Que ce soit pour s’en réjouir ou pour le déplorer, il faut analyser, tel qu’il est, le message envoyé à l’Europe par l’électorat autrichien le dimanche 22 mai 2016. Pousser des cris d’orfraie et hurler contre le retour d’une prétendue « peste brune » ne sert pas à grand’ chose. Face au succès électoral de Norbert Hofer – 49,7% des voix au deuxième tour de l’élection présidentielle au suffrage universel, une progression de 14% par rapport au premier tour –, sachons garder la tête froide.

Il faut d’abord balayer deux grands mythes politiques. Le premier est que le parti de M. Hofer, le FPÖ autrichien, serait une formation d’extrême-droite. Tel le FN en France, le FPÖ n’est pas d’extrême-droite. Ces deux partis ne remettent pas en cause les institutions de leurs pays respectifs. Les militants d’extrême droite et d’extrême gauche ont ceci en commun qu’ils méprisent les démocraties représentatives dans lesquelles ils vivent ; ils rêvent toujours de les renverser par la force. Le général Boulanger et Paul Déroulède furent d’extrême droite, comme Lénine et Trotski furent d’extrême gauche. Lorsqu’il approuvait l’attentat du lieutenant-colonel Bastien-Thiry contre le Président Charles de Gaulle, Jean-Marie Le Pen se plaçait clairement à l’extrême-droite. L’ingénieur Norbert Hofer et l’avocate Marine Le Pen, qui jouent entièrement le jeu des institutions en place, représentent une droite nationaliste, mais pas l’extrême droite.
Le deuxième grand mythe à pourfendre est celui d’un prétendu lien automatique qui existerait entre misère économique et vote pour la droite nationaliste. Les deux pays européens ayant apporté le plus de voies à la droite radicale lors des scrutins des six derniers mois sont l’Autriche et le Danemark. Ils ont tous deux la particularité d’avoir un revenu par tête élevé, un chômage insignifiant et des services sociaux d’excellente qualité.

Pourquoi les Autrichiens n’ont-ils pas alors voté pour les candidats des deux partis ayant gouverné avec un succès indéniable leur pays depuis plus d’un demi-siècle, le parti social-démocrate et le parti populaire, de tendance démocrate-chrétienne ? Le vote autrichien révèle en fait un rejet croissant du multiculturalisme en Europe. Les Autrichiens ne sont pas intrinsèquement plus xénophobes que les autres nations du monde. Au contraire. Dans les années 1990, ils ont su accueillir avec générosité sur leur sol les civils fuyant les guerres civiles de l’ex-Yougoslavie (territoire qu’ils avaient, pour moitié, administré jusqu’en 1918), qu’ils fussent Croates, Serbes, Bosniaques ou Kosovars. En Autriche, c’est indéniablement la crise des migrants de l’automne 2015 qui a été joué le catalyseur de la montée en flèche du vote nationaliste de droite. Sans qu’ils aient été consultés le moins du monde, les Autrichiens ont soudainement dû accueillir plus de 90000 réfugiés issus du Moyen-Orient, la plupart étant de jeunes hommes musulmans, ne parlant pas allemand et ignorant tout de la culture catholique de l’Autriche. Les nouveaux venus sauront ils s’assimiler à la société autrichienne ? C’est bien sûr trop tôt pour le dire. Mais, dans un monde où l’information est globalisée, beaucoup d’Autrichiens se sont posé une question toute simple : où, en Europe, les masses musulmanes se sont-ils bien intégrées ?

Le 16 octobre 2010, dans le pays voisin, en Allemagne, la chancelière Angela Merkel avait, devant un parterre de jeunes de la CDU, dénoncé l’échec du « Multikulti ». Le système du « Nous vivons côte à côte et nous nous en réjouissons » a « totalement échoué », avait dit Mme Merkel, avant d’ajouter : «Nous nous sentons liés aux valeurs chrétiennes. Celui qui n’accepte pas cela n’a pas sa place ici». Ce discours, qui avait fait sensation, avait été précédé la veille par celui d’un proche allié politique de la Chancelière, M. Horst Seehofer. Ce chef de la CSU bavaroise avait dit que l’Allemagne n’avait «plus besoin d’immigrants de pays aux cultures différentes comme les Turcs et les Arabes» pour qui il est «plus difficile» de s’intégrer. Il est vrai que ces deux dirigeants de la droite allemande cherchaient à répondre à un livre extrêmement engagé contre l’immigration musulmane, publié par un ancien responsable social-démocrate, M. Thilo Sarrazin, dont le titre parlait de lui-même: « L’Allemagne se détruit », et qui s’était vendu à ces centaines de milliers d’exemplaires.
Les électeurs de M. Hofer sont des Autrichiens qui n’ont pas compris que Mme Merkel ait, au mois de septembre 2015, sans consulter ses partenaires européens, provoqué un appel d’air fantastique à l’égard des migrants moyen-orientaux, en déclarant qu’il y avait 800000 places de réfugiés pour eux en Allemagne.
Le rejet du multiculturalisme s’accroissant en Europe, la prudence impose d’arrêter le flux des arrivants (suspension du regroupement familial), et tout faire pour bien intégrer les présents.

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