D’un point de vue occidental, les attentats islamistes en Europe (Espagne et Finlande) et la résurgence de la question raciale aux Etats-Unis auront marqué de noir ce mois d’août 2017. Les événements sanglants de Barcelone, de Turku et de Charlottesville nous rappellent brutalement que l’Occident a face à lui, depuis une génération, un double défi à relever.

Car les grands pays occidentaux souffrent à la fois d’un défaut de cohésion interne et d’une accumulation d’incohérences en politique étrangère.

Sur le plan interne, le modèle d’intégration par les Etats européens de leurs immigrés a fonctionné correctement tout au long du XXème siècle avec des populations d’origine très différente. Mais il y a une exception de taille : ce modèle semble impuissant à bien intégrer les populations de confession musulmane. Comment l’expliquer ? Par l’absence de séparation du politique et du religieux en islam ? Par le rejet, depuis le XIIème siècle dans le sunnisme, de tout effort d’interprétation critique de ses textes sacrés, dont la conséquence est l’application à la lettre de préceptes ayant régulé la vie des Bédouins de la péninsule arabique au 7ème siècle ? Par d’autres raisons ? L’existence d’un fossé culturel initial à franchir par l’immigré n’est pas une explication satisfaisante. Les Juifs de l’Empire russe qui ont immigré en France ou aux Etats-Unis dès la fin du XIXème siècle avaient grandi dans une civilisation totalement différente : ils se sont néanmoins parfaitement intégrés dans les sociétés française et américaine.

Comme on estime, à juste titre, que c’est à l’immigré à s’adapter aux sociétés dans lesquelles il pénètre et non aux sociétés à s’adapter à lui, on oublie souvent de considérer la situation des pays d’accueil. Il faut reconnaître que nos sociétés européennes contemporaines ont de la peine à séduire nombre de jeunes garçons musulmans. Les Européens d’un certain âge et le patrimoine témoignent d’une civilisation chrétienne qui a été florissante. Mais elle est aujourd’hui désertée par les jeunes générations, plongées dans un consumérisme échevelé. Si vous êtes un jeune musulman et que vous ne vous sentez pas à l’aise dans le monde des grandes surfaces, de Disney World, de la télé réalité, et du fast food, et que vous vous cherchez un idéal, quelles options avez-vous ? Le communisme ? Il a fait faillite. Le christianisme ? La majorité des Européens l’ont abandonné. Reste, pour des esprits certes peu cultivés, l’islam fantasmé des premiers califes. Le jeune immigré musulman vient à penser, comme le proclament les Frères musulmans, que « l’islam est la solution ». La solution à tous ses propres problèmes, comme à tous ceux de la société qui l’entoure. La charia devient la seule voie possible au bon gouvernement des hommes. Il faut à tout prix revenir aux mœurs de nos pieux ancêtres (les « salafs »). La machine infernale est lancée : un djihadiste est un salafiste qui a décidé d’aller jusqu’au bout de son engagement. Comment expliquer autrement la haine qu’ont montrée à Barcelone les jeunes terroristes marocains que la Catalogne avait si généreusement accueillis ?

La société américaine manque également de cohésion. Elle n’a jamais été aussi divisée. Les petits Blancs sont en rébellion ouverte contre le culte des minorités et l’économie mondialisée que tentent de leur imposer les élites universitaires et médiatiques. Ils ne supportent plus d’être méprisés pour ce qu’ils sont et culpabilisés pour ce que furent leurs grands-parents. Ils forment un socle électoral tellement solide derrière Trump que personne ne peut jurer que le président ne sera pas réélu en 2020.

Les régimes autoritaires de la planète sont passés de l’indifférence au mépris, à l’égard du système politique démocratique occidental. S’il y a une pensée commune aux présidents Xi Jinping, Poutine et Erdogan, c’est que l’Occident est faible, qu’il ne croit plus à rien et qu’il peut à tout moment s’effondrer comme un château de cartes. A Pékin, Moscou et Ankara, les dirigeants pensent que la cohésion européenne ne résistera pas longtemps à la poussée migratoire et que la question raciale affaiblit irrévocablement la société américaine. Leur mépris – certainement injustifié eu égard à leurs propres faiblesses – se nourrit, de surcroît, des incohérences des politiques extérieures occidentales.

Cela fait bientôt seize ans que les Occidentaux ont envoyé leurs soldats en Afghanistan, afin de le « reconstruire » et le « démocratiser ». En vain. Dans son discours du 21 août 2017, le président Trump a reconnu l’échec de cette tentative de « nation building ». A raison, il a fustigé un Pakistan qui prend d’une main l’aide américaine et qui offre de l’autre un sanctuaire aux talibans. Mais, sans doute par respect pour tous les sacrifices déjà consentis par l’Occident dans sa guerre au Royaume de l’Insolence, il n’a rien dit sur l’absurdité de voir les Américains guerroyer sans fin contre les Pachtounes afghans.

Les Occidentaux se sont lancés dans des guerres coûteuses dans les déserts de l’Hindu Kush, de la Mésopotamie et du Sahel. Des guerres qu’ils ne gagneront jamais, faute d’être prêts à recourir à la cruauté des expéditions coloniales du XIXème siècle. Depuis le début du nouveau millénaire, l’Occident s’est trompé de combat. Il a oublié de défendre ses propres populations contre des agressions extérieures rampantes et dissimulées, pour se lancer dans des expéditions militaires lointaines tonitruantes à la Jules Ferry, qui vantait la « mission civilisatrice de la colonisation ».

Défendre ses populations : qu’est-ce à dire ? Deux exemples. Commercialement, les Occidentaux se sont montrés incapables de contrer le pillage technologique chinois. Les petits pays de l’Union européenne viennent de bloquer le projet Merkel-Macron d’un contrôle accru de l’UE sur les investissements de Pékin dans les entreprises à haute technologie. Culturellement, ils n’ont pas été capable de bloquer la pénétration en Europe d’une idéologie aussi dangereuse que l’islamisme.

La grande faute de l’Occident en ce nouveau millénaire a été de croire qu’il n’y aurait pas de violence à ce qu’il accueille chez lui toutes les cultures de la planète, et à ce que toute la planète adopte ses principes politiques, par lui jugés « universels ».

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