« L’Europe n’est pas chrétienne. Je ne crois pas aux racines chrétiennes de l’Europe », a déclaré le commissaire européen Pierre Moscovici, le dimanche 8 mai 2016, au cours d’une émission politique de la chaîne de télévision privée française BFM TV. Comme tous les citoyens européens, l’ancien ministre des finances de la République française jouit bien sûr d’une pleine liberté de conscience. Libre à lui de suivre une religion, ou de se définir athée ou agnostique.

Mais sa déclaration surprend, car les racines chrétiennes de l’Europe sont un fait. Qu’est-ce en effet que la civilisation européenne ? C’est la synthèse de l’Antiquité gréco-romaine, du judéo-christianisme, de l’humanisme de la Renaissance et des Lumières. Le substrat chrétien a même été la condition de possibilité de la modernité politique, en conférant une importance primordiale à la notion de personne humaine et en distinguant le spirituel du temporel.

Un promeneur, cheminant sur les routes européennes, mais ignorant les racines chrétiennes de l’Europe, ne pourrait rien comprendre, ni à ses monuments, ni à ses noms de lieux, ni à ses jours fériés, ni à ses œuvres d’art, ni à ses livres de philosophie. Les racines chrétiennes de l’Europe sont aussi évidentes que l’identité musulmane du Maghreb ou que les racines bouddhistes du Cambodge.

Pendant 1 000 ans, le christianisme a été le fait dominant de l’Europe, autour duquel toute la vie européenne gravitait. Les religieux étaient les gardiens de l’héritage antique et les seuls dépositaires de la culture. Jusqu’à la Révolution, c’était l’Eglise qui avait seule pris en charge l’instruction des enfants, comme les soins prodigués aux indigents.

Pour la philosophe et résistante Simone Weil (1909-1943), l’Europe peut être culturellement définie comme le produit d’une histoire spirituelle chrétienne. Dans son œuvre, elle souligne que le message du Christ rejoint celui de la culture grecque ancienne. Pour elle,l’inspiration religieuse, qui était au cœur de la pensée grecque, centrée sur les notions de personne, de liberté et d’éternité, a conduit directement au Christ.

Faisons un peu d’Histoire. A Noel 498, Clovis et 3 000 de ses guerriers se font baptiser, adoptant ainsi le Dieu de son épouse Clotilde. En 508, les titres romains de Patrice et de Consul sont remis par l’empereur byzantin Anastase Ier à Clovis, montrant la volonté du roi des Francs de s’inscrire dans l’héritage romain. De ces deux événements, impliquant l’ancrage dans le christianisme et dans la romanité, date le début de la France et peut-être même de l’Europe. Cette double orientation, judéo-chrétienne et gréco-romaine, sera confirmée par le très chrétien roi Charlemagne, qui règne à la fois sur les Francs, les Germains et les Italiens, se fait sacrer Empereur par le Pape le 25 décembre 800, assurant la synthèse de la tradition romaine et du christianisme, et force les Saxons à se convertir au christianisme.

Au Moyen-Age, ce sont les monastères qui sauvent l’Europe d’un basculement complet dans la barbarie. A cette époque, le nom même de l’Europe, c’est la « Chrétienté ». Saint-Thomas nous enseigne que la foi et la raison peuvent aller de pair ; Saint François d’Assise nous apprend la générosité.

A l’époque classique, que serait la pensée pascalienne, sans le christianisme ?

A la Révolution, la déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen est rédigée par des députés profondément influencés par le christianisme.

Député à la Constituante (1789-1791), l’abbé Grégoire (1750-1831), père de l’émancipation des Juifs et militant anti-esclavagiste, incarne la rencontre du christianisme et des Lumières.

Il est curieux qu’un commissaire européen, apôtre du projet européen, renie les racines chrétiennes de l’Europe alors que la construction européenne a été l’œuvre de dirigeants démocrates-chrétiens. Les pères fondateurs de l’Europe étaient des chrétiens pratiquants, très conscients des racines chrétiennes du continent et c’est cette conscience d’un héritage commun aux différentes nations qui leur ont permis de dépasser les différences nationales pour construire une organisation européenne. Le drapeau européen est d’ailleurs la couronne d’étoiles de la Vierge Marie.

Reconnaître les évidentes racines chrétiennes de l’Europe est une affirmation culturelle qui n’exclut pas les autres religions et leurs fidèles, ne porte pas atteinte au principe de laïcité – qui est un impératif politique de séparation du spirituel et du temporel et non pas un principe culturel -, ne rend pas la foi obligatoire. Cela n’impose pas un dieu, et encore moins une pratique ou une croyance religieuse particulière.

En technocrate de la société de consommation, Pierre Moscovici a cru que l’homme était un être exclusivement économique. Hors l’homme est, avant tout, un être culturel.

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