Si l’on devait distribuer des lauriers diplomatiques pour l’accord historique signé entre l’Iran et les grandes puissances à Lausanne le 2 avril 2015, ils iraient d’abord et avant tout à Barack Obama. Dès mars 2009, à l’occasion du Nouvel An perse, le président américain tout récemment élu prit l’initiative de s’adresser au peuple et aux dirigeants iraniens, afin que les relations entre les Etats-Unis et l’Iran ne se vivent plus sous le mode de la confrontation, mais sous celui du dialogue entre égaux.
Le 20 mars 2015, alors que les négociations internationales sur le dossier nucléaire iranien allaient recommencer, Obama prit la peine de réitérer l’exercice, en disant qu’une occasion exceptionnelle se présentait pour mettre fin à 35 ans de méfiance et de défiance entre les deux nations, et qu’il fallait si possible la saisir. Le président américain expliqua à la nation iranienne combien il respectait son histoire plurimillénaire, sa culture, son esprit d’entreprise. Il souligna que, pour retrouver sa place naturelle de grande puissance régionale respectée, l’Iran n’avait besoin de s’encombrer d’aucun hochet atomique, d’aucun antisionisme révisionniste de l’Histoire européenne, d’aucun interventionnisme militaire dans les pays de son voisinage.

En 2007, poussé par le roi d’Arabie saoudite qui voulait « couper la tête du serpent » (iranien), le vice-président Dick Cheney tenta de persuader le président Bush de bombarder les installations nucléaires iraniennes. Ce projet néoconservateur, qui trouva sur sa route l’opposition des ministres de la défense et des affaires étrangères (respectivement Robert Gates et Condi Rice), tomba heureusement à l’eau. Cette troisième guerre américaine dans l’ « arc de crise » en l’espace d’une décennie (après celle d’Afghanistan d’octobre 2001 et celle d’Irak de mars 2003) aurait eu des conséquences incalculables. La première eût été le retrait par l’Iran du Traité de non prolifération nucléaire, la fin des contrôles de l’Agence internationale de l’Energie atomique de Vienne, le lancement d’un programme militaire clandestin vers la bombe atomique. Au lieu de cela, grâce à la patience, à l’ouverture, à l’imagination et à la diplomatie d’Obama, on a maintenant un Iran qui a accepté sur son territoire une diminution drastique de ses stocks de matière fissile ainsi que les contrôles internationaux les plus poussés qui existent sur la planète.

Rompues en 1980, les relations diplomatiques américano-iraniennes ont toutes chances de reprendre bientôt. Avec la fin des sanctions, l’Iran va pouvoir relancer son industrie et rayonner commercialement au Moyen-Orient comme en Asie centrale. Quand on offre des soupapes de développement économique et social aux populations, le bellicisme diminue fatalement en leur sein.
Lorsqu’on regarde la vidéo de la remarquable interview qu’Obama vient de d’accorder à Tom Friedman à propos de l’accord de Lausanne, l’on saisit parfaitement les qualités de diplomate de l’actuel président des Etats-Unis. Elles sont, à mes yeux, au nombre de trois : le réalisme, le sang-froid, l’anticipation.

Réaliste, Obama l’est d’abord quand il reconnaît les erreurs commises par l’Amérique envers l’Iran : renversement de Mossadegh par la CIA en 1953 ; aveuglement à l’égard de la dictature du Shah de 1953 à 1979; soutien à l’Irak de Saddam Hussein pendant sa guerre d’agression contre l’Iran de 1980 à 1988. Il l’est ensuite quand il explique que l’Iran est un pays compliqué, partagé entre une tendance idéologique conservatrice profondément antioccidentale, un marais centriste simplement méfiant (en raison des événements décrits ci-dessus), une jeunesse éduquée réformatrice et admirative de l’Occident. Il l’est enfin quand il cherche à submerger la première tendance par une alliance des deux autres (qu’il appelle les modérés et les réformateurs).
Homme d’Etat sachant garder son sang-froid, Obama rejette à raison la diplomatie émotionnelle. En allant, le 3 mars 2015, s’adresser à Washington au Congrès derrière son dos, Netanyahou lui a fait une très mauvaise manière. S’élevant au-dessus de toute considération d’ego et de tout sentiment personnel, le président américain a appelé le premier ministre d’Israël pendant une heure, pour lui expliquer que cet accord nucléaire ne menaçait nullement la sécurité de l’Etat hébreu, et que l’Amérique viendrait toujours à la rescousse d’Israël s’il était attaqué.

L’anticipation : on remarque cette qualité chez Obama en mars 2009, mais aussi aujourd’hui, quand il convoque un Sommet des Etats arabes du Golfe à Camp David, pour les rassurer quant à leur sécurité face à l’Iran, mais aussi pour leur ouvrir les yeux sur les principales menaces pesant sur eux, qui sont intérieures, car provenant d’une jeunesse politiquement frustrée.
En 2009, Obama ne méritait certainement pas son prix Nobel de la Paix. Aujourd’hui, si.

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