Barack Obama a vertement critiqué, vendredi 11 septembre 2015, le renforcement par la Russie de son soutien logistique et militaire envers le réduit syrien encore contrôlé par le gouvernement de Bachar al-Assad. Les Russes, qui entretiennent une base navale à Tartous et qui ont mis en place un pont aérien vers l’aérodrome militaire de Lattaquié, fournissent de l’armement moderne à l’armée syrienne, attaquée de toutes parts par les milices islamistes de Daech ou d’Al Qaïda. Pour éviter que Damas ne tombe aux mains des barbus, la Russie envoie sur place de plus en plus de conseillers militaires.

Le président des Etats-Unis s’est publiquement moqué de la stratégie russe au Moyen-Orient, « qui devrait commencer à se montrer un tout petit peu plus intelligente… » Venant d’Amérique, une telle critique ne manque pas de sel ! La politique suivie par les Américains au Moyen-Orient depuis la fin de la seconde guerre mondiale brille-t-elle par son intelligence ? N’est-ce pas la région du monde où l’anti-américanisme se montre le plus virulent ? Par ses interventions militaires intempestives, l’Amérique n’a-t-elle pas – involontairement – mis durablement la région à feu et à sang ?

Barack Obama aurait pu, sur ce sujet, rester un peu plus modeste. Certes il a accompli un grand succès diplomatique en trouvant, le 14 juillet 2015, un accord nucléaire avec l’Iran. Mais, en retirant les forces américaines d’Irak en 2010, Obama a commis une erreur stratégique aussi lourde que George W. Bush, qui les y envoya en 2003. Car l’invasion anglo-américaine du printemps 2003 détruisit les structures de l’Etat irakien. Or, en 2010, le nouvel Etat irakien démocratique rêvé par les néo-conservateurs n’avait toujours pas été édifié. Le « regime change », ce n’est pas changer quelque chose qui existe pour rien ! Pour une puissance impériale comme les Etats-Unis, partir trop tôt peut créer d’immenses catastrophes, comme l’ont montré les exemples indochinois et irakien.

Autant les Américains sont-ils fondés à critiquer la politique russe en Europe depuis la fin de la seconde guerre mondiale, autant ne le sont-ils pas sur le terrain moyen-oriental. Au lieu de se moquer d’eux, les Etats-Unis devraient aider les Russes en Syrie. Ces derniers connaissent bien le pays, où ils entretiennent une coopération militaire et civile depuis près d’un demi-siècle. Les couples mixtes russo-syriens se comptent par dizaines de milliers. Le Kremlin encourage à Damas une diminution des pouvoirs du président, en faveur d’un gouvernement d’union nationale, qui serait constitué de toutes les tendances syriennes, à l’exclusion des islamistes.

En 2012, les chrétiens de Syrie, inquiets pour leur survie, se sont tournés vers la Russie. Ils ont imploré une protection que jadis la France étendait à tous les chrétiens du Levant. La Russie a eu le courage de la leur accorder. Quelle différence avec le plan du Département d’Etat américain de 1975 d’exfiltrer par navire tous les chrétiens du Liban vers le Canada, lorsqu’on pensait qu’ils perdraient fatalement leur guerre face aux milices palestiniennes et « islamo-progressistes » (comme on disait dans la presse bien-pensante de l’époque) !

A raison, les Etats-Unis ont accordé, depuis soixante-dix ans, leur protection aux Juifs d’Israël. A force de travail et d’intelligence, les sionistes ont su transformer un gouvernorat ottoman pauvre et semi-désertique en un Etat démocratique, verdoyant et prospère. Mais pourquoi l’Amérique, le pays chrétien le plus pratiquant d’Occident, se désintéresse-t-elle des chrétiens d’Orient ? Parce que la plupart d’entre eux sont orthodoxes ? La maladresse de l’invasion américaine de 2003 a chassé la majorité des chrétiens d’Irak. A Washington veut-on le même résultat en Syrie ?

En 1942, le président Roosevelt a pris la décision stratégique de livrer massivement des armes à la Russie de Staline. Il a eu raison. Face au mal absolu du nazisme, l’alliance était nécessaire. Elle l’est à nouveau aujourd’hui face au mal absolu de l’Etat islamique. Le dossier ukrainien doit être temporairement mis sur une étagère. La situation d’ailleurs s’y améliore. A Kiev, le ministre de l’Intérieur a dit que le front du Donbass n’avait jamais été aussi calme. A Berlin, le 12 septembre 2015, la réunion des ministres des affaires étrangères en « format Normandie » (France, Allemagne, Russie, Ukraine) s’est fort bien passée. En perdant son sang-froid en février 2014, en s’ingérant militairement chez son voisin ukrainien, en Crimée puis au Donbass, Poutine s’est inutilement planté une épine dans le pied. Il faut l’aider à la retirer, en vue de pouvoir relever avec lui des défis stratégiques autrement plus importants.

Historiquement et géopolitiquement, il ne fait aucun sens que l’Occident et la Russie ne soient pas alliés contre le fanatisme islamiste et pour la protection d’une communauté chrétienne d’Orient remontant à Saint-Paul.

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