Nous voici donc, aux côtés de nos alliés américains, en guerre contre l’Etat islamique du calife Ibrahim. Au-delà de l’émotion légitime que suscitent chez nous les massacres d’ « infidèles » commis au Levant et en Mésopotamie par ces musulmans sunnites fanatiques de Daech (acronyme en arabe de l’Etat islamique), nous sommes en droit de nous poser quelques questions. Quelle est, dans ce nouveau conflit, la stratégie de la France ? Quels sont ses buts de guerre ? Combien de temps notre intervention est-elle censée durer ? Six semaines ? Six mois ? Six ans ? Le Président de la République n’a, pour le moment, répondu à aucune de ces questions. Espérons qu’elles seront au moins abordées par le débat, sans vote, qui aura lieu sur l’Irak, mercredi 24 septembre 2014, à l’Assemblée nationale.

Quand on commence une intervention, il faut, au minimum, avoir une vision claire des objectifs que l’on vise et les faire partager à la nation qu’on entraîne dans la guerre. Attention aux engrenages ! Souvenons-nous des Américains au Vietnam ! Evitons en Mésopotamie de suivre la « politique du chien crevé au fil de l’eau », pour reprendre le célèbre commentaire d’André Tardieu sur la politique étrangère d’Aristide Briand. Car nous en sommes à la troisième intervention militaire occidentale en Irak en l’espace de moins d’un quart de siècle : est-ce trop d’en attendre enfin un succès ?

Le problème est qu’une fois lancés, nous devons aller jusqu’au bout. En géopolitique, rien n’est pire que les demi-interventions. C’est ce que furent les deux premières expéditions. Celle de janvier 1991, visait à libérer le Koweït, qui avait été envahi en août 1990 par l’armée irakienne. L’objectif fut promptement atteint par la très large coalition qu’avait réunie autour des Etats-Unis le président George H. Bush. Mais la cause du problème (le dictateur Saddam Hussein et ses rêves de grandeur) ne fut pas traitée. Quitte à abandonner les chiites des provinces du sud qu’elle avait appelés à se révolter, l’armée américaine ne monta pas jusqu’à Bagdad pour y déboulonner le tyran. L’Arabie saoudite souhaitait en effet qu’un contrepoids sunnite fût maintenu, en Irak, face à l’Iran chiite. Mais l’Amérique ne fit pas non plus vraiment la paix avec l’Irak. Sous la présidence de Bill Clinton, elle poursuivit un état d’hostilité, marqué par des sanctions commerciales sévères et des bombardements épisodiques, entraînant un grave délitement de la société irakienne.

L’expédition anglo-américaine de mars 2003 – condamnée par la France – fut aussi une demi-intervention. Le but proclamé par George W Bush (le fils du précédent) était de constituer un « Grand Moyen-Orient démocratique ». Or l’armée américaine se retira d’Irak alors que le pays n’avait même pas commencé à tenter de déconfessionnaliser sa politique. Le mouvement Daech doit sa force aux anciens officiers et sous-officiers sunnites de l’armée de Saddam Hussein. L’occupant américain a laissé le nouveau pouvoir irakien « démocratique » (du premier ministre chiite Maliki) éjecter les sunnites de Bagdad. Humiliés par une police devenue presque exclusivement chiite, nombreux furent les sunnites à se jeter dans les bras de Daech.

Cette fois, espérons que les Occidentaux ne se contenteront pas de « tondre le gazon », comme disent les stratèges israéliens quand ils s’en vont bombarder la bande de Gaza. Obama et Hollande ne veulent pas d’une guerre au sol. Les bombardements aériens ont eu le mérite de soulager l’armée irakienne et lui redonner le moral. Mais chacun sait qu’on n’a jamais gagné une guerre asymétrique avec des avions. Le but des Occidentaux est de permettre à l’armée irakienne (chiite) et à ses alliés peshmergas (kurdes) de résister aux offensives de Daech. Comme on sait que les chiites et les kurdes se battront pour leurs clans et leurs familles, mais jamais pour reconquérir les régions sunnites, l’Occident devrait avoir la modestie de dire qu’il se lance dans une simple opération de « containment », pour reprendre le terme qu’utilisait Truman en 1948 face au péril communiste. Une fois que le califat aura été circonscrit aux zones semi-désertiques de l’est de la Syrie et de l’ouest de l’Irak, les tribus sunnites s’en lasseront et l’élimineront, si on sait les aider comme le général Petraeus l’avait fait en 2007. Espérons que les Américains sauront trouver un stratège de la même valeur pour piloter leur troisième intervention en Irak.

Quant à nous, Français, il nous faut encore répondre à deux questions. Notre armée, déjà engagée au Sahel dans une guerre au fanatisme musulman, a-t-elle les moyens d’un second front irakien ? Deuxièmement, comment allons-nous traiter la cinquième colonne islamiste que quarante ans d’incurie gouvernementale ont laissé s’installer en France ?

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