La brillante victoire obtenue par Hassan Rouhani au scrutin présidentiel iranien du vendredi 19 mai est la meilleure nouvelle en provenance du Moyen-Orient de cette première moitié d’année 2017. Il n’était pas évident que fût réélu dès le premier tour ce président qui avait mis tout son poids dans la balance pour obtenir un accord nucléaire sanctionné par l’Onu – où l’Iran renonçait à poursuivre l’enrichissement de son uranium en échange d’une suspension des sanctions commerciales internationales. Dans sa campagne électorale Donald Trump avait fustigé cet accord signé le 14 juillet 2015 entre l’Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (rejoints par l’Allemagne). Mais heureusement, juste avant de s’envoler pour le Royaume d’Arabie saoudite, l’ennemi juré de l’Iran, le président américain a reconduit la suspension des sanctions contre Téhéran, appliquant ainsi à la lettre l’accord du 14 juillet.

Lorsqu’il se fit élire président pour la première fois en 2013, Hassan Rouhani avait fait campagne en faveur de la modération, de la prudence et de l’ouverture au monde. Ce clerc prenait ainsi le contrepied du président populiste Mahmoud Ahmadinejad, qui avait alarmé le monde entier en relançant le programme nucléaire militaire iranien, en soutenant le pire révisionnisme historique (minimisant par exemple l’ampleur de la Shoah), en déclarant qu’Israël méritait d’être « rayé de la carte ». En arrivant aux affaires, Rouhani réussit à obtenir du Guide de la Révolution (l’ayatollah Khamenei, le numéro 1 du pouvoir iranien, qui détient constitutionnellement le dernier mot sur les sujets stratégiques) qu’on confie à son ministre des affaires étrangères la gestion du dossier nucléaire. Javad Zarif, excellent anglophone, réussit rapidement à nouer un dialogue confiant avec son homologue américain John Kerry, ce qui facilita l’accord sur le nucléaire.

Dans sa campagne électorale de 2017, opposé au conservateur religieux Ibrahim Raïssi, le président Rouhani a eu le courage de s’en prendre au pouvoir judiciaire, lui reprochant de maintenir une chape de plomb sur la société iranienne. Cette posture a marché bien au-delà des classes éduquées surfant sur les sites en anglais de l’internet mondialisé, car il a obtenu 57% des voix dès le premier tour, contre 38% à son rival.

La république islamique d’Iran vit sous un curieux régime. Son principe est le « Velayat-e faqih », c’est-à-dire le principe d’une tutelle des théologiens sur le système politique. Les clercs sont bien sûr ceux du chiisme duodécimain, qui vénère ses douze imams, à commencer par Ali, le gendre du prophète. C’est la dynastie safavide qui a converti le pays au chiisme au XVIème siècle, afin de sceller son indépendance par rapport à l’empire ottoman sunnite.

La théocratie iranienne a la particularité d’être irriguée par le suffrage universel. Il désigne non seulement le président tous les quatre ans, mais aussi, tous les huit ans, les 86 religieux de l’Assemblée des experts. C’est cette dernière qui élit à vie le Guide suprême, gardant théoriquement le droit de le destituer. Si Rouhani ou un autre modéré remplace Khamenei à sa mort, l’Iran rétablira définitivement ses relations séculaires avec l’Occident.

Lors de sa visite à Riyad le 21 mai 2017, le président américain, qui venait de signer pour cent milliards de dollars de contrats militaires, a fustigé le « terrorisme » caractérisant à ses yeux le régime iranien. Donald Trump a-t-il oublié qu’il n’y avait pas un seul Iranien, pas un seul chiite, au sein du groupe des dix-neuf jeunes hommes qui perpétra les attentats du 11 septembre 2001 ? Le président américain ignore-t-il que c’est le wahhabisme saoudien qui fonde l’idéologie de Daesh, Etat islamique qu’il a pourtant désigné comme son ennemi principal ? N’a-t-il pas compris que la société saoudienne est bloquée par les oulémas gardiens du wahhabisme dans sa progression vers davantage de tolérance ?

Renonçant à la diplomatie équilibrée dans le Golfe qu’initia Obama, Trump revient à la classique et juteuse alliance stratégique américano-saoudienne nouée par Roosevelt et Ibn Séoud en février 1945. C’est l’occasion pour la France de se démarquer de son allié américain, et de devenir leader en Occident du rétablissement des ponts culturels, politiques et économiques entre l’Europe et la Perse. Transformons l’essai courageux des modérés iraniens !

Deux raisons plaident pour cette nouvelle diplomatie. Premièrement, l’Iran, la Turquie et l’Egypte sont les trois seules vraies nations du Moyen-Orient. Deuxièmement, la population iranienne, vaccinée contre l’islamisme au pouvoir, est très favorable aux valeurs occidentales. Laissons à l’Amérique son protectorat wahhabite et renouons avec cette immense civilisation orientale !

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