Entre les twitts nocturnes du Président Donald Trump, les communiqués diurnes des « trois adultes » (le Secrétaire d’Etat Rex Tillerson, le Secrétaire à la Défense James Mattis, le Conseiller à la Sécurité Nationale Herbert McMaster) et les résolutions du Congrès, on est un peu perdu quand on essaie de se figurer quelle est exactement la politique étrangère des Etats-Unis.

On n’est pas trop inquiet car l’Amérique dispose d’un système efficace de contre-pouvoirs (« checks and balances »), qui empêche un homme seul, aussi puissant soit-il, de faire n’importe quoi. Il est arrivé aux Américains de faire des folies, mais elles ont toujours été collectives. Comme l’engagement militaire massif au Vietnam à partir de 1964, ou comme l’invasion de l’Irak en 2003.

Il reste que, dans les relations internationales, il est toujours désarçonnant de ne pas pouvoir bien saisir la politique étrangère de la première puissance financière, économique et militaire de la planète. Or force est de constater que, depuis cinq mois, la diplomatie américaine est devenue à la fois illisible et imprévisible.

Quand il est arrivé aux affaires le 20 janvier 2017, Donald Trump nous a expliqué que l’Amérique n’avait qu’un seul ennemi – l’Etat islamique – et qu’il allait concentrer sa politique étrangère sur l’objectif de son élimination. Pour cela, il allait notamment s’allier avec la Russie de Vladimir Poutine.

Aujourd’hui les relations entre Moscou et Washington sont au plus bas. Comme Donald Trump est soupçonné par les médias et les Démocrates du Congrès d’avoir tenté de freiner une enquête du FBI sur une supposée ingérence russe dans les élections présidentielles américaines, le Président se sent obligé, dans l’espoir vain de se dédouaner, de prendre des sanctions supplémentaires contre la Russie. A l’occasion de la visite à Washington, le 20 juin 2017, du président ukrainien Porochenko, le Département du Trésor a annoncé des sanctions contre 38 individus ou organisations russes opérant en Crimée ou dans les territoires séparatistes du Donbass. Il s’agit de « maintenir la pression sur la Russie pour trouver une solution diplomatique », a expliqué le Secrétaire au Trésor. Il n’est pas sûr que ce soit cette manière forte qui amène Poutine à reprendre les négociations de bonne foi…

« Les sanctions américaines liées à la Crimée ne seront pas levées jusqu’à ce que la Russie termine l’occupation de la péninsule », a ajouté le Trésor. On reste confondu devant un langage aussi peu diplomatique. Croire que la Russie va un jour rendre la Crimée à l’Ukraine est aussi irréaliste que penser que l’Otan redonnera un jour le Kosovo à la Serbie. En prononçant de telles phrases définitives, l’administration américaine se prive de toute marge de manœuvre. Car, à long terme, le seul deal international possible sur l’Ukraine est le suivant : en échange du retrait des Russes du Donbass et de leur reconnaissance de l’indépendance du Kosovo, les Occidentaux reconnaissent le rattachement de la Crimée à la Russie (ce qui n’est pas un scandale car Sébastopol est assurément, depuis Catherine II, un port russe).

La réconciliation avec la Russie devait être la grande chose de la Présidence Trump. Elle apparaît désormais très compromise. C’est dommage, car l’on perd ici une occasion en or de réduire drastiquement les arsenaux nucléaires.

Au Moyen-Orient, l’oncle Sam avance comme un éléphant dans un magasin de porcelaine ; il ne contrôle plus ses vassaux. En ayant encouragé la mégalomanie de l’Arabie saoudite, Washington a joué avec le feu. Riad a renforcé Al Qaida en Syrie, détruit inutilement le Yémen, et envoyé un ultimatum inacceptable au Qatar (avec lequel l’Amérique a signé, le 15 juin 2017, un contrat de vente de 36 chasseurs-bombardiers F-15 !). Quel intérêt l’Amérique a-t-elle à laisser les Saoudiens, les Emiratis et les Egyptiens jeter le Qatar dans les bras de la Turquie et de l’Iran ? Cela dépasse l’entendement de tout esprit rationnel. Cette zizanie entre puissances musulmanes n’est-elle pas une aubaine pour les djihadistes, toujours prompts à se nicher dans les failles du système international ?

A l’égard de la Chine, à la politique commerciale si agressive, Donald Trump avait promis qu’il serait ferme. Il a invité le président Xi Jinping à dîner chez lui en Floride, ce qui était une bonne idée. Il est toujours important que les leaders se parlent les yeux dans les yeux. Mais en se retirant unilatéralement du partenariat transpacifique qu’elle avait signé avec onze autres puissances en février 2016 à Auckland, l’Amérique s’est privé d’une arme essentielle face à Pékin.

L’Amérique étant notre plus vieille alliée, nous ne saurions nous réjouir de sa diplomatie incohérente. Mais nous n’avons pas d’autre choix que nous y préparer.

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