Toute la grande histoire diplomatique du XXème siècle se confond avec le long effort des hommes de bonne volonté pour construire un multilatéralisme qui fonctionne dans les Relations internationales. Après le suicide européen de la Première Guerre Mondiale – provoqué par une réaction en chaîne sur des alliances militaires bilatérales -, la SDN de Genève avait suscité un immense espoir. Il fut vite déçu, après que le Sénat américain eut refusé la ratification du Traité de Versailles et donc l’adhésion de la première puissance mondiale au nouveau système diplomatique multilatéral.

Il fallut le traumatisme supplémentaire de la Seconde Guerre Mondiale, puis l’édification de l’Onu par les puissances victorieuses pour que le multilatéralisme s’impose enfin dans les relations internationales. Ce dernier a incarné une triple avancée en diplomatie. Il donne du temps à la décision, temps qui permet de laisser retomber la fureur des réactions de sang chaud et évite l’improvisation. Grâce au forum que constitue toute enceinte multilatérale, il exige un effort minimum d’explication publique – et donc de réflexion stratégique – de la part de l’Etat qui entend prendre telle ou telle initiative périlleuse pour la paix. Le multilatéralisme, source du droit international, a créé pour les puissances un devoir de justification par rapport à celui-ci. Enfin, tout système multilatéral fournit mécaniquement de multiples partenaires prêts à jouer les médiateurs. Jamais la guerre franco-prussienne de 1870 n’aurait éclaté si Napoléon III avait dû exprimer ses griefs – très exagérés – dans un cadre multilatéral. Le discutable geste de colère de Khrouchtchev, frappant de sa chaussure son pupitre à l’Assemblée générale des Nations Unies en 1960, a eu le mérite d’être spectaculaire, sans verser la moindre goutte de sang. Si le président George W Bush s’en était tenu au respect des règles de l’Onu, il n’aurait pas pu intervenir en Irak en 2003, et les Etats-Unis, comme le Moyen-Orient, s’en seraient portés beaucoup mieux. Le multilatéralisme ne peut pas à lui seul garantir la paix mondiale. Mais il accroît considérablement ses chances, comme l’a montré l’accord de désarmement nucléaire signé avec l’Iran le 14 juillet 2015.

Les institutions multilatérales ont démontré leur utilité dans bien d’autres secteurs depuis 1945 : la stabilité financière (FMI) ; le commerce internationale (OMC) ; la prévention des épidémies (OMS) ; la lutte contre le réchauffement climatique (succès de la COP 21) ; etc.

La grande question pour les Relations internationales en 2017 est de savoir si les grandes puissances continueront ou non à jouer le jeu apaisant du multilatéralisme.

Entre Washington et Pékin, les relations promettent d’être tumultueuses. Donald Trump a bien sûr le droit de prendre qui il veut au téléphone, y compris la Présidente de Taiwan. Mal venue est la leçon que cherche à lui faire la Chine, au moment même où elle foule aux pieds les engagements qu’elle avait pris pour Hong Kong. Trump est également fondé à critiquer une Chine qui envahit commercialement les pays étrangers, sans offrir la même ouverture sur son marché national. Mais attention aux dégâts que pourrait faire une guerre commerciale bilatérale ! Il serait dangereux que Trump, mû par un ego surdimensionné, se mette en première ligne. Il serait préférable que les griefs américains s’expriment d’abord dans l’enceinte de l’OMC.

La principale pomme de discorde entre la Chine et ses voisins d’Asie du sud-est reste l’hégémonisme de Pékin en Mers de Chine méridionale et orientale. Les Chinois ne devraient pas être aveuglés par le succès provisoire qu’ils ont obtenus en négociant bilatéralement avec le folklorique président philippin Duterte. La Chine ne retrouvera jamais la confiance de ses grands partenaires asiatiques, tant qu’elle n’aura pas accepté de négocier avec eux dans un cadre multilatéral le partage de ces domaines maritimes.

En 2017, l’Amérique essaiera de rétablir un partenariat stratégique avec la Russie. Si un deal se faisait sur le dossier ukrainien – reconnaissance de l’annexion de la Crimée contre retrait russe du Donbass -, ce serait une chance pour la paix. Mais attention à ne pas donner le moindre signe de faiblesse au Kremlin ! La construction multilatérale qu’est l’Otan doit à tout prix être maintenue en Europe de l’Est, car la guerre est trop souvent fille de la peur.

En Europe, un Brexit dur serait une erreur. N’hésitons pas à prolonger les négociations. Les Anglais ont trop besoin des Européens et réciproquement. Les Brexiters ont été effrayés par l’invasion migratoire. Mais pour résoudre à long terme le problème de l’immigration illégale dans le monde, on a, à l’évidence, besoin de davantage de multilatéralisme !

En diplomatie, ce n’est pas l’idéologie, mais c’est le réalisme qui plaide en faveur du multilatéralisme…

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