Les frappes de l’armée de l’air française du dimanche 15 novembre 2015 visant des installations de l’Etat islamique à Rakka (Syrie, 160kms à l’est d’Alep) ont, stratégiquement, eu une utilité. Elles ont signifié, à nos ennemis comme à nos amis, que la France ne cédait pas à l’intimidation du terrorisme
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Maintenant que ce message est passé, il ne faut surtout pas réagir sous le coup de l’émotion. Les autorités françaises doivent, calmement et avec sang-froid, élaborer une nouvelle stratégie.
Aux Etats-Unis en 2001, l’émotion et la colère provoquées par les attentats du 11 septembre, pour légitimes qu’elles fussent, avaient conduit la première puissance militaire du monde à une improvisation stratégique aux conséquences catastrophiques. C’est dans une réunion tenue à la Maison Blanche le lendemain des attaques d’Al Qaïda contre New York et Washington que le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld et son adjoint Paul Wolfowitz instillèrent au président George W. Bush leur idée d’une guerre préventive contre l’Irak, dictature laïque qui ne portait pourtant aucune responsabilité dans ces attentats terroristes islamistes.

Durant cette réunion du Conseil national de sécurité américain, avait aussi été décidée la fameuse « war on terror », ou guerre au terrorisme. C’est un concept creux. Le terrorisme est une arme (comme les chars, les sous-marins ou les chasseurs-bombardiers), pas un ennemi. Comme il ne possède pas d’avions pour nous bombarder, l’Etat islamique, qui est notre ennemi déclaré, nous frappe avec les moyens les plus efficaces à sa disposition aujourd’hui, c’est-à-dire les attentats-suicides terroristes au cœur de notre capitale.

L’élaboration de notre riposte doit bien marquer la différence entre le front intérieur et le front extérieur. Chaque front doit faire l’objet d’une stratégie et obéir à son propre échéancier. Faute d’un tel effort intellectuel de discernement, nous risquerions une catastrophe stratégique comparable à celle naguère expérimentée par l’Amérique.

Sur le front intérieur, la stratégie sera plus simple que sur le front extérieur – ce qui ne veut pas dire que son exécution tactique sera plus facile. A court terme et de manière urgente, il faut récupérer toutes les armes de guerre circulant sur le territoire national. Il faut aussi arrêter à nos frontières l’arrivée des migrants, car l’Etat islamique a infiltré parmi eux des agents dormants. A moyen terme, il faut démanteler tous les réseaux islamistes propageant chez nous la haine de la France. A long terme, il faut réformer en profondeur notre système éducatif, afin d’enraciner chez les jeunes Français l’amour de leur patrie, de son Histoire, de ses valeurs héritées du monde gréco-romain, du christianisme et des Lumières. L’argent nécessaire à l’amélioration de notre école doit être prélevé sur les budgets sociaux d’assistanat. Un jeune homme assisté est souvent amer et jamais reconnaissant envers la main qui le nourrit. En revanche, un jeune homme bien formé par l’école a toutes chances de devenir un bon citoyen, et un travailleur capable de subvenir seul aux besoins de sa famille.

Le front extérieur est lointain et relativement inconnu de nous. Comme l’avait déjà montré le conflit de 2006 entre Israël et le Hezbollah, la suprématie aérienne est de peu d’utilité dans une guerre asymétrique contre des soldats déterminés, voire fanatisés. Si l’on veut détruire Daesh au Moyen-Orient, il faudra y aller sur terre, « boots on the ground », comme disent les Américains. Pour cela, nous aurons besoin d’alliés régionaux fiables. Or, aux yeux d’aucun de nos alliés actuels ou potentiels sur place, la guerre contre l’Etat islamique est la priorité numéro 1. Les Turcs ? Ils sont obsédés par les Kurdes du PKK. Les Saoudiens ? Leur priorité est leur guerre contre les tribus chiites du Yémen. Les Jordaniens ? Maintenir la fragile unité entre Bédouins et sujets issus de la diaspora palestinienne suffit comme tâche à leur petite armée. Les Egyptiens ? Ils ont déjà suffisamment de mal avec leurs propres islamistes du Sinaï. Les Russes et les Iraniens ? Leur objectif premier est de sauver le régime de Bachar al-Assad, pas de détruire l’Etat islamique. Les Américains ? Leur invasion de l’Irak en mars 2003 les rend responsables de cet immense chaos, mais Obama a fait « pivoter » les priorités stratégiques américaines vers l’Asie.

Ce serait pure folie stratégique pour la France que de s’attaquer seule à ce front extérieur. Pour terrasser Daesh sur le terrain, il faut une Coalition de tous les acteurs régionaux, commandée par un général américain, à l’image de ce qui s’était constitué dans la guerre du Golfe de janvier 1991. C’est seulement dans un tel cadre que pourraient intervenir nos soldats à terre.
La France s’était à raison opposée en 2003 à l’invasion de l’Irak. Autant il lui appartient de défendre seule ses citoyens sur son territoire national, autant la remise sur pied du Moyen-Orient est d’abord et avant tout une tâche incombant aux Etats-Unis d’Amérique.

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