La pandémie actuelle multiplie les incertitudes. Le virus mutera-t-il de manière importante ? Si oui, cette mutation augmentera-t-elle sa dangerosité pour l’homme ou transformera-t-elle la maladie en un rhume inoffensif ? Les températures estivales mettront-elles un terme à la propagation de l’épidémie ? Y aura-t-il un rebond à l’automne ?

Il y a cependant une chose qui est déjà certaine : le Covid-19 ne bouleversera pas les statistiques de la mortalité mondiale pour l’année 2020. 60 millions de personnes meurent chaque année dans le monde (dont 600000 en France, soit 11500 par semaine) et l’épidémie de Covid-19 ne changera pas ce chiffre significativement. La grande majorité des victimes seront des personnes âgées ou des patients dont le système immunitaire a été affaibli par d’autres pathologies. En France l’âge moyen des décédés du Covid-19 est de 81,2 ans. Au Luxembourg, il est de 86 ans.

Sur son site, la BBC a consacré un article entier à la mort d’une petite fille de 5 ans. Le média de référence britannique nous dit que la fille souffrait d’une autre pathologie, sans préciser laquelle. La mort d’un enfant est toujours un scandale. C’est injuste et horrible. Mais ce sont des choses qui arrivent. 6 millions d’enfants de moins de 15 ans meurent chaque année dans le monde. Tout en étant factuel, l’article de la BBC alimente inconsciemment la psychose collective en faisant passer un message subliminal : les enfants en meurent aussi ! Or la réalité statistique est tout le contraire : le virus est quasiment inoffensif pour les enfants. Plus tard, il faudra que les sociologues analysent soigneusement le rôle qu’ont joué les médias dans l’émergence d’une psychose mondiale face à une maladie peu létale.

Les décès provoqués par le Covid-19 dépasseront la centaine de milliers de personnes. Cela fera des centaines de milliers de familles dans la peine, ce qui est évidemment bien triste. Mais il faut savoir raison garder. Bien avant l’apparition du coronavirus 2 du syndrome respiratoire aigu sévère (SARS-CoV-2), les bronchopneumopathies obstructives classiques tuaient déjà beaucoup. En 2016, elles ont fait trois millions de morts, selon l’OMS. Cette année-là, on n’a pas pour autant arrêté l’économie de la planète.

L’année dernière, les accidents de la route ont tué plus d’un million de personnes dans le monde. On n’a pas pourtant interdit la circulation. Heureusement, on réduit le nombre des tués sur la route par des actions ciblées (limitations de vitesse, mesures pénales contre l’alcool au volant, airbag dans les voitures, réfection des routes, etc.). Contre le Covid-19, il faut aussi recourir à des actions ciblées (dépistage de masse, isolement et soin des personnes infectées, équipement des hôpitaux en respirateurs, etc.). Tout cela en attendant la mise au point d’un vaccin.

En revanche la mortalité mondiale pourrait très bien augmenter à cause de la désorganisation du monde, que provoquerait un confinement général prolongé. Le remède risque d’être pire que le mal. Les récessions économiques diminuent l’espérance de vie. La très grande majorité des Etats de la planète ne bénéficient pas d’un Etat-Providence soignant les malades gratuitement. Beaucoup de familles appauvries par la crise devront renoncer à recevoir des soins (pour tant d’autres pathologies) qu’ils auraient pu payer en temps normal.

Le péril le plus grave est la déstructuration des chaînes d’approvisionnement de produits agricoles, paralysées par le confinement des pays exportateurs. L’Afrique, par exemple, est devenue très dépendante de l’extérieur pour son alimentation. Certains pays le sont en raison de leur démographie incontrôlée (l’Egypte), d’autres parce que leur régime a négligé l’agriculture (l’Algérie). Par malchance, les pays d’Afrique de l’Est et des Grands Lacs viennent de voir leurs cultures ravagées par une invasion de milliards de criquets pèlerins. Les essaims font la taille du Grand Paris et dévorent quotidiennement l’équivalent nutritif de ce que consomment les Parisiens. Ce fléau va provoquer une famine qui tuera bien davantage que le Covid-19. Curieusement, les médias en parlent très peu : le premier est une plaie pour pays pauvres, le second une maladie de pays riches.

Dans une crise où seuls les Etats-nations ont démontré leur capacité à agir efficacement, espérons que les gouvernements, du Sud comme du Nord, sauront considérer avec sang-froid la réalité de la pandémie. Dans le Covid-19, c’est souvent l’excès de réaction du système immunitaire qui finit par tuer le patient. Ne reproduisons pas, dans la géopolitique, cette erreur de la nature ! Gardons notre sang-froid et abstenons-nous de mesures politiques radicales dangereuses pour l’avenir à moyen terme de toute notre planète !

 

Un commentaire sur « LE CONFINEMENT, REMÈDE PIRE QUE LE MAL ? »

  1. Merci Monsieur de donner ainsi des éléments permetttant du recul.
    Vivre la mort d’un autre est une souffrance ponctuelle terrible pour ceux qui restent, vivre une désorganisation sociale est une souffrance durable terrible pour ceux sur qui elle s’abat.
    La vision court terme non inscrite dans une vision long terme est souvent contre productive, Quand il s’agit du profit cela peut déstabiliser l’équilibre de l’économie et cela est politiquement correct de le dire, Quand il s’agit de morts, cela peut avoir des conséquences dramatique sur les vies, mais il n’est plus politiquement correct de le dire.
    Alors bravo de l’écrire

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