“America First !”. Que recouvre exactement ce slogan de la nouvelle administration en place à Washington depuis le 20 janvier 2017 ?

Quand il proclame cette devise, Donald J. Trump ne songe pas à une Amérique qui soit la première dans le monde, pour le dominer et le policer.

C’est un président qui veut une Amérique qui soit forte, sans être impériale. A la différence de son anteprédécesseur George W. Bush, Trump est très loin de l’idée néoconservatrice que son pays serait une nouvelle Jérusalem, à qui Dieu aurait confié la tâche de civiliser les autres nations du monde. A la différence de son prédécesseur Barack Obama, Trump se sent peu concerné par le destin des autres régions du monde, par le multilatéralisme, ou par le sort des pays étrangers, quand bien même seraient-ils, comme la France, de vieux alliés de son pays. L’Amérique sera toujours la première de ses préoccupations. Sa politique commerciale n’hésitera pas à recourir au protectionnisme ; sa politique étrangère se concentrera sur la défense des intérêts américains et sur la sécurité du territoire américain.

Le président Trump engagera-t-il pour autant les Etats-Unis dans une politique isolationniste du type de celle qu’ils connurent de 1920 à 1940 ? Je ne le pense pas. Refuser l’ingérence en politique étrangère, orienter cette dernière vers la sauvegarde des seuls intérêts américains, ce n’est pas obligatoirement vouloir s’isoler du reste du monde. Dans la poursuite des intérêts américains, « We will embrace diplomacy », explique Donald Trump sur le site de la Maison Blanche. Cela veut dire qu’il se servira de la diplomatie, qu’il la prendra à bras le corps, pour construire, dans des buts spécifiques, des partenariats spécifiques avec les pays étrangers. « Le monde doit savoir que nous n’irons pas à l’étranger pour nous faire des ennemis, et que nous serons toujours très heureux lorsque nous verrons de vieux ennemis devenir des amis, et de vieux amis devenir des alliés », ajoute le nouveau président. L’exemple de ce vieil ennemi qui peut devenir demain un ami, et dans un second temps un allié, est évidemment la Russie.

Comme Trump ne voit aujourd’hui qu’un ennemi à l’Amérique – « l’Etat islamique et les autres mouvements radicaux musulmans », et qu’il a indiqué dans son discours d’investiture sa volonté de l’éradiquer de la surface de la terre, il est très probable que la Maison Blanche se rapprochera du Kremlin afin de travailler en commun à cet objectif. La grande puissance la plus active au Moyen-Orient est sans conteste aujourd’hui la Russie, qui parraine, avec l’Iran et la Turquie, la conférence de paix qui s’est ouverte le 23 janvier 2017 à Astana (Kazakhstan), entre régime et rebelles syriens (à l’exception de Daech et d’Al Qaida).

Si les Russes et les Américains décident de faire politique commune pour stabiliser la Syrie, et pour y défaire l’Etat islamique, leur affaire ne deviendra pas simple pour autant. Quelle attitude choisiront-ils envers les Kurdes cryptocommunistes du PYD qui, soutenus par le Pentagone, contrôlent aujourd’hui une bonne partie du nord du pays ? Est-ce à eux qu’ils confieront la mission de reprendre la ville de Rakka à l’Etat islamique ? Quelles garanties donneront-ils à la Turquie ?

Donald Trump n’a pas fait mystère de son intention de lever les sanctions décrétées par son prédécesseur contre la Russie, à l’occasion de la crise ukrainienne de 2014. Encore faudra-t-il qu’il justifie un tel cadeau face à son Congrès. Se satisfera-t-il de la proposition faite par Vladimir Poutine d’une réduction conjointe des arsenaux stratégiques nucléaires russes et américains ? Le partenariat Amérique-Russie que Trump appelle de ses vœux ne pourra pas réussir sans un significatif geste de bonne volonté en provenance de Moscou. Trump réussira-t-il à convaincre Poutine d’en faire un ?

Autre défi de politique étrangère que Trump aura très bientôt à relever : celui de la Corée du Nord. Que fera le président lorsque le régime de Kim Jong-un déclarera avoir mis au point une fusée intercontinentale à tête nucléaire, capable de frapper le territoire américain ? Se rapprochera-t-il de la Chine pour exercer une pression commune, ou tentera-t-il de « faire un deal » directement avec le jeune dictateur ?

Lorsque l’Amérique était encore la seule superpuissance de référence, on la voyait occupée à tenter de faire la paix partout, à Chypre, au Liban, en Palestine, au Sahara occidental, au Cachemire, dans les Balkans, en Asie centrale, en Mésopotamie, etc. Avec plus ou moins de bonheur. Avec Trump, cette époque est révolue. Pour le bien ou le malheur du monde ? C’est trop tôt pour le dire. Sa politique étrangère peu sophistiquée – mais qui a le mérite de la clarté – n’a-t-elle pas quelque chance de réussir ? Tout dépendra de son exécution. En diplomatie, plus encore que dans les autres domaines de l’action publique, le diable réside dans les détails.

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