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© GEOFFROY VAN DER HASSELT – AFP

 

A trois semaines d’intervalle, la France a donné au monde deux visions antinomiques de son célèbre Arc de Triomphe. Le 11 novembre 2018, devant un parterre de soixante-dix dirigeants étrangers, le président de la République y faisait un bel éloge du multilatéralisme pour régler les problèmes planétaires et les différends entre les nations. Le 1er décembre, ce monument symbolique des gloires et des malheurs de la France, réapparut au monde. Il était nimbé de la fumée des lacrymogènes et des incendies ; il résonnait des cris incohérents des gilets jaunes et des vandales.

Quel gâchis ! Combien de SMS inquiets n’avons-nous pas reçus le week-end dernier depuis l’extérieur, envoyés par des amis étrangers qui aiment encore la France – sa civilisation, sa langue, son Histoire – mais qui se désolent de sa constante dégringolade. Notre pays n’a pas son pareil pour se tirer une balle dans le pied. Il ne se signale plus au monde que par les images délétères de ses grèves, de ses attentats, de ses émeutes. Naguère, il brillait encore, par sa culture, mais aussi par ses réussites industrielles, son Concorde, son TGV, son nucléaire.

Il y a trente ans, nous avons renoncé au colbertisme pour adopter le libéralisme anglo-saxon et la financiarisation de notre économie. Malheureusement, les PME de notre tissu industriel et notre population n’y étaient absolument pas préparées. Le plongeon dans l’économie mondialisée de nos forces productives, sans vérification préalable de leur compétitivité, s’est révélé une catastrophe. La désindustrialisation et le chômage de masse ont envahi les petites villes de province. Les gilets jaunes en sont les enfants.

Le problème de la France – et son désarroi actuel – est qu’elle a emprunté le chemin inverse de ses concurrents. Elle est devenue de plus en plus socialiste, alors que ses partenaires commerciaux l’étaient de moins en moins. Ce n’est pas une position très facile à tenir que d’être pratiquement le dernier pays socialiste de la planète ! Le socialisme à la française est une chose ancienne. Il commence avec Giscard (indemnisation du chômage à 90%, autorisation préalable de licenciement, APL, etc.), pour s’aggraver ensuite considérablement avec Mitterrand, Jospin et Hollande. Les gouvernements de droite ne sont que des intermèdes où, par peur de la rue, l’on ne touche pas au système, que l’on finance par toujours plus de dette. Macron constate à juste titre que cela ne pourra pas durer éternellement. On le traite aussitôt de méprisant.

Le monde étranger reste perplexe face aux contradictions des Français, qui réclament toujours plus de services à leur Etat-papa, mais qui hurlent dès qu’il s’agit de les financer. En Amérique, en Asie, et dans la majorité des autres pays européens, les citoyens ont compris que le pouvoir d’achat n’était pas quelque chose qu’on pouvait augmenter d’un coup de baguette magique et qu’il fallait d’abord produire davantage de richesses. C’est un raisonnement de base, qui a l’air d’échapper à nombre de nos compatriotes.

Les gilets jaunes reprochent à Macron d’avoir supprimé (en partie) l’ISF. Les pays étrangers ont du mal à comprendre, car ils se sont tous débarrassé de cet impôt imbécile, qui fait fuir les investissements productifs. En France l’ISF pouvait rapporter quelque 7 milliards par an. Mais, en faisant fuir les familles riches, il a engendré un manque à gagner fiscal de plus de 30 milliards (en impôts classiques que ces familles auraient continué à payer en France). Dans les culture anglo-saxonne et asiatique, l’impôt sert à financer les dépenses de l’Etat, pas à punir le riche. En France, le riche est l’ennemi. A Paris, on raye les belles voitures, car on est jaloux. A Londres ou à New York, on les admire sans les toucher, car on espère que soi-même ou ses enfants seront un jour capables d’en acheter.

La triste réalité est qu’il n’y a plus un seul pays au monde qui admire l’égalitarisme à la française. Car le socialisme hexagonal ne marche même pas bien. Les Français ont les prélèvements obligatoires les plus lourds du monde, mais ils se plaignent constamment de la médiocrité des services qui leur sont rendus en contrepartie.

A l’étranger, on ne confond pas le peuple avec la foule, le démos avec l’okhlos. Les Gilets jaunes veulent s’exprimer ? Qu’ils utilisent les voies de notre démocratie. Qu’ils présentent une liste aux élections européennes : on verra enfin leur programme… et leur score.

Les correspondants étrangers à Paris restent bouche bée face à ces télés et radios françaises d’ « information » en continu, qui ont appliqué à Macron leur règle des 3 L (d’abord je lèche, ensuite je lâche, enfin je lynche). Ils estiment à raison que si Macron ne méritait peut-être pas cet excès d’honneur de mai 2017, il ne mérite sûrement pas l’indignité dont on l’accable aujourd’hui.

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