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Crédit photo : AFP (Montage : Paris Match)

Pour son premier déplacement à l’étranger, le nouveau premier ministre britannique se rendra, le mercredi 21 août 2019, à Berlin, puis, le lendemain, à Paris. L’idée de Boris Johnson est-elle vraiment d’essayer d’obtenir un protocole de sortie de l’Union européenne (UE) différent de celui qu’avait négocié Theresa May, et qui avait été approuvé par le gouvernement britannique et par le Conseil européen mais rejeté par la Chambre des Communes ? Quand bien même l’Allemagne et la France voudraient subitement passer un dernier caprice aux Anglais, elles ne le pourraient pas, sans mettre en péril le concept de marché unique européen, qu’elles ont patiemment construit depuis la déclaration Schuman de 1950, et auquel elles restent très attachées. Le marché unique met en œuvre quatre libertés : la libre circulation des biens, la libre circulation des capitaux, la libre circulation des services, la libre circulation des personnes. Comme la plupart des autres dirigeants européens, Angela Merkel et Emmanuel Macron estiment que ces quatre libertés ne peuvent bien s’exprimer qu’en même temps ; qu’elles se nourrissent l’une, l’autre ; et qu’il serait périlleux pour l’avenir de l’UE d’accepter l’idée d’un marché unique à la carte.

En choisissant d’aller à Berlin et à Paris – et non à Bruxelles -, le Premier ministre de Sa Majesté signifie qu’il privilégie l’Europe des grandes nations par rapport à une « Europe bureaucratique ». Johnson, qui a promis à son pays une sortie effective de l’UE pour le 31 octobre 2019, sait déjà qu’il a extrêmement peu de chances d’obtenir, dans un délai si court, un meilleur deal que celui négocié par le gouvernement précédent, mais il fait semblant d’essayer, pour des raisons évidentes de communication politique : si un Brexit dur provoque quelque chaos dans l’approvisionnement de l’économie britannique, Boris pourra toujours en rejeter la responsabilité sur l’ « intransigeance » des dirigeants européens…

Historiquement, la relation du Royaume-Uni à la construction européenne aura été du n’importe quoi de bout en bout. Mépris, frustration, adhésion, hésitation, entrisme, sabotage, fausses sorties, auront scandé la très bizarre stratégie britannique à l’égard de l’Europe. Souvenons-nous du refus de participer à la création de la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) en 1950, du mépris affiché envers la Conférence de Messine de 1955, de la fondation d’une zone de libre-échange concurrente au Marché Commun, d’une adhésion à rebondissements, du chèque compensatoire réclamé par Margaret Thatcher, du rejet de l’euro, etc. C’est un fait historique, pendant plus de deux générations, le Royaume-Uni a suivi une politique de beurre et d’argent du beurre, à l’égard de la construction européenne. « J’y suis, sans y être », a semblé, de 1949 à 2019, constituer la devise cachée des gouvernements britanniques à l’égard de la construction européenne.

Mais un tel dérapage, fût-il aussi prolongé, serait-il une raison pour punir nos alliés d’Outre-Manche ? Non. Car l’important, pour nous Français, est de préserver un partenariat autrement plus important que les arrangements économiques qui sont forgés à Bruxelles. C’est un partenariat des âmes qui existe entre Français et Anglais. Ils partagent le même amour pour la liberté des peuples et ils sont prêts à verser leur sang ensemble pour elle. On l’a vu bien sûr en 1914 et en 1939 face au militarisme allemand. Mais on l’a vu aussi, certes à bien moins grande échelle, à Sarajevo, à l’été 1995.

Sur le continent européen, il n’y a que deux nations qui ont les moyens militaires et le courage de se battre sur des théâtres extérieurs : la France et le Royaume-Uni. Le traité de Lancaster House de 2010 organise la coopération militaire sur trois plans : l’intervention extérieure (force expéditionnaire commune disposant d’un état-major commun) ; la dissuasion nucléaire ; les industries de défense. En 1982, lorsque la dictature argentine attaqua les Malouines britanniques, les Américains adoptèrent une attitude de prudente neutralité. François Mitterrand eut le réflexe d’honneur d’aider autant qu’il le pouvait nos alliés britanniques, diplomatiquement à l’Onu, mais aussi militairement (en ordonnant qu’on explique aux officiers de marine britanniques les contre-mesures possibles aux missiles Exocet qui avaient été vendus par la France à l’Argentine).

Diplomatiquement, les deux nations défendent très souvent les mêmes options. Au Conseil de sécurité, dont elles sont membres permanents, elles travaillent main dans la main. Sur le dossier iranien par exemple, elles s’opposent ensemble au jusqu’au-boutisme américain. La Grande-Bretagne est pour la France un partenaire stratégique. Ne laissons pas les aléas de la construction européenne abîmer un partenariat aussi essentiel !

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