Quels sont les principaux risques que nous voyons pointer en 2016, menaçant la sécurité et la paix internationales ? Comme tous les ans depuis la fin de la guerre froide, la plupart d’entre eux se trouvent dans l’ « arc de crise » arabo-musulman, qui s’étend du Maroc au Pakistan. J’en vois cinq cette année dans l’arc de crise islamique, contre trois pour le reste du monde.

Qu’entend-on par risque sur la sécurité internationale ? Il s’agit d’une possibilité de déstabilisation violente d’une zone ou d’un pays, ayant des conséquences régionales ou planétaires durables. La possibilité d’un attentat terroriste dans tel ou tel pays ne suffit pas pour parler de risque géopolitique.

Si l’on parcourt l’arc de crise d’est en ouest, la première menace pour la sécurité internationale réside en Afghanistan. Après plus de dix ans de présence et de centaines de milliards de dollars dépensés, l’Otan n’est pas parvenue à laisser au « Royaume de l’Insolence » une armée capable de défendre, face aux talibans, les autorités élues. On ne peut totalement exclure pour 2016 un effondrement du gouvernement de Kaboul, comparable à celui de Saïgon en 1975.

Quand on parvient sur les rives du Golfe Persique, le danger n’est plus en Iran, Etat stable qui vient, en outre, de se débarrasser de ses sanctions internationales. Il est en Arabie saoudite, où la famille régnante, appauvrie par la chute du prix du pétrole, ne parvient plus à bien relever ses principaux défis sécuritaires : une intervention militaire non concluante au Yémen ; une insurrection larvée dans les provinces orientales habitées par la minorité chiite et où se trouve la majorité des puits de pétrole ; une jeunesse sunnite désoeuvrée, débordant la monarchie sur sa gauche (le libéralisme de Raif Badawi), comme sur sa droite (le soutien du combat de l’Etat islamique). Une révolution populaire à Riyad n’est pas à exclure.

Au Levant, la guerre en Syrie est plus que jamais lourde de dangers. L’affaire du chasseur-bombardier russe Sukhoï 24 abattu par la Turquie le 24 novembre 2015 n’a toujours pas été digérée par le Kremlin. Il n’est pas impossible de voir le prochain incident militaire turco-russe dégénérer gravement, vu les egos surdimensionnés des présidents turc et russe. En revanche, le risque de voir Damas tomber aux mains des islamistes est beaucoup moins fort qu’il ne l’était l’an dernier.

Piétinant en Syrie et en Irak, nombreux sont les militants de l’Etat islamique à avoir jeté leur dévolu sur la Libye. Depuis leurs bastions de Syrte (nord-est de la Tripolitaine) et de Sabrata (nord-ouest de la Tripolitaine), ils peuvent respectivement mettre la main sur les puits de pétrole et sur la frontière tunisienne, d’où pourrait partir un mouvement de déstabilisation du seul Etat arabe dont le « printemps » n’ait pas été un échec. Le refus américain d’épauler la France et la Grande-Bretagne a enterré tout projet d’une intervention militaire occidentale contre l’EI en Libye. Elle va donc demeurer un abcès purulent.

L’Algérie est un pays dont on parle peu. Très mal gouvernée par des gérontes, elle peut exploser à tout moment, tant sa jeunesse est frustrée. Frustrations politiques, professionnelles, morales. A Alger comme à Tizi-Ouzou, un jeune n’accorde plus le moindre crédit au FLN, parti unique à la fois financièrement corrompu et intellectuellement paralysé face à l’islamisme.

La crise profonde que traverse la religion musulmane depuis 35 ans n’est pas le seul facteur de tensions dans le monde. Les pulsions hégémoniques peuvent avoir des origines totalement areligieuses.

L’expansionnisme maritime chinois est fils d’un nationalisme impérial classique. Affaiblie économiquement, la Chine ne s’en prendra pas frontalement aux marines américaine ou japonaise. Mais les incidents récents survenus au large du Vietnam indiquent qu’une escalade militaire navale n’est pas à exclure en Mer de Chine méridionale.

Dans l’Afrique des grands lacs, les pulsions hégémoniques les plus dangereuses sont à base ethnique. L’acharnement du président hutu Nkurunziza à rester au pouvoir au Burundi peut l’amener à transformer sa minorité tutsie en bouc-émissaire. Des massacres provoqueraient fatalement l’intervention de l’armée rwandaise, puis l’embrasement de toute la région.

Le huitième risque se situe en Amérique latine. Il est idéologique. Au Venezuela, le président Maduro est un léniniste pur jus. Il n’arrive pas à accepter le fait que la majorité de l’électorat rejette désormais le chavisme. Le problème est que les militants « bolivariens » qui le soutiennent sont tous armés. Une guerre civile, de conservation du pouvoir par la force, n’est hélas pas à exclure.

Le défi lancé à l’Onu et aux services diplomatiques des grandes puissances sera d’éviter que ces risques ne se transforment, au cours de 2016, en tragédies humaines. Car dans les guerres modernes, ce sont toujours les civils qui paient en premier.

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