourné le G-7 de sa vocation, en y introduisant des sujets non économiques, tels que la sécurité du Sahel, la lutte contre le réchauffement climatique, les droits des femmes, le dossier iranien. Ils ont eu tort. L’économie de la sphère occidentale du monde ne se résume pas à Wall Street. Elle est directement impactée par les événements géopolitiques, et par le changement des perceptions à l’égard de l’avenir de la planète. Le G-7 n’est pas un club de directeurs de banques centrales, c’est un sommet de chefs d’Etat ! C’est un tort de croire que la politique et la diplomatie obéissent à l’économie. C’est toujours l’inverse qui se produit. Une économie prospère, comme celle qu’a connue l’Europe après la seconde guerre mondiale, est toujours le fruit de décisions politiques antérieures, longuement mûries et discutées.

Que les pays du Sahel, que l’Inde ou que l’Egypte aient été invités à Biarritz pour des discussions stratégiques avec certains membres du G-7 n’a pas nui à l’efficacité des discussions entre membres du club. Qu’y a-t-il de mal à ce que Biarritz soit devenu en trois jours un extraordinaire hub diplomatique ? Etant donné les liens historiques entre le Pakistan et les Etats-Unis et la visite récente à Washington du premier ministre Imran Khan, n’était-il pas important que le président américain puisse s’entretenir avec le premier indien Narendra Modi de la crise du Cachemire, abcès d’affrontement entre deux puissances nucléaires ?

Sur la forme, Emmanuel Macron a eu l’intelligence d’organiser ce déjeuner surprise du samedi 24 août en tête-à-tête avec Donald Trump, afin de se ménager une vraie discussion de deux heures avec le leader de la première puissance économique mondiale. Le très désinhibé président américain a atterri comme un OVNI dans le monde jusque-là feutré de la haute diplomatie. Macron est un des rares leaders occidentaux à avoir compris comment le prendre.

Dans des tweets d’un rare amateurisme, le sénateur Lindsey Graham et l’ancienne ambassadrice à l’Onu Nikki Haley ont vilipendé Macron, pour son prétendu « manque de respect à l’égard du président des Etats-Unis », pour avoir invité inopinément le ministre des affaires étrangères iranien, dont l’avion a atterri le dimanche après-midi, à la surprise quasi générale. Ce n’est visiblement pas au Congrès qu’on apprend qu’une bonne diplomatie requiert un minimum de secret. Macron avait évidemment, lors du déjeuner du 24 août, prévenu son homologue américain et reçu un nihil obstat.
Trump a plus tard précisé qu’il ne s’était nullement senti offensé mais qu’il était trop tôt pour qu’il parle directement aux Iraniens, tout en souhaitant que leur pays retrouve un jour sa prospérité d’antan. Le fait que le Guide suprême iranien ait autorisé Javad Zarif à se rendre à Biarritz représente également un progrès important.

Macron a réussi à relancer le dialogue international sur le dossier crucial du nucléaire iranien et obtenu un consensus sur un double objectif : pas de bombe atomique iranienne (qui relancerait la prolifération au Moyen-Orient) et pas de quatrième guerre du Golfe (qui ne ferait qu’empirer la situation). Macron a compris que la politique américaine d’étranglement économique total de l’Iran n’était pas raisonnable. Mais, dans sa relation avec son homologue américain, le président français fait preuve de réalisme : plutôt que de le prendre de front, il cherche à le faire évoluer par petites touches, en sachant que Trump ne transigera jamais sur ses promesses de campagne.

Macron n’a pas toujours été aussi bon en diplomatie. Sur la construction européenne, après son brillant discours de la Sorbonne (septembre 2017), il avait multiplié les inutiles leçons de morale, alimentant une délétère division entre « progressistes » et « nationalistes » au sein de l’Union européenne.
Mais, à Biarritz, il a su faire preuve d’une diplomatie gaullienne, c’est-à-dire indépendante, inventive, courtoise et réaliste.

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