Tout a commencé par un tir d’essai de missile balistique effectué par l’Iran le dimanche 29 janvier 2017. Selon la nouvelle ambassadrice américaine à l’Onu, ce missile pouvait transporter une charge de 500 kilogrammes et avait un rayon d’action de 300 kilomètres. Devant le Conseil de sécurité de l’Onu, Nikki Haley a jugé ce tir « absolument inacceptable », car en contradiction, selon elle, avec l’accord nucléaire du 14 juillet 2015, entériné par la résolution 2231 du Conseil du 20 juillet, qui « appelle l’Iran à ne mener aucune activité liée à des missiles balistiques conçus pour emporter des armes nucléaires ». Le ministre de la Défense iranien lui a répondu que ce tir n’enfreignait pas la résolution 2231. « Nous avons un programme pour produire des équipements défensifs et personne ne peut nous en faire changer », a dit le général Hossein Dehghlan.

Pour répondre au test balistique de l’Iran, Washington a pris des sanctions ciblées visant une vingtaine de personnes, et Téhéran n’a riposté qu’avec des mesures symboliques. Afin de prévenir tout risque d’escalade, Javad Zarif, le ministre iranien des Affaires étrangères parfaitement anglophone, a rappelé que son pays n’avait aucune intention d’attaquer quiconque mais qu’il saurait se défendre s’il était lui-même agressé.

Dans son discours d’investiture, Donald Trump avait déclaré que l’Amérique n’avait qu’un seul ennemi, l’Etat islamique, et qu’elle le détruirait. Cette guerre à l’islamisme sunnite radical, le président américain souhaiterait la conduire main dans la main avec la Russie. Mais il voudrait aussi qu’à cette occasion, Moscou prenne ses distances avec Téhéran. Après que l’Iran eut accepté, par l’accord du 14 juillet 2015, des inspections internationales fiables sur son territoire pour vérifier que le pays avait bien renoncé à tout programme nucléaire militaire, la Russie accepta de lui livrer des missiles de défense anti-aérienne S-300, jugés parmi les meilleurs au monde. Sur le théâtre syrien, Russes et Iraniens ont combattu et continuent à combattre en alliés. Vu son caractère, il est peu probable que Vladimir Poutine accepte de lâcher son allié iranien, avec la célérité que le Département d’Etat américain avait lâché le président égyptien Moubarak en février 2011.

L’administration Trump estime qu’il y a un hégémonisme iranien au Moyen-Orient, qui menace les intérêts américains, et qui doit donc être stoppé. Washington a décidé de renforcer son alliance avec les deux plus farouches adversaires de l’Iran dans la région : Israël et l’Arabie saoudite. Signé en février 1945 sur le croiseur Quincy entre Roosevelt et Ibn Séoud, le pacte stratégique entre Washington et Riad a été renouvelé pour soixante ans en 2005. Le président Trump et son secrétaire d’Etat Rex Tillerson, ancien pétrolier, entendent lui redonner de la vigueur. Ils sont prêts à aider concrètement l’armée saoudienne dans sa guerre – autorisée par la résolution 2216 de l’Onu d’avril 2015 – de soutien au gouvernement yéménite très affaibli du président Mansour Hadi, qui doit combattre sur deux fronts : au sud, autour d’Aden, contre les militants d’AQPA (Al Qaida dans la Péninsule arabique) ; au nord contre les milices chiites houthistes, qui tiennent toujours la capitale Sanaa. Le Pentagone a envoyé en Mer Rouge patrouiller le destroyer USS Cole, afin d’empêcher tout éventuel approvisionnement en armes par la marine iranienne des miliciens du Hezbollah qui soutiennent les Houthistes sur le terrain.

Israël a une hantise : voir l’Iran se doter de missiles à tête nucléaire et accéder ainsi à la parité stratégique avec lui. L’Arabie saoudite a une hantise : voir le Hezbollah se déployer sur sa frontière sud. Les Etats-Unis viennent de rassurer leurs deux meilleurs alliés moyen-orientaux : le Pentagone ne laissera pas les objets de ces deux hantises devenir réalités.

Comme dans toutes les stratégies de « containment », le danger peut venir d’incidents localisés qui dégénèrent. Une altercation navale américano-iranienne aurait l’inconvénient de regonfler les voiles des durs à Téhéran, lesquels n’ont connu que des échecs électoraux depuis 2013. Les classes moyennes iraniennes aspirent sincèrement à une réconciliation de leur Etat avec l’Amérique. Il serait dommage de gâcher une telle chance. Le décret Trump d’interdiction d’entrée aux États-Unis pour trois mois fut une humiliation inutile faite aux citoyens iraniens.

Washington doit saisir que jamais l’Iran, Etat très ancien, ne renoncera à préparer sa défense, d’autant plus qu’il fut agressé en 1980 par l’Irak, dans le silence complice des grandes puissances. Téhéran doit comprendre que la péninsule arabique est intouchable, car sous parapluie militaire américain. Les trois pays ont une occasion unique de se réconcilier, en faisant désormais front ensemble contre leur ennemi commun, l’Etat islamique. Il faudra à Rex Tillerson beaucoup d’énergie et un peu de génie pour y parvenir.

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