En Occident, les journaux télévisés nous abreuvent continûment d’images désespérantes d’attentats, de tueries, de familles en fuite, de foules en colère, de prédicateurs haineux, de missiles meurtriers. Ces images ne sont pas mensongères, car elles relatent des événements ayant réellement lieu. Elles peuvent néanmoins se révéler trompeuses, car elles donnent l’impression d’un monde extérieur en perpétuel chaos.
Or, sur la planète aujourd’hui, dans le rapport entre les nations, force est de constater que, très heureusement, le dialogue l’emporte largement sur l’anathème. Trois exemples significatifs nous en sont donnés dans l’actualité de cette fin du mois de juin 2015, en Europe, au Moyen-Orient, en Asie.
Au sein de la zone euro de l’Union européenne, deux souverainetés démocratiques s’opposent frontalement. D’un côté, on a un gouvernement Syrisa, élu démocratiquement, qui refuse les mesures d’austérité que lui réclame la troïka (FMI, Commission européenne, BCE). De l’autre, on a d’autres petits pays de la zone euro (Autriche, Finlande, Etats baltes, Slovaquie), tout aussi démocratiques, qui refusent de continuer à payer pour les Grecs. Chacun a sa part de vérité. Quand le premier dit que cinq ans de programmes d’austérité ont échoué à relancer l’économie grecque, il n’a, sur les faits, pas tort. Quand les seconds répondent que la Grèce n’a pas fait les réformes de structures qu’eux-mêmes ont réalisées, et que l’Union monétaire n’a jamais été conçue comme une caisse de transferts sociaux des Etats fourmis vers les Etats cigales, ils ont parfaitement raison.

Malgré le fossé séparant ces deux points de vue, la diplomatie européenne est à l’œuvre. Elle ne ménage aucun effort pour les concilier. Elle reconnaît qu’il n’y a aucune raison pour que le Smic et les retraites soient supérieurs à Athènes qu’à Bratislava, tout en concédant que la Grèce doit retrouver des montants réalistes de remboursement de sa dette. Bref, s’il devait un jour y avoir un Grexit, les choix des uns et des autres auront été mûrement réfléchis. Une sortie de la Grèce de la zone euro provoquera-t-il le chaos dans l’économie occidentale, comme semblait le redouter le président Obama lors du G-7 en Bavière du 8 juin 2015 ? Tous les scénarios sont possibles car rien n’est plus imprévisible que la psychologie collective des marchés. Mais le blâme ne pourra fondre sur la diplomatie occidentale d’aujourd’hui, qui a fait tout ce qu’elle a pu. En revanche, la stratégie du couple Mitterrand-Kohl des années 1990 pourra être taxée de précipitation, pour ne pas avoir mis en place de fortes mesures de contrôle à l’égard des candidats et des membres de ce nouveau club monétaire que les deux hommes d’Etat avaient décidé de créer. Très souvent, le chaos est fils d’une diplomatie insuffisante. Le chaos grec actuel est fils de notre paresse institutionnelle d’il y a vingt ans.

Au Moyen-Orient, se prépare l’accord diplomatique de la décennie, qui verra l’Iran apporter aux grandes puissances les moyens de vérifier qu’il a bien renoncé à son programme nucléaire militaire. A Téhéran, pour éviter toute surenchère nationaliste de dernière minute, le président du Parlement Ali Larijani a exhorté ses députés à transférer la validation de l’accord aux experts du Conseil suprême de défense. Lors d’une réunion entre l’Iran et le E-3 (France, Royaume-Uni, Allemagne) à Luxembourg lundi 22 juin 2015, les Européens ont milité avec raison pour un accord « robuste ». Cela signifie un accord dépourvu d’ambiguïtés, qui pourraient être grosses d’échappatoires futures. Cet accord, dont le mérite revient au courage politique de Barack Obama, redonnera à la Perse une place qu’elle n’aurait jamais dû perdre dans le concert des nations et un rôle crucial dans la stabilisation du Golfe. Dans cette affaire, la diplomatie n’a fait qu’acter un changement stratégique des autorités de Téhéran, qui ont compris qu’une prolifération nucléaire dans la région finirait pas se retourner contre elles. Mais c’est déjà énorme ! Pensons au chaos qu’aurait créé le bombardement de l’Iran que Dick Cheney appelait de ses vœux en 2007…

En Asie, la diplomatie est également à l’œuvre pour que la rivalité sino-américaine ne vire pas à la guerre froide, puis à la guerre chaude, puis au chaos. Le mardi 23 juin 2015, s’est ouverte à Washington la septième session du « dialogue stratégique et économique », instrument diplomatique créé par les présidents Obama et Hu Jintao en 2009. Y ont été débattus à huis-clos les trois sujets de frictions les plus importants : le partage des souverainetés en mers de Chine orientale et méridionale ; le traité économique transatlantique en préparation; la nouvelle banque d’investissement asiatique pour les infrastructures contrôlée par Pékin.
Oublions donc le catastrophisme et regardons notre monde tel qu’il est : la diplomatie l’emporte encore largement sur le chaos !

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