macron merkel
Crédit photo: Getty Images

 

La signature, le 22 janvier 2019, du Traité d’Aix-la-Chapelle par Angela Merkel et Emmanuel Macron, suscita, notamment en France, beaucoup d’espoir. On pouvait en effet se réjouir d’y voir une relance du couple franco-allemand, propre à aiguillonner l’Union européenne (UE), afin qu’elle relève enfin les grands défis géopolitiques du moment.

Comment freiner la ruée migratoire des miséreux de toute la planète vers une UE qui assure plus de la moitié des dépenses sociales mondiales ? Comment faire face à la prédation industrielle chinoise (des technologies et des marchés) déguisée sous l’euphémisme de la « Route de la Soie » ? Comment résister à la prétention des Etats-Unis d’imposer leurs lois aux entreprises et aux citoyens européens, partout dans le monde ? Comment ramener vers la famille européenne une Russie qui ne cesse de s’en éloigner depuis cinq ans ? Comment immuniser le système bancaire européen d’une nouvelle crise qui serait exportée par la finance américaine ? Comment développer de grands champions numériques européens et promouvoir une cyberdéfense commune ? Comment assurer une fiscalité européenne à la fois efficace et harmonisée ? Comment dessiner une stratégie énergétique européenne à la fois sûre et respectueuse de l’environnement ? Aucune puissance moyenne ne peut raisonnablement songer à relever seule de tels défis. Ils sont à la hauteur du Vieux Continent tout entier. Comme les institutions de l’UE sont quasi paralysées depuis qu’on a commis l’erreur stratégique de faire passer l’élargissement avant l’approfondissement, il n’y a pas d’autre moyen de faire avancer les grands intérêts européens que le moteur franco-allemand.

Or ce dernier est en panne. Pas économiquement, mais politiquement. Dans le domaine financier, la Banque centrale européenne et l’Union bancaire (qui assure depuis 2014 la supervision unique des 130 plus grandes banques de la zone euro), sises à Francfort, ont fait leurs preuves. Dans l’aéronautique civile, la société Airbus, sise à Toulouse, demeure le seul concurrent mondial crédible de Boeing. Dans l’industrie de défense, la France et l’Allemagne ont pris la décision de construire ensemble l’avion de chasse du futur.

En revanche, la panne politique du moteur franco-allemand est avérée. Dans sa réponse à la lettre aux Européens d’Emmanuel Macron du 4 mars 2019, le leader du parti chrétien-démocrate allemand a infligé plusieurs fins de non-recevoir à la France. Non à la mutualisation des dettes d’Etat européennes, non au SMIC européen et à l’harmonisation sociale par le haut, non au budget public européen, a poliment dit Annegre Kramp-Karrenbauer (AKK), la Sarroise qu’Angela Merkel a choisie comme dauphine.

AKK répond à une préoccupation profonde de la population allemande. Elle s’est enrichie depuis deux générations grâce à son travail et à son épargne, et elle a l’impression que les Européens du sud, frivoles et dépensiers, veulent lui voler ses économies. Elle oublie seulement que la mise en place de la zone euro a formidablement favorisé les exportations des biens manufacturés allemands et que les banques allemandes furent les premières à prêter inconsidérément à la Grèce.

Mais on aurait tort d’imputer aux Allemands la rigidité des règles de la zone euro. Ce ne sont pas eux qui, juchés sur des Panzer Tigre, ont imposé leur mark. Ce sont les Européens, à commencer par les Français, qui les ont suppliés de partager avec eux leur devise, si forte, si respectée dans le monde. Et, à Maastricht, les Allemands n’ont jamais caché leurs exigences d’orthodoxie financière.

Aujourd’hui, ils sont effarés de constater que la France ne parvient toujours pas à respecter deux critères qu’elle a elle-même fixés (le déficit public ne saurait jamais excéder 3% du revenu national, et la dette publique 60%). Colossale, la dette française atteint les 100%, alors que l’Hexagone n’a été confronté à aucun tsunami, à aucune épidémie de peste, à aucune guerre, à aucune réunification avec un territoire oriental soviétisé. Les Allemands sont consternés face au phénomène français des gilets jaunes. Pour eux, la France entretient l’Etat providence le plus coûteux d’Europe, mais aussi celui qui génère le plus de frustrations.

Les Allemands n’ont aucune pitié pour les Etats faibles. A leurs yeux, la France parle avec des envolées de « Grande Nation », alors qu’elle offre à la planète entière, sur les Champs-Elysées et dans ses finances publiques, le spectacle de la déliquescence de son Etat.

En leur temps, Adenauer et Schmidt ont construit un réel partenariat avec la France. Mais c’était avec un Etat fort et respecté.

Emmanuel Macron tarde à comprendre que les meilleures idées en politique étrangère ne vaudront jamais rien tant qu’elles émaneront d’un pays incapable de montrer l’exemple.

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