Deux bonnes nouvelles viennent de nous parvenir de l’Orient compliqué. La première est que le cessez-le- feu semble tenir en Syrie, qui fut négocié par l’entremise des Etats-Unis et de la Russie. La seconde est la victoire aux élections législatives du camp réformateur et pragmatique en Iran.

Il est trop tôt pour se réjouir pleinement de la première nouvelle, tant sont encore grandes les réserves d’énergie des puissances qui appuient chacune des parties de la guerre civile syrienne (la Russie, le Hezbollah libanais et l’Iran du côté du gouvernement laïc de Damas ; la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar du côté de la rébellion islamique sunnite). Si le cessez-le-feu durait, il pourrait se cimenter en trêve, puis en paix armée officieuse, en attendant un règlement politique, dont l’élaboration nécessiterait obligatoirement beaucoup de temps. Mais nous n’en sommes hélas pas là. Le cessez-le feu est à la merci de n’importe quel incident armé, dans cette guerre aux multiples acteurs (quatre forces différentes soutenant le président Bachar al-Assad, et près d’une centaine de groupes différents engagés dans la rébellion armée contre son régime).

On peut, en revanche, se réjouir sans réserve du résultat des élections iraniennes. Elles se sont tenues le vendredi 26 février 2016 et avaient pour objet le renouvellement du Majles (Parlement monocaméral de 290 membres élus pour quatre ans au suffrage universel direct) et de l’Assemblée des Experts (corps de 88 religieux, élus pour huit ans au suffrage universel direct, qui a le pouvoir de nommer et de révoquer le Guide suprême). Dans la marge restreinte de démocratie que laisse à la population la théocratie iranienne (du fait d’un criblage restrictif des candidats autorisés par une commission de douze clercs, baptisée Conseil des gardiens), les ultraconservateurs ont été humiliés, dans ce scrutin où le taux de participation a été supérieure à 60%.

Battus ont été les députés qui avaient publiquement traité de « traître » Mohammad Javad Zarif, et avaient appelé à son ensevelissement « dans le ciment ». Formé dans les meilleures universités américaines, parfaitement anglophone, Zarif est le ministre des affaires étrangères de Téhéran, qui a travaillé main dans la main avec son homologue américain John Kerry, pour obtenir la signature de l’accord international historique du 14 juillet 2015 sur le dossier nucléaire iranien. A l’Assemblée des Experts, battus ont été son ancien président ultraconservateur, ainsi que l’ayatollah Yazdi Mesbah, inspirateur spirituel millénariste de l’ancien président Ahmadinejad (2005-2013), dont les provocations internationales avaient jeté le pays dans un régime de sanctions.

En 2013, à la surprise générale, le pragmatique Hassan Rohani avait été élu président de la République islamique dès le premier tour de scrutin, sur un programme favorable à l’ouverture vers l’Occident. L’accord nucléaire a provoqué la levée des sanctions internationales et le retour des investisseurs. Mais le précédent parlement continuait à mettre des bâtons dans les roues de la politique de réformes voulues par Rohani. Désormais partagé entre réformistes (élus de Téhéran et des grandes villes) et conservateurs (élus dans les campagnes), le nouveau Majlis se montrera beaucoup plus conciliant.

L’Iran est un pays dont la jeunesse issue des classes moyennes a trois caractéristiques : les jeunes filles étudient autant que les garçons ; elle est mieux instruite que les jeunesses des autres pays du Moyen-Orient ; elle est majoritairement prooccidentale. Quand la culture américaine n’est pas apportée par les B-52 et les Marines, mais seulement par Internet, elle s’implante beaucoup mieux en Orient, même dans une société musulmane chiite. A Téhéran, le vendredi, les mosquées sont beaucoup moins pleines qu’elles ne le sont au Caire ou à Amman. Les mollahs ayant été pris la main dans le pot de confiture de la corruption, la population des villes rejette dans son cœur le système du velayt-e-faqih (le gouvernement des clercs) et aspire à un retour de la religion dans la seule sphère privée. Une députée élue le 26 février a même osé dire que les femmes devraient avoir le choix de porter ou de ne pas porter le voile – qui en Iran ne couvre jamais le visage.

Malgré l’injustice du système de criblage des candidatures, la population joue le jeu électoral, afin d’amener un changement progressif du régime. Les Iraniens se méfient désormais des révolutions. Car ils connaissent leur coût considérable pour l’économie et l’harmonie sociale d’un pays. Ils savent en outre que le scénario de la fin d’une révolution correspond très rarement à celui du début.

Tout n’est pas encore gagné à Téhéran, mais quel progrès par rapport à cette année 2007, où Ahmadinejad minimisait publiquement la réalité de la Shoah, et où le vice-président américain Dick Cheney militait à la Maison Blanche pour un bombardement de l’Iran !

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