A quelle Algérie le président de la République française a-t-il rendu visite le lundi 15 juin 2015 ? A-t-elle beaucoup progressé depuis 1978, année durant laquelle le jeune élève de l’ENA François Hollande y séjourna ?

En avril 1962, après les accords d’Evian et leur approbation par référendum par le peuple français, c’est un pays qui court vers son indépendance, doté des plus grands atouts. Territorialement, la France lui a donné la part du lion, en lui offrant la totalité du Sahara. Scolairement, la jeunesse est alphabétisée, grâce aux efforts des instituteurs et des militaires (les officiers des SAS) de la Quatrième République. En matière agricole, l’Algérie est exportateur net. En matière d’industrie et d’artisanat, le pays bénéficie de la présence d’une importante population européenne ayant l’esprit d’entreprise. Ses infrastructures routières et portuaires sont les plus développées du Maghreb. En matière énergétique, la France lui fait un gigantesque cadeau de départ, dans le pétrole que ses géologues viennent de découvrir dans le sous-sol du Sahara.

Malheureusement la caste militaro-nationaliste du FLN (Front de libération nationale) qui prend le pouvoir à cette époque – et qui ne l’a toujours pas rendu – va gâcher l’un après l’autre les cadeaux reçus à sa naissance par l’Algérie. Au lieu de garder sur place des colons européens authentiquement amoureux de cette magnifique terre ensoleillée, le FLN les chasse par l’intimidation et l’assassinat (plus de 500 martyrs français dans le massacre d’Oran du 5 juillet 1962). La collectivisation forcée de l’agriculture ordonnée par le FLN la détruisit petit à petit, au point que le pays doit importer aujourd’hui plus des deux tiers de sa nourriture. Dans le secteur secondaire, la dictature militaire de Boumédienne (1965-1978) fit venir d’URSS des « industries industrialisantes », dont il ne reste strictement rien aujourd’hui. Dans le domaine scolaire, le FLN impose, par idéologie, dès les années 1970, l’ « arabisation des études ». Il veut s’inscrire dans la continuité de l’Association des Oulémas musulmans d’Algérie qui proclame, lors de sa fondation en 1931, « l’islam est notre religion, l’arabe est notre langue, l’Algérie notre pays ». Cette politique s’est révélée illusoire, insultante, autodestructrice. Illusoire car l’arabe parlé en Algérie a toujours été dialectal, à cent lieues de l’arabe classique de Damas ; insultante car elle indispose les 9 millions de berbérophones du pays ; autodestructrice car elle a nourri la sanglante insurrection islamiste des années 1990. Comme les classes instruites ne parlaient que le français, il a fallu faire venir comme instituteurs des milliers d’Egyptiens. Proches des Frères musulmans, ces enseignants ont apporté l’islamisme, dans un pays peu religieux, où une jeune femme d’Alger n’aurait même pas eu l’idée de se voiler dans les années soixante. On ne dira jamais assez le mal que fit au monde arabe le nationalisme nassérien des années cinquante et soixante (dont le FLN est le fils). Non seulement il détruisit un cosmopolitisme social garant de développement culturel et d’enrichissement économique ; mais son autoritarisme fit naître l’islamisme en confinant à la mosquée toute liberté d’expression.

L’Algérie que connut l’étudiant Hollande faisait encore illusion, car, submergée de pétrodollars, elle semblait en chantier vers un avenir radieux. Mais au lieu d’orienter la rente pétrolière vers des investissements productifs, les hiérarques du FLN l’ont détournée vers leurs poches et le financement d’une société de fonctionnaires. Maintenant que les réserves énergétiques algériennes s’épuisent et que les prix du pétrole s’effondrent, il n’y a aucune économie de remplacement. Les institutions ne sont pas solides puisqu’elles ne sont pas démocratiques, puisqu’elles ne jouissent pas de la réelle adhésion du peuple. Comme le FLN n’a pas réalisé le moindre planning familial, la population algérienne est passée de 10 millions d’âmes à l’indépendance, à 40 millions aujourd’hui ! Le taux de chômage des jeunes diplômés dépasse les 50%. La principale menace stratégique de l’Algérie, ce n’est pas son « ennemi » traditionnel le Maroc ; c’est sa propre bombe démographique. Comme s’ils étaient tétanisés par l’étendue de leur désastre, les militaires et les civils du FLN n’ont toujours pas réussi à trouver un leader capable de redresser leur pays. Ils ont reconduit à la présidence Abdelaziz Bouteflika, vieillard diminué physiquement et intellectuellement.

Est-ce à dire que François Hollande aurait eu tort de se rendre à nouveau en Algérie ? Non. La stabilité en Méditerranée et au Sahel dépend en partie du renforcement de l’amitié franco-algérienne. Mais ne nous faisons pas d’illusion. La France ne suffira pas. Il faudra aussi quérir la coopération de l’Amérique et de l’Europe pour sortir l’Algérie de son actuel coma politico-économique.

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