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Crédit photo: Wikipedia

 

L’anxiété qui a saisi les Coptes après qu’ils furent visés par un nouvel attentat islamiste dans une banlieue du Caire le 6 janvier 2019 (qui a tué le policier tentant de désamorcer la bombe), l’impossibilité qui est faite à cette communauté dont l’évangélisation remonte à Saint-Marc de fêter son Noël en pleine quiétude, nous rappelle le problème plus large, et fort ancien, du sort fait aux Chrétiens en terre d’islam.

Depuis leur victoire dans la seconde guerre mondiale, les Occidentaux ont su apporter de grands bienfaits à l’humanité tout entière. Scientifiquement, ils lui ont fait partager leurs grandes inventions, comme la Pénicilline ou Internet. Juridiquement, ils ont construit l’Onu, institution qui n’est pas parfaite mais qui est un vrai progrès par rapport à feu la Société des Nations. Les droits de l’homme et la démocratie sont loin de s’appliquer partout dans le monde mais ils constituent la seule référence de gouvernance qui existe internationalement. Même la puissante Chine communiste du président à vie Xi Jinping n’ose ouvertement proposer son modèle d’autocratie dans les grands forums où elle s’exprime.

Les Occidentaux ont mis au point de terribles armes de destruction massive, mais ils ont réussi jusqu’à présent à en stopper la prolifération.

Leurs réussites dans l’aéronautique civile a permis le tourisme de masse, qui a centuplé les contacts humains entre différentes nations.

Les Occidentaux ont réussi à ancrer dans la vie internationale le principe d’un minimum de solidarité en faveur des nations victimes d’une catastrophe naturelle ou sanitaire. Lorsque l’Afrique fut touchée par une épidémie de maladie à virus Ebola en 2014, ils ne restèrent pas les bras croisés.

Economiquement, ils ont créé le FMI et l’OMC ; ce ne sont pas des systèmes immunisés contre tout accident financier ou commercial, mais ils ont tout de même réussi à éviter le retour des longues dépressions du type de celle de 1929.

Bref, si tout n’est assurément pas rose dans le monde d’aujourd’hui (destruction de l’environnement, accroissement des inégalités, etc.), il reste indéniable que, sous l’impulsion des Occidentaux, de vastes succès politiques, techniques, sanitaires et sociaux ont été accomplis en l’espace de deux générations.

Mais il y a un domaine où la planète a indéniablement régressé depuis 1945, et où la responsabilité occidentale est patente. C’est celui de la liberté de conscience et de religion. L’intolérance religieuse n’a pas régressé depuis la fin de la seconde guerre mondiale ; elle a progressé. Certes le christianisme a continué à se réformer, acceptant la science, assumant ses racines juives, promouvant l’œcuménisme. Mais l’islam a, curieusement, parcouru le chemin inverse. Il a abandonné la voie réformatrice que lui avait montrée Mohamed Abduh (1849-1905). Ce grand théologien d’al-Azhar et mufti égyptien s’est battu pour faire admettre la nécessité de l’ijtihad (interprétation des textes sacrés), de l’enseignement des sciences, de l’adaptation des lois au monde moderne. Il proclamait l’existence du libre arbitre et fustigeait la doctrine de la prédestination. Très en avance sur son temps, Abduh prêchait l’amitié interreligieuse. Il a beaucoup défendu les Coptes, qui avaient été stigmatisés lors de la révolte nationaliste du Colonel Ahmed Urabi, qui tenta en vain, de 1879 à 1882, de débarrasser l’Egypte de l’influence britannique.

Mais tout l’héritage intellectuel d’Abduh fut balayé, une génération plus tard, par l’émergence du mouvement radical et anti-occidental des Frères Musulmans, fondé dans la même Egypte par l’instituteur Hassan al-Banna en 1928. Diffusé à partir des années 1980 grâce à l’argent du pétrole saoudien, le puritanisme wahhabite empira encore les choses.

Conscient des dangers du totalitarisme communiste, l’Occident s’est étrangement montré aveugle face à la montée du radicalisme en islam. Dans leur pacte du Quincy de février 1945 avec Ibn Séoud, les Américains ne décèlent aucun inconvénient dans l’idéologie wahhabite. En 1975, ils abandonnent les chrétiens libanais victimes du camp « islamo-progressiste ». Dans les années 1980, ils utilisent contre le communisme en Afghanistan l’arme de l’intégrisme islamique (qui se retournera contre eux vingt ans plus tard). En 2003, ils font la guerre pour imposer la démocratie en Irak ; la conséquence en est un chaos qui oblige les Chrétiens à fuir une terre qui était leur bien avant la naissance de Mahomet. Aujourd’hui, pour leur protection, les Chrétiens d’Orient n’ont pas d’autre choix que se tourner vers des autocrates (Sissi en Egypte, Assad en Syrie).

En s’abstenant de défendre les Chrétiens d’Orient, l’Occident a commis une double erreur stratégique : il a donné un signal de faiblesse en abandonnant ses amis idéologiques ; il a renié son credo où, depuis deux siècles, figure en première place, la tolérance religieuse.

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