Lorsqu’ils entreront en séance plénière à Addis-Abeba le samedi 30 janvier 2016, les 54 chefs d’Etat de l’Union africaine (UA) devront se poser une question urgente : comment améliorer le fonctionnement de leur organisation régionale.

Lors de sa création en septembre 1963, les nations africaines nouvellement indépendantes mirent beaucoup d’espoir dans l’Organisation de l’Unité africaine. L’OUA avait pour mission première de maintenir la paix sur un Continent aux Etats de taille et de puissance très dissemblables. Sa première grande décision fut donc de proclamer, au Caire en 1964, l’excellent principe de l’ « intangibilité des frontières issues de la décolonisation ». Elle avait aussi pour mission de promouvoir les institutions démocratiques, l’unité du Continent et la solidarité entre les peuples africains. En 2002, elle a souhaité changer son nom en Union africaine. Pourquoi ? Pour instiller un parallélisme avec l’Union européenne ? En termes de droits de l’homme et d’union économique ?

Les principes qui sous-tendent l’UA sont magnifiques. Ils commandent l’émergence du Continent. Mais il serait temps que l’organisation régionale arbore des résultats concrets. Pour le moment, elle a multiplié les échecs. Dans le maintien de la paix, où a-t-elle réussi ? En Libye en 2011, elle n’est pas parvenue à éviter la catastrophique intervention militaire occidentale. En 2013, elle n’a pas su protéger le Mali des attaques des katibas islamistes. Il a fallu que la France, au départ réticente, intervienne militairement. « Nous sommes très reconnaissants au président Hollande, mais nous avons été un peu humiliés que l’Afrique n’ait pas pu elle-même régler ce problème », avait alors commenté le président guinéen Alpha Condé, au micro de Christophe Boisbouvier sur RFI. Au Sud-Soudan, l’UA ne parvient toujours pas à régler la guerre ethnique qui s’est emparée du jeune Etat en décembre 2013, et qui a déjà fait plus de 50000 morts et 500000 déplacés.

Tous les spécialistes du développement économique dans ce qu’on appelait naguère le Tiers-Monde s’accordent pour dire que, sans Etat de droit, il n’y a pas de développement possible à long terme. Quels efforts l’UA a-t-elle consenti pour promouvoir l’Etat de droit sur le Continent ? Ils ne sautent pas aux yeux… Au Burundi, alors que la population et la Constitution s’y opposaient, le médiateur de l’UA, Edem Kodjo, légitimait publiquement, en mai 2015, le troisième mandat du président Pierre Nkurunziza. Pour assurer son maintien au pouvoir, cet ancien chef de maquis est en train d’instrumentaliser dangereusement la vieille rivalité hutu-tutsi dans l’Afrique des Grands Lacs. Il a fallu que les 15 représentants permanents du Conseil de sécurité de l’Onu fassent le voyage de Bujumbura le 21 janvier 2016 pour tenter de ramener le dirigeant burundais à la raison.

Le même Edem Kodjo (qui fut secrétaire général de l’OUA de 1978 à 1983) vient d’être nommé médiateur de l’UA pour organiser un « dialogue national » en République démocratique du Congo (RDC). Ce « dialogue » est la dernière invention qu’a trouvé le président Joseph Kabila pour faire avancer son projet de remplir un troisième mandat, alors que la Constitution le lui interdit. Barack Obama a eu raison de dire, lors de son discours d’Accra du 11 juillet 2009 : «l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes ! ». En RDC, la tâche de l’UA est à l’évidence d’encourager l’alternance au pouvoir, via des élections présidentielles le 27 novembre 2016, comme l’a rappelé le 25 janvier Didier Reynders, ministre des affaires étrangères de Belgique, très attaché au respect des délais électoraux constitutionnels.

Si l’UA n’ose pas s’impliquer pour le respect de l’Etat de droit en RDC, est-ce parce que Madame Zuma, la présidente de la Commission (l’organe exécutif de l’UA), est l’ancienne épouse du président de l’Afrique du Sud ? Il est de notoriété publique que Jacob Zuma partage des investissements communs avec la famille Kabila en RDC…

On peut comprendre que, comme l’Onu ou l’Union européenne, l’UA ne dispose pas de baguette magique pour résoudre tous les problèmes du Continent dont elle a la charge. On l’a vu, chez nous en Europe, avec la crise ukrainienne : une fois qu’une guerre est commencée, que le sang a été versé, il est très long de trouver un arrangement politique et de ramener la paix. De même, en matière économique, il faut beaucoup de patience avant de voir bien fonctionner des unions douanières ou monétaires. Mais sur l’Etat de droit, l’UA, belle endormie, doit se réveiller. On attend de ce vingt-sixième sommet des positions fortes sur le Burundi, le Sud -Soudan, la République démocratique du Congo.

Les Chefs d’Etat africains doivent se souvenir qu’en diplomatie, le plus important, sinon le plus visible, est la prévention des conflits, pas leur règlement.

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