Le mercredi 18 octobre 2017, s’ouvrira à Pékin le 19ème Congrès du Parti communiste chinois. C’est l’événement phare de la politique dans l’Empire du Milieu. Ce Congrès consacrera le pouvoir sans partage du président Xi Jinping sur toutes les institutions chinoises, et lui offrira la perspective d’un mandat supplémentaire de cinq ans à la tête du pays, voire de deux s’il parvient à faire changer les règles.

Une fois n’est pas coutume, il y a un grand nombre de nominations et de décisions stratégiques, qu’on ne connait pas encore, qui seront avalisées par ce Congrès, qui réunit 2270 délégués, élus par les structures du parti, qu’elles soient provinciales, municipales, ou au sein des forces armées.

Dès son arrivée au poste suprême de président de la Chine en 2012, Xi Jinping, qui redoutait les contre-pouvoirs, a pris le contrôle direct de l’armée, en se faisant nommé président de la Commission militaire centrale du Parti. Il s’est montré au front des troupes, seul debout dans son command car, pour bien signifier qu’il n’y avait qu’un seul commandant-en-chef et que c’était lui. Il a ensuite cassé le vieux système de commandement soviétique et son cloisonnement entre les différents services, pour édifier un commandement moderne interarmes à l’occidentale. Il s’est lancé enfin dans une vaste campagne anticorruption – il y avait même des généraux qui furent pris la main dans le sac en vendant des titres militaires… Cela lui a permis de rajeunir les cadres et de mettre aux positions clés des hommes à lui, qu’il avait connus lorsqu’il gouvernait la province de Fujian (face à l’île de Taïwan) ou celle encore plus importante et plus riche du Zhejiang (juste au nord de Fujian). Les effets de la lutte anticorruption et du rajeunissement des cadres dirigeants de l’armée sont spectaculaires : 90% des 300 délégués militaires qui participeront au 19ème Congrès seront de nouvelles têtes.

Cette mise au pas de l’armée chinoise par le Président Xi Jinping s’est accompagnée d’une nouvelle orientation stratégique, en faveur de la Marine. Sur les 3 millions de militaires, Xi Jinping le modernisateur a supprimé 600000 postes ; mais la rationalisation des effectifs n’a pas touché les marins. Le président a lancé la construction d’un troisième porte-avions. L’idée est bien sûr d’imposer une hégémonie chinoise sur les Mers de Chine méridionale et orientale. Cependant, Xi Jinping est aussi un chef prudent, qui a su écarter de la direction de ses armées les têtes brûlées : depuis trois mois, ont disparu les incidents en mer avec les bâtiments de l’US Navy ou ceux des marines du Japon, du Vietnam, des Philippines. La Chine promeut désormais l’idée d’un Code of conduct dans la Mer de Chine méridionale, qu’elle va proposer à tous ses voisins. La manœuvre vise à faire oublier son déni de la décision de la Cour arbitrale de La Haye de juillet 2016.

L’affaire de Corée du Nord est beaucoup trop importante pour que la Chine puisse se permettre de jeter une poignée de poil à gratter supplémentaire sur le dos du grand rival Yankee. Il y a des géopoliticiens qui pensent que, sous la pression économique de l’Amérique, les Chinois vont finir par amener le régime de Kim Jong-un à résipiscence. Je ne le crois pas. Ils l’auraient déjà fait, depuis 20 ans que Washington le leur demande. La montée en puissance, au cours des douze derniers mois, des programmes nucléaire et balistique nord-coréens a été trop rapide pour qu’on ne soit pas tenté d’y voir le signe d’un petit coup de patte technologique secret de Pékin. D’où sont venus les moteurs superpuissants des nouveaux missiles intercontinentaux nord-coréens ? Du bureau d’études Ioujnoïe et des usines Youjmach de Dniepropetrovsk (Ukraine) ou d’ailleurs ?

Les Chinois font semblant de tout essayer pour raisonner le régime de Pyongyang. Mais la réalité est qu’ils supportent très bien l’idée que leur petite voisine stalinienne devienne une puissance nucléaire à part entière. Certes ils réprouvent en principe la prolifération nucléaire. Mais ils ont déjà fait une exception, en faveur du Pakistan. Dans l’affaire coréenne, ils savent qu’à la longue, ils peuvent gagner très gros. Leur calcul est que le président américain Donald Trump hurlera et twittera beaucoup mais qu’il n’entreprendra jamais d’action militaire préventive contre Pyongyang. Leur stratégie à long terme est de déployer calmement la puissance de leurs armées rénovées, et de montrer à tous les pays asiatiques que l’Amérique n’est qu’un faux dur, qu’un tigre de papier, prête à les abandonner à tout moment, comme elle l’avait fait pour le Vietnam du sud en 1975.

Pour Sun Tzu, le premier stratège chinois de l’Histoire, il n’est jamais utile de livrer bataille : mieux vaut que les rivaux, saisis d’effroi, se soumettent d’eux-mêmes…

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