Pays ouvert sur deux océans, vaste comme deux fois la France et presque aussi peuplé, la Colombie vient de vivre un événement historique. Dimanche 29 août, Javier Timoleon, le chef des Forces Armées Révolutionnaires Colombiennes (FARC), a annoncé un cessez-le-feu définitif. Cette déclaration, issue d’une négociation de quatre ans avec le gouvernement de Bogota tenue à La Havane, met fin aux activités armées d’une des dernières guérillas marxistes de la planète et à un conflit qui, commencé en 1964, a coûté la vie à 260 000 personnes. Trois jours plus tôt, au Venezuela, pays voisin de la Colombie, le Président Nicolas Maduro se déclarait prêt, contre ses opposants, « à une répression à côté de laquelle Erdogan passera pour un petit enfant. »

Tout oppose la situation des deux pays. Là où la Colombie ne cesse de progresser en termes de stabilité, de sécurité et d’expansion économique, le Venezuela s’enfonce chaque jour un peu plus dans le chaos politique, sécuritaire et économique, marquant l’échec de la « Révolution bolivarienne » dans laquelle Hugo Chavez a plongé le Venezuela il y a douze ans. Ce nom fait référence au Général Simon Bolivar (1783-1830) qui fut le héros de l’accès à l’indépendance des colonies espagnoles d’Amérique du Sud. L’idéologie bolivarienne, reprise après le décès du lieutenant-colonel Chavez en 2013 par son successeur, le syndicaliste Nicolas Maduro, prône la nationalisation des industries extractives (mines et hydrocarbures) et la mise en place de politiques sociales et généreuses. Politiquement, elle insiste sur la démocratie participative, le nationalisme, l’indépendance (pour ne pas dire l’hostilité) à l’égard de Washington.

Les deux pays sont des frères ennemis. Bolivar, né dans une ville aujourd’hui vénézuélienne et mort dans une ville aujourd’hui colombienne, fonda en 1819 la Grande Colombie, qui regroupait alors Colombie, Panama, Venezuela et Equateur, mais qui s’effondra dès 1831 lorsque les Vénézuéliens arrachèrent leur indépendance. Fidèles à cet antagonisme historique, Chavez et Maduro n’ont eu de cesse de percevoir la Colombie comme leur principal rival, accusant la Colombie, pays capitaliste allié des Etats-Unis, d’être le Cheval de Troie de l’ « impérialisme yankee » dans la Caraïbe. Chavez avait en sous-main soutenu les FARC, pour déstabiliser le gouvernement colombien. Comme le font souvent les gouvernements autoritaires, les autorités de Caracas ont stigmatisé leur voisin, afin de masquer leur propre échec intérieur.

Pourquoi la révolution bolivarienne a-t-elle échoué ?

La première cause de cet échec fut l’incapacité des Bolivariens d’assurer la sécurité dans les grandes villes. Ils ont laissé une police corrompue protéger les gangs et Maduro utilise les petits caïds pour intimider ses opposants. Ainsi le Venezuela se classe-t-il désormais au troisième rang mondial pour le taux d’homicide par habitant. A l’inverse, la Colombie a énormément œuvré pour améliorer la sécurité des biens et des personnes : le taux d’homicide a baissé de plus de 60% depuis le début du millénaire ; la politique d’éradication des cultures de coca a fait reculer le poids du narcotrafic dans la société.

Ensuite, le Venezuela a été victime d’un phénomène historique bien connu : lors des révolutions, après une phase de terreur et de pureté, se constitue souvent une classe d’apparatchiks corrompus, profiteurs de la révolution. S’est développée au Venezuela une « bourgeoisie bolivarienne » prévaricatrice. D’après une récente enquête du Parlement de Caracas, la seule corruption gouvernementale aurait coûté 70 milliards de dollars au pays.

Enfin, Chavez puis Maduro n’ont pas su rompre avec les traits les plus problématiques de la vie politique latino-américaine : l’autoritarisme et l’extrême polarisation politique. Ils n’ont cessé de dresser leurs citoyens les uns contre les autres, de calomnier et menacer leurs opposants.

Economiquement, ils ont eu le grand tort de tout miser sur le pétrole, qui représente 95% des exportations et 65% des rentrées fiscales du pays. Au lieu de cela, ils auraient dû moderniser l’appareil de production et diversifier l’économie. Le pays n’a plus de réserves de change pour payer ses importations ; les pénuries de produit de base sont devenues la norme ; l’inflation atteint un taux annuel de 100%. Le régime n’a jamais réussi à intégrer ses élites économiques. Le militaire Chavez essayait d’avoir deux faces : l’une socialiste pour les masses, l’autre tournée vers les entrepreneurs. Le syndicaliste Maduro n’a même pas fait cet effort.

Le contraste est éloquent entre le marasme du géant pétrolier vénézuélien et le dynamisme de la Colombie, qui a doublé son PIB par habitant en 15 ans. Ce pays a su miser sur la valeur travail, l’innovation, le développement de l’industrie et des services. Il a compris que ce n’est pas dans les richesses du sous-sol que repose l’avenir heureux d’un pays, mais dans sa bonne gouvernance.

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