En politique internationale, Donald Trump et Barack Obama ont ceci en commun : ce sont des nationalistes américains, se méfiant des idéologies. Tous deux sont très éloignés de l’idéologie néoconservatrice d’un George W Bush, qui pensait que les Occidentaux pouvaient répandre partout la démocratie, au besoin par les armes. Barack Obama a certes avalisé, en mars 2011, l’intervention de l’Otan contre la Libye de Kadhafi, que lui réclamaient Nicolas Sarkozy et David Cameron. Mais il a dit ensuite que c’était la pire erreur stratégique qu’il ait commise au cours de ses deux mandats de président des Etats-Unis.

Donald Trump, pour sa part, a déclaré durant sa campagne électorale que le monde serait aujourd’hui plus en sécurité si les dictateurs Mouammar Kadhafi et Saddam Hussein n’avaient pas été tués par les Occidentaux. Dans un entretien à CBS, le dimanche 13 novembre 2016, le président élu s’est plaint des guerres livrées par l’Amérique au Moyen-Orient « depuis quinze ans » et de leur coût, qu’il a évalué, non sans exagération, à 6000 milliards de dollars. « Avec ces six trillions, nous aurions pu reconstruire l’Amérique deux fois ! », s’est exclamé Trump, se lamentant sur l’état vétuste « des routes, des ponts, des tunnels et même des aéroports » aux Etats-Unis.

Quels sont les fondamentaux de la pensée stratégique internationale du futur 45ème président des Etats-Unis ? Ils sont au nombre de quatre. Premièrement, Donald Trump va gouverner son pays comme un CEO américain (chief executive officer ou PDG) gère l’entreprise dont il a la charge. Un CEO cherche toujours à maximiser son profit. Trump s’efforcera de toujours maximiser les intérêts géopolitiques des Etats-Unis. Il se moquera de répandre les droits de l’homme et la démocratie sur la planète ; il concentrera ses efforts sur l’amélioration de la sécurité intérieure et de la prospérité de l’Amérique.

Deuxièmement, il demandera aux alliés de Washington, européens (les membres de l’Otan) comme asiatiques (Corée du sud, Japon), de participer davantage financièrement au coût de leur protection par l’Amérique. Les avocats d’affaires les mieux rémunérés disent toujours : « Pas d’action sans provision ! » Trump parlera désormais de la sorte à ses alliés : « Pas de protection sans provision ! ». C’est un thème constant chez lui, qu’il évoquait déjà il y a vingt ans.

Troisièmement, le président Trump, auteur en 1987 du best-seller de management « L’art du deal », cherchera à faire des deals géopolitiques avec les grands de ce monde, capables comme lui de décider vite et fort. C’est en cela qu’il n’est pas isolationniste. Pour la gestion des affaires de la planète, Trump croit, à tort ou à raison, davantage à l’intuition et à la vision des grands leaders, qu’au travail des bureaucraties nationales et des institutions multilatérales. Il a dit qu’il chercherait à s’entendre avec Poutine, dans un dialogue d’homme à homme. Arriveront-ils à construire ensemble une politique commune à l’égard de la Syrie ? Réussiront-ils à joindre leurs forces dans la guerre à l’Etat islamique ? Trouveront-ils un arrangement sur l’Ukraine ?

Le tout-puissant dirigeant chinois Xi Jinping, qui s’est montré, en diplomatie, davantage un praticien des rapports de force qu’un zélateur du droit international, a fait le geste d’appeler Donald Trump. Cela montre que la Chine redoute encore la puissance des Etats-Unis. Trump réussira-t-il à modifier, à l’avantage de l’Amérique, les politiques commerciale et monétaire de la Chine ? Parviendra-t-il à stopper son expansionnisme botté en Mer de Chine méridionale ? Il est trop tôt pour prédire si Trump se révélera un bon ou un médiocre deal maker au regard des intérêts de son pays.

Quatrième fondamental, Trump se montrera intraitable avec les ennemis avérés de l’Amérique. Dans son discours de victoire à New York, il a dit qu’il chercherait à vivre en paix avec toutes les nations du monde. Cela devrait donc inclure l’Iran, avec lequel l’Amérique a signé l’accord nucléaire du 14 juillet 2015. Mais Trump ne composera jamais avec l’Etat islamique. Il ne veut plus voir d’Américains tués chez eux par ces musulmans fanatiques. Il cherchera sûrement à faire des deals avec le tout-puissant leader turc. Mais si Erdogan reprenait son petit jeu d’aider secrètement Daech, Trump chercherait alors à le briser impitoyablement.

Le président élu a peu de considération pour l’Union européenne (UE), qu’il voit comme une confédération molle, incapable de sécuriser ses frontières. Le 11 novembre 2016, devant des étudiants au Luxembourg, le président de la Commission a dit : « Trump devra s’adapter et apprendre le fonctionnement des institutions européennes ! ». C’est une nouvelle preuve que Jean-Claude Juncker a du mal à appréhender les rapports de force mondiaux tels qu’ils sont. Dans l’état où se trouve aujourd’hui l’UE, ce sera hélas à la Commission de s’adapter à Trump. Et non l’inverse.

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