Dans les plaines rocailleuses de Syrie, d’Irak et de Libye, l’Etat islamique ne cesse de perdre du terrain. Son fief syrien de Raqqa (nord-est du pays) subit deux attaques simultanées ; l’une, dirigée par les Kurdes laïcs du PYD, vient par le nord ; l’autre, menée par l’armée syrienne avec le soutien de son allié russe, arrive par le sud-ouest. Aidés par les forces spéciales américaines, ces mêmes peshmergas kurdes sont en train de prendre Manbij (100000 habitants), un verrou important situé sur la rive droite de l’Euphrate, afin de couper les routes de ravitaillement de Daesh en provenance de la Turquie. En Irak, l’armée, épaulée par les milices chiites et par l’aviation américaine, s’apprête à reprendre Falloudja. En Libye, les forces loyales au gouvernement Sarraj soutenu par l’Onu sont en train de réduire les derniers bastions de Daesh dans la ville de Syrte. Ce n’est pas la déroute, car on ne voit pas quelle force se risquerait aujourd’hui à investir Mossoul, la capitale autoproclamée du calife Ibrahim. Mais c’est un indiscutable recul territorial.

En revanche, sur le terrain médiatique, qui est stratégiquement au moins aussi important, l’Etat islamique vient à nouveau de progresser. Optiquement, il peut prétendre qu’il a réussi à porter sa guerre sainte au coeur de l’ennemi. « Dieu a permis au frère Omar Mateen, un des soldats du califat en Amérique, de mener une ghazwa, où il est parvenu à entrer dans une boîte de nuit des sodomites dans la ville d’Orlando et à tuer et blesser plus de cent d’entre eux », a revendiqué un porte-parole de l’Etat islamique, sur la radio al-Bayan, le lundi 13 juin 2016, le lendemain du massacre de masse le plus sanglant aux Etats-Unis depuis le 11 septembre 2001. Le recours au mot arabe « ghazwa » est lourd de sens. Dans la tradition islamique, cela désigne une attaque à laquelle le prophète Mahomet a participé personnellement. Après le 7ème siècle, une ghazwa a désigné, plus largement, toute attaque aboutissant à une extension du domaine de l’islam.

Dans le village global, télévisé ou numérisé, ce message d’une violence inouï a été porté vers des milliards d’hommes et de femmes. Là est le succès de Daesh.

De Madrid à Londres, de Paris à Bruxelles, de San Bernardino à Orlando, ces combattants islamistes, qui n’ont pas peur de la mort, semblent sans relâche nous jeter à la figure la même interjection : « Mais qui êtes-vous, par rapport à nous, minables infidèles ? A quoi croyez-vous ? Comment vous défendez-vous ? ».

C’est vrai que face à cette litanie d’attentats commis au nom d’Allah, les Occidentaux sont désemparés. Pour eux, la religion est du domaine de la sphère privée. Alors, ils répondent aux massacres comme ils peuvent, avec des bougies, avec des drapeaux, avec des manifestations silencieuses, avec des discours, avec des talk-shows. Souvent, ils donnent l’impression d’être surpris que cela ne marche pas. Ces Occidentaux, élevés dans le cocon tiède des démocraties d’opinion, semblent, à chaque nouveau massacre islamiste, tout étonnés que leur indignation, pourtant très largement manifestée, n’ait pas été plus dissuasive.

Le militantisme islamiste sunnite impose à l’Occident une guerre asymétrique, que ce dernier ne sait pas mener. Ces nouveaux combattants d’Allah sont d’excellents judokas. Ils sont passés maîtres dans l’art de retourner contre lui les lignes de force de l’Occident. Les Occidentaux ont inventé, successivement, l’habeas corpus, la liberté d’expression, le droit d’asile, l’immigration généreuse, internet. Les djihadistes internationalistes sont devenus experts à utiliser ces créations occidentales dans leur lutte à mort contre l’Occident.

Certes l’Occident en a vu d’autres. Au XXème siècle, il a successivement vaincu les totalitarismes fasciste, nazi et communiste. Le problème que nous avons, au XXIème siècle, avec le totalitarisme islamique, est qu’il n’est pas sensible au langage rationnel de la dissuasion. Il obéit à Dieu, pas à la raison.
Nous avons sorti contre lui nos armes les plus terribles, nos chars de combat, nos missiles de croisière, nos porte-avions nucléaires. Il nous répond, avec un grand bras d’honneur : « Même pas peur !».

Ne nous faisons aucune illusion. Plus l’Etat islamique perdra de terrain physique en Mésopotamie et au Levant, plus il multipliera les attentats en Occident. Il recrutera dans le vivier des salafistes résidant en Europe et en Amérique. Mettre des chasseurs-alpins dans les gares ne servira à rien. Tout le monde les voit, sans qu’ils ne voient rien. Pour prévenir le terrorisme, il faut voir sans être vu.
Avons-nous, en Occident, une réponse politique, morale, spirituelle, tactique et stratégique face à ce nouveau défi de la guerre asymétrique islamiste? Non. Il faut que nous en trouvions une rapidement. Car le risque est que nous devenions à notre tour des barbares.

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