La prophétie de Charles de Gaulle s’est révélée exacte : la politique d’occupation des territoires arabes conquis lors de la Guerre des six jours de 1967 est une catastrophe pour l’Etat d’Israël. Le seul à avoir compris le Général, à l’époque, fut David Ben Gourion, le père de l’indépendance de l’Etat Juif.

Comme me le disait un homme d’affaires israélien, ancien commandant de parachutistes et héros des combats sur le Golan de la guerre du Kippour, « depuis le septième jour, nous perdons tous les jours un peu plus ». Qu’a perdu Israël à ne pas avoir rendu immédiatement la Cisjordanie et la bande de Gaza, conquises à la faveur de sa victoire éclatante dans la guerre des six jours de juin 1967, comme le préconisait le chef d’état-major de l’époque, Itzhak Rabin ?

Israël a d’abord considérablement terni sa réputation internationale. Dans les années soixante, l’Etat d’Israël était sans doute le pays le plus respecté du monde. En France, les mères parlaient à leurs enfants avec admiration de ce pays pionnier, qui avait fait pousser des fleurs dans le désert, et les pères suivaient avec passion les exploits de ces courageux « paysans-soldats ». L’ambiance et la culture des kibboutz faisaient l’admiration de la planète entière. La jeune société israélienne était considérée comme un modèle. Aujourd’hui, à cause des images qui parviennent des territoires palestiniens de Gaza et de Cisjordanie, il ne viendrait pas à l’idée d’une mère française de donner Israël comme exemple à ses enfants. Pourtant il y aurait matière à admiration, tant l’Etat hébreu a su, au cours des trente dernières années, développer ses universités, sa médecine, sa recherche industrielle appliquée et son secteur high-tech ; et tant il a réussi à intégrer une gigantesque immigration russe, au point que la langue de Tolstoï est la seconde langue parlée après l’hébreu.

Deuxième inconvénient, le maintien des colonies est financièrement et humainement très coûteux pour l’armée de conscription israélienne. La richesse territoriale future d’Israël ne se trouve pas dans les collines désertiques de Judée et de Samarie, mais dans l’exploitation du gaz et du pétrole qui se trouve dans ses eaux territoriales, s’étendant jusqu’à celles de l’île de Chypre. La bunkérisation d’Israël ne lui offre pas de sécurité à très long terme. Cette dernière ne peut être obtenue que dans son intégration diplomatique et commerciale au sein du monde arabe. Les accords d’Oslo de septembre 1993 avaient fait naître un grand espoir : Israël avait même ouvert des représentations commerciales dans le Golfe ! Mais l’assassinat du premier ministre Rabin en novembre 1995 par des extrémistes religieux juifs va tuer cet espoir. Toutes choses égales par ailleurs, Rabin avait en Israël la stature d’un de Gaulle ; il pouvait se permettre de se débarrasser du boulet des territoires occupés, comme le Général l’avait fait chez nous –hélas dans la précipitation et la douleur – avec l’Algérie.

Troisième inconvénient – de loin le plus grave : si Israël continue sur la voie actuelle, s’il persiste à ne pas préparer un Etat viable pour les Palestiniens, il signe l’arrêt de mort de l’Etat Juif voulu par Théodore Herzl. Car aujourd’hui, de la Mer au Jourdain, les arabes sont déjà aussi nombreux que les Juifs !

Par amitié, la France devrait aider Israël à sortir du sable mouvant dans lequel il a mis le pied. Diplomatiquement, il y a une place à prendre car les Etats-Unis ont déçu. Le 21 janvier 2009, la première chose qu’a faite Barack Obama en entrant comme nouveau président à la Maison Blanche fut d’appeler le président de l’Autorité palestinienne (entité semi-autonome issue des accords d’Oslo) Mahmoud Abbas. Et Obama nous promit qu’en un an il obtiendrait la résolution du conflit israélo-palestinien. On ne peut pas lui reprocher de ne pas avoir essayé ; mais il n’a pas osé passer par-dessus un Congrès fanatiquement pro-Israël.

Le Premier Ministre israélien Netanyahou veut le désarmement de la bande de Gaza. Ce n’est pas un objectif déraisonnable. Que la France l’aide à l’obtenir, en ouvrant une médiation entre lui et le Hamas ! Sous la pression du grotesque petit clan néoconservateur du Quai d’Orsay (une quinzaine de diplomates, mais extrêmement influents), la France a commis la sottise d’accepter que l’Union européenne qualifie le Hamas de « mouvement terroriste ». Le Hamas est tout sauf un parti sympathique, mais il se trouve qu’en 2006, il a gagné les seules élections démocratiques jamais organisées en Palestine, scrutin contrôlé par des observateurs de… l’Union européenne ! En demeurant bêtement alignée sur l’Amérique, la France ne sert plus à rien au Proche-Orient.

Pour parler avec le Hamas, la France – qui dispose d’un institut culturel à Gaza – doit aujourd’hui passer par les Suisses ou par les Turcs. C’est ridicule ! La France doit reprendre immédiatement langue avec le mouvement islamiste, dont la demande de fin du blocus instauré en 2007 n’est pas extravagante. Avec ses plages magnifiques, et sa population éduquée, Gaza pourrait devenir une Riviera pour le monde arabe. Bien sûr qu’Israël ne peut accepter que son territoire soit bombardé par des roquettes. En échange du retour à une vie normale (telle qu’elle existait avant 1967) pour la Bande de Gaza, le Hamas devrait démanteler sa branche armée. La négociation, qui devra bien arriver un jour, entre le Hamas et Israël, promet d’être difficile. Et alors ? Ce serait l’honneur du Quai d’Orsay que de l’organiser ! Par néo-conservatisme, le Département n’a pas voulu, en 2007, organiser une médiation entre l’Iran et l’Amérique. C’est le Sultanat d’Oman qui l’a fait… Veut-on, sur le Levant, laisser à nouveau le beau rôle diplomatique à la Norvège, à la Suisse, au Qatar ?

Pour faire cesser l’épouvantable drame humain de Gaza, la France, pays respecté à la fois par Israël et dans le monde arabe, doit agir. Très vite.

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