pacte marrakech
Photo du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres (C), prise le 10 décembre 2018 lors de l’ouverture de la conférence consacrée au pacte sur les migrations, à Marrakech (Maroc) / AFP

 

Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations Unies, était à l’honneur, lundi 10 décembre 2018, dans le site ensoleillé de Marrakech. Des délégations étaient venues de plus de 150 pays pour y approuver un texte non contraignant, mais hautement symbolique : le Pacte mondial sur les migrations des Nations Unies. Il vise à bâtir une coopération entre les nations pour organiser des « migrations sûres, ordonnées et régulières ».

L’idée est de faire partager un même corpus de principes par les pays de départ des migrants, les pays de transit et les pays de destination. Il reprend des principes de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Certains objectifs du Pacte emportent avec eux un humanisme de bon aloi. Ainsi l’objectif 17 précise que les Etats s’engagent « à éliminer toutes les formes de discrimination et à condamner et combattre les expressions, les manifestations et les actes de racisme, de discrimination raciale, de violence et de xénophobie visant tous les migrants ». On y trouve aussi une demi-dose de pragmatisme. Ainsi, le pacte appelle à la lutte contre les problèmes structurels qui poussent les migrants au départ, ainsi qu’à la facilitation du retour, de la réadmission et de la réintégration des migrants dans leur pays de départ.

L’Onu ne s’est pas trompée en choisissant la ville de Marrakech. La ville regorge d’hôtels confortables, mais, surtout, elle n’est pas très éloignée du Sahara. Or ce désert est redevenu une zone en or pour tous les trafiquants d’êtres humains. Autrefois, le Sahara était un espace de transit pour la traite des esclaves noirs, organisée par les Arabes et acheminée par les Touaregs, les Maures et les Toubous. La colonisation française, et ses détachements de méharistes, ont mis un terme à ces trafics.

Aujourd’hui, les passeurs sont redevenus les rois du Sahara. Pour les migrants, le prix à payer est élevé (3000 euros en moyenne) et les risques importants : mort par la soif ou par le froid dans le désert, réduction à un esclavage temporaire dans les villes de transit, noyades dans la Méditerranée. En revanche, pour les passeurs, les gains sont élevés et les risques nuls. Car autant on a souvent vu des passeurs tuer leurs passagers clandestins, autant on n’a jamais vu un passeur se faire tuer par la police d’un pays de départ, de transit ou de destination. Les passeurs sont passés maîtres dans l’art de corrompre les autorités locales. Ils sont confiants dans l’avenir de leur business, tant la demande est forte. Une enquête Gallup de 2016 a montré que l’Afrique noire était la région du monde où le désir d’immigrer était le plus fort, 42% des jeunes de 15 à 24 ans affirmant sans ambages qu’ils souhaitaient partir. 32% des diplômés du supérieur de l’Afrique subsaharienne souhaitent également quitter la terre de leurs ancêtres, ce qui est dramatique pour les ambitions de développement de ces pays. Ce phénomène touche l’Afrique, qui ne parvient pas à consolider son développement, alors qu’il épargne les pays d’Asie du sud-est ayant réussi leur transition industrielle. Le phénomène migratoire africain est bien devenu le principal défi géopolitique de ce siècle.

Mais on peut faire trois critiques de fond à ce nouveau pacte onusien. D’abord, il ne distingue pas entre les vrais réfugiés politiques et les migrants économiques, et il n’est pas équilibré. Il insiste beaucoup plus sur la qualité d’accueil, requise des pays de destination, que sur les devoirs des pays de départ. Il se permet même de faire la leçon aux médias des pays d’accueil. L’Onu aurait-elle oublié qu’en Occident il y avait encore la liberté d’expression ?

Ensuite, ce pacte reconnaît la souveraineté des Etats mais il omet de poser la question fondamentale de la démocratie. Les peuples des pays d’accueil ont-ils ou non le droit de se prononcer librement sur la protection de leurs frontières ? Sont-ils ou non légitimes quand ils demandent que leurs lois soient respectées ? Sont-ils ou non fondés à choisir s’ils veulent rester comme ils sont, ou passer à une société multiculturelle nourrie par l’immigration ?

Enfin, on peut se demander si l’Onu n’avait pas aujourd’hui mieux à faire qu’à prêcher la bonne parole aux pays riches qui la financent. Pourquoi ne concentre-t-elle pas ses efforts sur les guerres et les massacres au Sud-Soudan, en République centrafricaine, en République démocratique du Congo, au Mali ? Où en est cet admirable projet agronomique de « Grande muraille verte », censée courir du Sénégal à Djibouti, afin de stopper l’avancée du désert du nord vers le sud ? Depuis 1945, l’Onu a beaucoup parlé et peu agi (souvenons-nous de sa catastrophique « mission » au Rwanda en 1994 !). Laisser un temps les grands discours pour des réalisations concrètes ne ferait aucun mal à la politique de M. Guterres envers l’Afrique.

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