Depuis la chute du Mur de Berlin et la fin de la guerre froide en 1989, les gouvernements français, qu’ils aient été de gauche ou de droite, n’ont cessé de rogner les budgets militaires. Tout s’est passé comme si nos dirigeants s’étaient mis à croire à la « fin de l’Histoire », hardiment exposée par le philosophe américain Francis Fukuyama. Comme s’ils avaient estimé superflu que, dans un monde idéologiquement uniforme, gagné aux idées libérales de l’Occident, la France gardât l’armée puissante et indépendante que lui avait forgée naguère le Président Charles de Gaulle. De manière générale, les tâches régaliennes classiques d’un pays (défense extérieure de ses frontières et de son espace maritime, sécurité intérieure des personnes et des biens, justice efficace et rapide, alphabétisation de la jeunesse) sont, en France, passées progressivement au deuxième plan derrière les nouveaux objectifs « progressistes » d’un Etat se pensant avant tout comme l’assistante sociale de la population vivant sur son territoire. Cette politique de lente translation d’un Etat fort vers un Etat providence, cette constante diminution des dépenses militaires en faveur d’une constante augmentation des dépenses sociales, a constitué une double erreur stratégique. Premièrement, elle n’a pas pris en compte la réalité du monde tel qu’il était, de plus en plus éclaté, de plus en plus dangereux ; dominé par la radicalisation des religions et par l’accroissement des pulsions nationalistes des pays émergents. Deuxièmement, elle n’a tiré aucune leçon de l’échec du socialisme partout où il a été appliqué dans le monde depuis la fin de la première guerre mondiale ; elle n’a pas voulu admettre que l’assistanat ne motive pas les individus et qu’il retarde donc le progrès des sociétés. A un jeune de vingt ans l’Etat s’est mis à dit : « tu n’as plus de service militaire à faire, mais si tu te débrouilles, tu toucheras un revenu d’ « insertion » sans vraiment travailler! »

Il est grand temps d’inverser la vapeur : diminuer nos dépenses sociales et augmenter nos dépenses militaires. Il est aberrant de prôner, par souci d’économie budgétaire, l’abandon de l’une des deux composantes de notre force de frappe nucléaire, les FAS (forces aériennes stratégiques), sous prétexte qu’elles seraient redondantes avec nos SNLE (sous-marins nucléaires lanceurs d’engins), équipés des tout récents missiles balistiques intercontinentaux M-51 à têtes multiples. Ce n’est rien comprendre à notre stratégie de dissuasion. Les missiles cachés en permanence et silencieusement au fond des océans sont réservés à l’hypothèse de la nécessité ultime d’une « frappe en second », faite de représailles massives contre un Etat qui nous aurait déjà frappés d’armes atomiques, ou qui s’apprêterait à nous envahir. L’inconvénient de nos SNLE est qu’on ne peut pas leur faire faire de gesticulation : c’est l’arme du tout ou rien. En revanche nos chasseurs-bombardiers équipés de missiles nucléaires peuvent être utilisés comme les porteurs d’un dernier avertissement. L’article 5 du traité de l’Atlantique Nord nous oblige à défendre un allié qui viendrait à être attaqué. Au cas, aujourd’hui improbable, où la Russie voudrait s’en prendre à l’un de nos trois alliés baltes, le simple envoi d’une escadrille des FAS dans ces pays menacés ferait immédiatement réfléchir l’état-major russe. L’existence d’une force de frappe française crédible et diversifiée est quelque chose qui donne du poids au couple franco-allemand lorsqu’il négocie avec le Kremlin. Elle permet à François Hollande de regarder Vladimir Poutine tranquillement dans les yeux.

La multiplication de nos théâtres d’intervention en Afrique et au Moyen-Orient rend évidente l’urgence d’un renforcement de notre armée de terre, en régiments classiques comme en unités de nos forces spéciales. Les guerres asymétriques que nos imposent les islamistes qui veulent notre destruction ou notre soumission nécessiteront de plus en plus de soldats d’élite, extrêmement bien formés et bien équipés.
La France jouit du deuxième espace maritime mondial en termes de zones économiques exclusives (ZEE). Au moment où toute l’Asie du sud-est s’inquiète des prétentions de Pékin pour transformer la quasi-totalité des Mers de Chine orientale et méridionale en ZEE pour la Chine, il serait paradoxal que la France se désintéresse des siennes. Pour protéger cette immense richesse potentielle, mais aussi pour décimer la piraterie et prévenir le trafic des êtres humains par la mer, il nous faut accroître la taille de notre marine.

De surcroît, l’économie française profitera pleinement des largesses budgétaires accordées à l’équipement de nos armées. A l’heure où la priorité est à la réindustrialisation du pays, il serait judicieux d’investir dans l’uns des rares secteurs d’excellence à l’exportation qui restent à la France : les industries d’armement.

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