Après moult vicissitudes, le sommet Amérique-Corée du Nord aura semble-t-il donc bien lieu le mardi 12 juin 2018 à Singapour. Les diplomates des deux pays sont déjà sur place pour préparer les discussions historiques entre les deux leaders qui, il y a un an, s’échangeaient encore des noms d’oiseaux par twitts ou communiqués officiels. Si Donald Trump parvient à préparer un traité de paix avec Kim Jong-un (les deux pays, en guerre depuis 1950, ont signé un armistice en 1953, mais jamais de traité de paix) et à obtenir une dénucléarisation progressive de la péninsule coréenne, il aura remporté un succès diplomatique majeur, qu’avant lui ni Carter, ni Clinton, ni Obama n’avaient réussi à arracher.

Est-ce à dire qu’avec son imprévisibilité, son narcissisme et sa prise de décision à l’intuition plutôt qu’à l’issue d’une réflexion collective, Donald Trump serait en train d’imposer un nouveau mode de diplomatie à la planète ? Il est vrai que, sur le dossier coréen, il a eu la chance de trouver en Kim Jong-un une personnalité symétrique à lui : les deux monstres (au sens étymologique) de la politique internationale peuvent trouver un terrain d’entente psychologique commun, du fait même de leur monstruosité partagée. L’art consommé qu’a Donald Trump de souffler le chaud puis le froid lui a servi dans cette négociation. Sa lettre à Kim Jong-un du 25 mai 2018, polie dans la forme mais ferme sur le fond, dans laquelle il se résignait à annuler la rencontre prévue en raison de l’intransigeance apparente de la partie coréenne, est un modèle du genre. Elle a marché car elle a obligé les Nord-Coréens à faire des gestes. Ayant retenu toutes les leçons apprises dans la jungle de l’immobilier new-yorkais, Trump a voulu montrer qu’il n’était pas prêt à se faire berner sur un deal. Celui-ci est clair : la dénucléarisation militaire de la République populaire démocratique de Corée, en échange d’une reconnaissance diplomatique américaine, d’un abandon des sanctions et d’une aide économique. Une constante de Donald Trump rassure les Coréens du Nord : il ne leur demande pas le moindre « regime change ». Ce président américain adore les militaires, voue un culte à la force, proclame « America first », mais est tout sauf un néoconservateur : il estime qu’il est fou de vouloir imposer la démocratie à d’autres peuples par la voie des armes.

Dans ses relations avec l’Europe, Trump a changé la traditionnelle relation transatlantique, fondée depuis 1945 sur un paternalisme bienveillant. « Fini de profiter de moi ! », dit désormais le président aux anciens protégés de l’Amérique, qui exige qu’ils dépensent davantage pour leur défense et qui leur impose des droits de douane extraordinaires pour réduire leurs excédents commerciaux avec les Etats-Unis. La Commission européenne a réagi intelligemment, en augmentant les tarifs extérieurs de l’UE sur les produits agricoles en provenance des Etats américains du Middle-West et du Sud ayant voté pour Trump en novembre 2016. La Commissaire suédoise au Commerce Cecilia Malmström a saisi que l’actuel président américain ne comprenait que les rapports de force et qu’il n’avait que faire des règles écrites de l’OMC (Organisation mondiale du Commerce).

Le seul texte de loi que Trump respecte est la Constitution américaine, car c’est une bible intouchable pour ses compatriotes. Les traités internationaux sont pour lui des chiffons de papier, à peine dignes de désigner une tendance. Mais, paradoxalement, par sa méthode fort peu diplomatique du coup de pied dans la fourmilière, il provoquera une amélioration considérable des règles de l’OMC, dans leur rédaction comme dans leur exécution. Car il est le premier à s’être insurgé haut et fort contre une réalité qu’on s’efforçait jusque-là de taire : l’extorsion systématique de technologie par les Chinois par chantage aux sociétés occidentales ayant créé des joint-ventures en Chine. Ce pillage des brevets occidentaux n’a jamais été sanctionné par les tribunaux chinois, entièrement soumis au Parti communiste et à l’Exécutif de Pékin. Si un jour la Chine se décide vraiment à respecter les règles de l’OMC, cela aura été grâce à Trump.

Sur le terrain intérieur, sa politique pro-business et sa baisse des impôts ont boosté comme jamais l’économie américaine. Le taux de chômage est descendu à 3,8% et jamais autant de Noirs et d’Hispaniques n’ont été embauchés.

Trump pourra-t-il, avec les mots simples qu’il affectionne, proclamer aux électeurs américains, d’ici le début de l’automne, un triple succès – « J’ai arrêté l’immigration illégale, on entre plus chez nous comme dans un moulin ; j’ai créé plus de jobs qu’aucun de mes prédécesseurs ; j’ai supprimé la menace nucléaire venue de Corée du Nord » ? S’il le peut, il gagnera les élections législatives intermédiaires de novembre 2018, et foncera vers une possible réélection en 2020…

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