François Hollande a bien fait, le samedi 6 décembre 2014, de s’arrêter à Moscou, sur sa route de retour d’un voyage officiel au Kazakhstan. Si le président français poursuit la médiation entre Ukrainiens et Russes, qu’il avait initiée en Normandie à l’occasion des festivités de l’anniversaire du Débarquement, s’il parvient à susciter entre eux un arrangement prolongeant le cessez-le-feu de Minsk tout en préservant l’intégrité territoriale de l’Ukraine, ce sera une incontestable réalisation diplomatique, utile au monde entier. Rendre sa stabilité au continent européen, trouver un compromis de paix durable russo-ukrainien, effacer des sanctions commerciales qui pénalisent aussi bien l’Europe occidentale que la Russie, telle devrait être aujourd’hui la priorité de François Hollande dans sa politique étrangère.

Paradoxalement, la France est mieux armée que l’Allemagne pour réussir un tel deal. Car, à Paris, la crise ukrainienne ne représente pas un enjeu de politique intérieure aussi important qu’à Berlin, où chrétiens-démocrates et socio-démocrates sont en plein désaccord, les premiers défendant les positions les plus dures de l’Otan, les seconds se montrant soucieux de conserver à tout prix les acquis de l’Ostpolitik édifiée par le grand chancelier SDP Willy Brandt. Deuxième atout de la France, le dialogue Hollande-Poutine n’a pas pris le tour passionnel de la relation Poutine-Merkel, où la chancelière allemande, fille de pasteur, ne pardonne pas au président russe de lui avoir menti. Dans cette affaire, les Français et les Allemands, meilleurs alliés sur le Continent, coordonneront évidemment toujours leurs positions.

Sur la crise ukrainienne, une terrible course contre la montre s’est en fait engagée. A l’aéroport de Moscou, Poutine a reconnu qu’il y avait aussi des torts du côté des séparatistes prorusses. Après le départ du président français, il a respecté une promesse qu’il lui avait faite : il a dit publiquement que la Russie respectait l’intégrité territoriale de l’Ukraine. C’est un excellent départ. On ne pouvait pas espérer mieux.
A très court terme, il s’agit désormais d’obtenir que le cessez-le-feu soit appliqué et que les clauses les plus urgentes du protocole de Minsk du 5 septembre 2014 soient mises en œuvre : arrêt des tirs d’artillerie, échange des prisonniers, cantonnement des milices, contrôle de la frontière russo-ukrainienne par des observateurs de l’OSCE. C’est seulement dans un deuxième temps que pourront s’ouvrir des discussions politiques approfondies entre Kiev et les forces séparatistes, sur une possible option de décentralisation poussée, ou même de fédéralisme.

Sur le fond, Poutine a reconnu qu’il avait déclenché l’annexion de la Crimée, mais il a nié toute responsabilité dans le déclenchement de l’agitation prorusse à Donetsk. On peut le croire, quand on lit la récente interview qu’a donnée le colonel Strelkov à une revue nationaliste russe, se vantant d’avoir créé tout seul le prurit indépendantiste prorusse dans le bassin du Don, et d’avoir forcer ensuite les services de sécurité du Kremlin de le suivre. Aux yeux de Poutine, la Crimée est une terre russe sacrée, car c’est là que s’est fait baptiser le prince Vladimir le Grand en 988. Pour les Russes, Saint Vladimir, c’est notre Hugues Capet. En revanche, le président russe n’a aucune envie d’intégrer le bassin du Don au territoire de la Fédération de Russie et d’être obligé de payer les pensions de dizaines de milliers de mineurs en retraite…

Si Poutine accepte les contrôles de l’OSCE et s’il prend ses distances face aux milieux les plus nationalistes de Russie, s’il se dirige vers un accord de paix, l’Union européenne devra se diriger vers une levée des sanctions. Notre chance est qu’elles ne sont pas automatiques, contrairement à celles qui s’appliquent à l’Iran. Elles doivent être renouvelées le 31 juillet 2014, dans un vote à l’unanimité. Il suffit donc que les Français et les Allemands se mettent d’accord pour que les sanctions européennes disparaissent à l’été. Les interdictions européennes d’investissement subsisteront pour la Crimée, aussi longtemps que son statut n’aura pas été fixé conformément au droit international. Si, en revanche, Moscou, Bruxelles, Paris et Berlin laissent passer l’été sans accord de paix, la situation est sûre d’empirer, car les Russes n’auront plus rien à perdre.

Une même course contre la montre existe pour Obama. S’il veut résister à l’hystérie antirusse du nouveau Congrès, il lui faudra des actes tangibles de la part de Poutine, mais aussi agir vite, pour éviter que ne soit votée une loi du type de celle de 1974 dite Jackson-Vanik, qui n’a été levée qu’en 2012. Il appartiendra à Hollande de convaincre Obama.

Le président de la République tient à sa portée ce qui pourrait devenir le plus grand succès diplomatique de son présent quinquennat.

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