Chef des armées et de la diplomatie, le nouveau président de la République, que les Français éliront le 7 mai 2017, ne sera pas confronté à un monde bien ordonné. A disparu le « nouvel ordre international » qu’avait proclamé le président Bush en 1991, après qu’il eut, à la tête d’une vaste coalition arabo-occidentale, libéré le Koweït, qu’avait envahi le dictateur irakien Saddam Hussein. C’était le monde de la « fin de l’Histoire » ; un monde d’un seul bloc ; régulé par l’économie de marché ; le libre-échange ; le respect des frontières, du droit international et de l’Onu. Les valeurs occidentales avaient gagné une fois pour toutes ; il n’y avait plus qu’à attendre que les pays retardataires (qu’on qualifiait encore « du Tiers-Monde ») s’adaptent.

En 1991, la force majeure en géopolitique était la convergence. La grande majorité des nations convergeaient vers le modèle libéral occidental, sous ses formes américaine ou européenne. Nous sommes passés aujourd’hui à une ère de divergence des civilisations. Les Chinois suivent davantage la pensée du stratège militaire Sun Tzu que celle des philosophes des Lumières. Les Russes sont revenus à l’alliance ancestrale du tsar et de l’église orthodoxe. Les Indiens ont relégué Oxford pour renouer avec l’hindouisme. Le monde arabo-musulman subit un retour du religieux sans précédent. L’Afrique noire demeure structurée par le tribalisme. L’Amérique latine ne s’est pas libérée de son addiction à la démagogie politique. La mondialisation a uniformisé la consommation des marchandises, pas celle des idées.

Face à ce progressif délitement du monde, le futur président français ne devra pas y voir une fatalité, mais seulement un cap à corriger. En politique étrangère, il devra miser à fond sur le renforcement du multilatéralisme, européen d’abord, onusien ensuite.

Main dans la main avec son partenaire allemand, il devra donc rénover de fond en comble le fonctionnement de l’Union européenne (cf notre chronique du mardi 25 avril 2017). Car, sans son levier européen, la France n’a pas la moindre chance de pouvoir imposer un commerce équitable à la Chine, ou résister à l’hégémonisme financier et juridique américain.

L’ampleur du chantier de la réforme de l’Europe, ne saurait empêcher la France, membre permanent du Conseil de sécurité de l’Onu, de poursuivre des ambitions planétaires. En 2015, elle a accompli avec sérieux sa mission d’organisation de la COP-21 sur le changement climatique et cela lui a réussi.

Sur les questions stratégiques et politiques, le futur chef de l’Etat devra se méfier du néo-conservatisme, cette idéologie surgie outre-Atlantique à la fin du dernier millénaire, qui préfère la « démocratie » à la paix. Le monde n’adhère plus au droit que s’arroge l’Occident d’exporter ses valeurs par la force.

La France doit rayonner davantage par son exemple que par ses leçons de morale. Sa diplomatie doit prendre les réalités telles qu’elles sont, pas telles qu’elle voudrait qu’elles soient. Elle doit être réactive, souple, inventive, énergique, alignée sur personne.

Le monde respecte la diplomatie de la France car c’est l’un des rares pays qui sait encore se hisser, avec indépendance et inventivité, à la hauteur des grands défis planétaires, comme on l’a vu sur l’invasion de l’Irak en 2003, ou sur la crise financière en 2008. La France est alliée des Etats-Unis, pas alignée sur eux.

Fort de ce respect et d’un réseau diplomatique de haute qualité, notre prochain président devrait avoir pour ambition de faire de la France un intermédiaire sincère dans les grandes crises du moment. Il n’est pas de notre intérêt que la Russie soit tenue en lisière de la civilisation euro-atlantique et jetée dans les bras de la Chine. Les relations Washington-Moscou sont retournées à une impasse depuis que le Secrétaire d’Etat a dit que les sanctions américaines seraient maintenues tant que la Russie n’aurait pas rendu la Crimée à l’Ukraine. Or on sait très bien qu’elle ne le fera jamais. Les Russes tiennent autant à Sébastopol qu’à Saint-Pétersbourg. Travaillons plutôt à ce qu’ils quittent le Donbass et qu’ils se réconcilient progressivement avec leurs frères ukrainiens – ce qui est l’intérêt économique évident de Kiev.

Dans le monde arabo-musulman, trois crises bénéficieraient d’une intermédiation intelligente de la France : la guerre « froide » opposant l’Iran chiite et l’Arabie saoudite sunnite (et ses conséquences « chaudes » au Yémen, en Syrie, en Irak) ; la brouille libyenne entre la Cyrénaïque et la Tripolitaine ; la mésentente chronique Maroc-Algérie. En Afrique noire, la France reste la grande puissance de référence, car on la sait plus désintéressée que la Chine.

Le futur locataire de l’Elysée trouvera un monde moins en ordre qu’en 1991. Son honneur sera de chercher à en remettre progressivement.

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