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crédit photo: Photo AFP

La crise des gilets jaunes n’a pas seulement provoqué de gros manques à gagner pour le commerce hexagonal. Elle a aussi considérablement détérioré l’image internationale de la France, en raison de l’effet loupe des images télévisées. Les chaînes américaines ont couvert et diffusé principalement les scènes les plus sensationnelles. L’Arc de Triomphe est un monument connu universellement : les images de son saccage ont fait le tour du monde. Aux téléspectateurs d’Europe et des autres continents qui ne connaissent pas bien notre pays, elles ont donné le sentiment que les Français étaient un peuple indiscipliné, irresponsable, ingouvernable, gâté par son Etat-papa. Elles n’ont pas donné envie de revenir aux investisseurs français que la sur-taxation socialiste du capital avaient chassé de leur pays natal ; elles ont douché les candidats étrangers, au départ attirés par le discours pro-business d’Emmanuel Macron.

La priorité aujourd’hui pour le gouvernement est sa politique intérieure, avec la nécessaire reconstruction d’un modèle socio-économique qui soit à la fois efficace et compris par les gens, et d’un Etat qui dépense moins, tout en protégeant les plus vulnérables. Mais la politique étrangère ne doit pas pour autant être délaissée, même si la France doit urgemment mettre fin à sa manie de donner des leçons de démocratie aux autres pays.

Vers où notre Marianne à la robe un peu déchirée doit-elle tourner la tête en priorité ? Vers les Etats-Unis ? Quand Nixon vint à Paris en février 1969, il écouta avec respect les conseils que lui prodigua de Gaulle (dont celui de reconnaître la République populaire de Chine). Mais le temps n’est plus où l’Amérique est prête à écouter la France. Trump a écrit des tweets quasi insultants contre son jeune président. Quant au Congrès, il estime que la vassalité de la France aux Américains va de soi et qu’elle doit donc, chez elle, appliquer intégralement leurs lois.

Vers la Chine ? Le président Xi Jinping n’a d’yeux que pour l’Amérique. Il porte un regard condescendant sur la France, qu’il voit comme un vaste musée pour touristes, parfois un peu agité. Un pays impuissant face à un Japon qui lui reprend Nissan.

Vers la Russie ? Moscou respecte la France au-delà de la puissance réelle qu’elle représente. Les Russes sont sentimentaux ; ils adorent Alexandre Dumas. Mais Vladimir Poutine est trop déçu par Emmanuel Macron, dont il attendait une politique moins alignée sur les Etats-Unis en matière de sanctions.

Vers le Royaume-Uni ? C’est de loin notre meilleur partenaire sur lae défense. Mais le cadre existe déjà (avec une coopération militaire qui fonctionne), depuis les accords Sarkozy-Cameron de Lancaster House du 2 novembre 2010, que personne ne songe à modifier. Dans les autres secteurs, le gouvernement de Sa Majesté reste paralysé par un débat qui n’en finit pas sur sa sortie de l’Union européenne.

Il reste donc l’Allemagne. C’est avec elle que nous avons eu la coopération industrielle la plus fructueuse, que nous avons construit Airbus, le seul groupe aéronautique mondial qui soit à la hauteur de Boeing. C’est avec elle que nous partageons notre monnaie, qui rivalise désormais avec le dollar dans les paiements internationaux et les réserves des banques centrales. C’est avec elle que nous pourrons résister à l’hégémonisme commercial chinois, protéger nos brevets, et refuser l’extraterritorialité du droit américain.

Relancer l’axe franco-allemand se heurtera certes à des obstacles. Les Allemands ont de plus en plus de mal à nous considérer comme des gens sérieux. Car nous avons inventé les critères de Maastricht, que nous n’arrivons pas à respecter. Notre déficit public dépassera en 2019 les 3,4 % de notre PIB (le maximum autorisé étant 3%), et notre dette publique les 100% (au lieu de 60%). La pagaille règne dans nos comptes publics, alors que nous n’avons eu à gérer ni guerre, ni épidémie de peste, ni tsunami, ni absorption de l’Allemagne de l’Est.

Mais l’Allemagne peut nous comprendre, qui a parfois soumis sa stratégie à des considérations politiques de court terme. Par peur de ses gilets verts, elle a pris l’absurde décision d’abandonner le nucléaire. Ses centrales à charbon tournent à fond, nous inondant de particules fines et lâchant actuellement dans l’atmosphère six fois plus de CO2 que nous.

A une époque où l’incertitude mondiale favorise les régimes autoritaires, il est essentiel que l’Allemagne et la France serrent les coudes. Davantage de coopérations sur la recherche scientifique et technique, sur la politique énergétique, sur la cyberdéfense doivent être envisagées. Les hackers, qu’ils soient privés ou étatiques, ne font pas la différence entre les territoires allemand et français. L’unification de notre COMCYBER et du Cyber und Informationsraum allemand serait un excellent message diplomatique à envoyer au monde entier…

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