Commentant l’aimable conversation téléphonique du jeudi 9 février 2017 entre le président américain et son homologue chinois, les éditorialistes de Hong-Kong ont traité Donald Trump de « tigre de papier » en Asie. L’expression désigne, dans le langage courant en Chine, une chose apparemment menaçante, mais en réalité inoffensive. Elle avait été utilisée par le président Mao à l’encontre des Etats-Unis entre 1956 et 1972. Dans son premier entretien comme président en exercice avec le leader chinois, Donald Trump a réaffirmé la position américaine en vigueur depuis l979, à savoir que les Etats-Unis reconnaissaient qu’il n’y avait qu’une seule Chine et non deux. Cela veut dire que l’île de Taïwan a vocation (le jour où ses habitants l’accepteront), à réintégrer le territoire de la Chine continentale, dont elle est politiquement séparée depuis la victoire des forces communistes à Pékin en 1949. Cela veut dire aussi que Washington n’entretient plus de relations diplomatiques officielles avec Taipei.

En s’entretenant, en décembre 2016 avec Tsai-Ing-wen, la présidente de Taïwan, le président élu Trump avait alarmé les autorités de Pékin. Non seulement parce que Mme Tsai a été élue démocratiquement, en mai 2016, sur une plateforme à coloration indépendantiste. Mais aussi parce que le président élu avait dit qu’il se rangerait à la diplomatie d’une seule Chine que si Pékin faisait préalablement des concessions commerciales à l’Amérique. Pendant sa campagne électorale, Trump avait accusé la Chine d’avoir « violé » les Etats-Unis par son dumping commercial et son refus de faire flotter sa monnaie nationale.

En vieux crocodile de la politique qui en a vu d’autres, le président chinois a réagi avec flegme, patience et détermination. Au sommet, dans la Cité interdite, on sait l’usage qu’on peut faire du silence en diplomatie. Pas de gesticulation internationale ni de déclaration officielle incendiaire. Xi Jinping s’est seulement rendu au forum économique de Davos, le 17 janvier 2017, pour y prononcer un éloge vibrant du libre-échangisme, qui fut très applaudi. Sur la question de Taïwan, le président chinois a laissé son ambassadeur à Washington passer discrètement le message : pas question que la Chine ne mette le doigt dans le moindre chantage ; Xi Jinping n’acceptera de parler à Donald Trump que lorsque ce dernier aura pleinement accepté le principe d’une seule Chine. Le silence et la patience ont fini par payer. Trump, qui s’était, depuis son inauguration le 20 janvier, entretenu avec les leaders de toutes les grandes nations, n’a pas voulu laisser de vide diplomatique avec la deuxième puissance économique du monde. Il a cédé et réitéré l’attachement des Etats-Unis à la politique d’une seule Chine, sans obtenir la moindre concession en échange.

Parallèlement, en l’espace de moins d’un mois, le secrétaire d’Etat Rex Tillerson a atténué sa position publique sur l’hégémonisme de Pékin en mer de Chine méridionale. La marine américaine ne va plus « empêcher l’accès » aux bases aériennes que l’armée chinoise a construites, au mépris du droit maritime international, sur des îlots, auparavant déserts, au large du Vietnam ou des Philippines. L’US Navy se contentera de maintenir, autour de ces récifs, la « liberté de navigation ».

Kim Jong-Un en a-t-il conclu que Donald Trump n’était qu’un tigre de papier en Asie ? Difficile à dire, tant est opaque la dictature communiste nord-coréenne. Mais le fait est que, le 12 février 2017, elle a, en contravention des résolutions de l’Onu, procédé à un tir de missile de 500 kms, qui s’est abîmé dans les eaux internationales de la Mer du Japon. En visite aux Etats-Unis, le premier ministre nippon a déclaré ce tir inacceptable, recevant sur le champ le « soutien à 100% » du président Trump. Ce dernier avait, la veille, rassuré Shinzo Abe sur la solidité de l’alliance stratégique entre les Etats-Unis et le Japon, précisant que le parapluie militaire américain s’étendait même sur les ilôts Senkaku (400 kms au sud-ouest d’Okinawa), réclamés par la Chine, bien qu’administrés par le Japon depuis 1895.

Le recentrage de Trump vers les positions classiques de la diplomatie américaine en fait-il un tigre de papier en Asie ? Commercialement, vu l’ampleur des échanges et la complexité des dossiers, la renégociation des relations économiques sino-américaines ne peut qu’être une affaire de très longue haleine. Stratégiquement, l’aveu immédiat de faiblesse ne serait avéré que si Pékin construisait un nouvel aérodrome militaire en Mer de Chine méridionale, ou que si la Corée du Nord procédait à un essai de missile intercontinental. Rien ne dit que cela se produira durant son mandat.

Jusqu’à présent, Donald Trump, en Asie, fait davantage penser à un éléphant dans un magasin de porcelaine qu’à un tigre de papier.

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