Depuis l’effondrement du communisme soviétique il y a un quart de siècle, le pays d’Europe de l’Est qui a le plus progressé est sans conteste la Pologne. C’est un pays qui a su réussir à la fois sa réconciliation nationale et sa démocratisation politique, son développement économique et son insertion internationale. En Pologne, il n’y a pas eu de chasse aux sorcières et les alternances politiques se passent sans problème. Grâce à la « thérapie de choc » que le ministre des finances Leszek Balcerowicz a eu le courage d’imposer de 1989 à 1991, le pays s’est totalement adapté aux contraintes de l’économie de marché. Son intégration au sein de l’Union européenne lui a extraordinairement réussi. L’agriculture polonaise a pleinement profité des subventions distribuées par Bruxelles dans le cadre de la PAC (politique agricole commune). Son industrie a su se placer en sous-traitant privilégié des entreprises allemandes. Il y a aujourd’hui, sur le plan politique et commercial, un axe polono-allemand qui n’a rien à envier à l’axe franco-allemand. Après que les Allemands eurent demandé pardon pour leurs atrocités en Pologne pendant la seconde guerre mondiale – tout le monde se souvient du grand chancelier Willy Brandt s’agenouillant devant le monument érigé en mémoire du ghetto de Varsovie -, après que le chancelier Kohl eut accepté la frontière Oder-Neisse comme limite orientale de l’Allemagne réunifiée – acceptant par là-même la perte définitive de cette vieille terre allemande qu’était la Silésie -, les Polonais eurent la sagesse de se mettre à travailler avec l’Allemagne, puis d’en devenir les amis, au plus grand bénéfice des deux nations. Ils ont si bien réussi leur intégration dans l’Union européenne qu’ils la président aujourd’hui, en la personne de l’ancien premier ministre Donald Tusk.
Le grand pays d’Europe qui a le moins progressé, c’est la Russie. Politiquement, elle n’a pas réussi sa démocratisation ; économiquement, elle a perdu son industrie pour ne devenir qu’un exportateur de matières premières ; diplomatiquement, elle s’est brouillée avec tous ses voisins, sauf l’Iran et la Chine. Faut-il s’en réjouir ? Non. Notre intérêt d’Européens est d’intégrer la Russie dans la Maison Europe. Face à la Chine et au monde arabo-musulman, la Russie est notre allié naturel. Au cours des quinze dernières années, la Commission européenne n’a rien entrepris de sérieux pour rapprocher la Russie de l’Union. L’accord commercial qu’elle a proposé à l’Ukraine, elle aurait aussi dû le proposer à la Russie. Ne pas l’avoir fait constitue une énorme faute stratégique, que l’ensemble du Continent n’a pas fini de payer.

Les Polonais sont aujourd’hui braqués contre la Russie. Ce n’est pas leur intérêt, ni le nôtre. On est frappé de la virulence des Polonais à l’égard de la Russie. La plupart d’entre eux rejettent les Russes comme autant de barbares « asiates ». La peur de subir le sort de l’Ukraine orientale les aveugle. Leur appartenance à l’Otan ne les rassure pas, car ils se souviennent qu’en septembre 1939, alors que leurs régiments de cavalerie se faisaient taillés en pièce par les Panzer, les armées française et anglaise s’étaient bien gardées d’ouvrir un front à l’ouest. La peur est mauvaise conseillère. Personne au Kremlin ne préconise de rogner sur la Pologne.

En maintenant des foyers de tension dans trois anciennes Républiques soviétiques (Moldavie, Géorgie, Ukraine), Vladimir Poutine se trompe de priorité stratégique. Le fait avéré que l’Occident ait violé le droit international en Irak, au Kosovo, ou en Libye, ne rend pas pour autant la politique actuelle du Kremlin plus intelligente. La vengeance est aussi mauvaise conseillère que la peur. Les trois priorités de Poutine devraient être : 1. le rétablissement de la natalité russe ; 2. l’établissement d’un Etat de droit en Russie ; 3. le développement économique de la Sibérie et sa protection face aux appétits chinois.
Les Polonais ont su établir chez eux un Etat de droit et donc attirer les investisseurs. A la fois latines et slaves, ses racines donnent à la Pologne un grand destin : ramener la Russie dans la Maison européenne, être un médiateur entre l’Occident et le monde russe. Comme ils ont pardonné aux Allemands, les Polonais devraient pardonner aux Russes leur invasion du 17 septembre 1939, leur massacre de Katyn de 1940, leur abandon de Varsovie à la furie nazie en 1944, leur imposition du communisme en 1945. Après tout, les Russes ont eux aussi souffert de Staline.

Poutine n’est pas Staline. Il a ordonné la projection du film de Wajda sur Katyn à la télévision russe. Lui cracher dessus comme l’ont fait les Anglo-saxons à Brisbane ne sert à rien. Derrière Poutine, qui passera, il y a toute la Russie, il y a une grande culture, une grande histoire, un grand peuple. Sachons lui parler sans arrogance. Les Polonais sont les mieux placés pour le faire.

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