Rencontrer Vladimir Poutine n’est pas une mince affaire. Car c’est sans doute l’homme le mieux protégé du monde. Le chef du Kremlin a accordé lundi soir une interview exclusive à Alexis Brézet, directeur des rédactions du Figaro et Renaud Girard, chroniqueur international.

C’est par un coup de fil de l’ambassadeur russe à Paris, tôt le mercredi 24 mai, que nous avons appris que le Kremlin avait décidé de répondre favorablement à notre demande d’interview, formulée dès que nous avions appris que le président Macron avait invité Vladimir Poutine à Versailles. C’est en effet, dans les relations internationales, un usage – pas une obligation – qu’un chef d’État se rendant dans un pays étranger accorde un entretien à l’un des médias de ce pays.

Vient ensuite la phase d’organisation. Une jeune femme vous appelle du Kremlin, parlant un bon français et un excellent anglais. C’est une diplômée du MGIMO, le Sciences Po russe. Elle n’est pas à proprement parler diplomate. C’est une «logisticienne», une organisatrice, dotée d’un fort esprit pratique, s’ajoutant à sa solide formation universitaire. Une bonne demi-douzaine de coups de fil pour régler les premiers détails…

Le jeudi, nous apprenons que le rendez-vous se ferait au Centre culturel russe, qui jouxte, quai Branly, la nouvelle cathédrale orthodoxe russe. À l’automne 2016, le président russe devait venir inaugurer, avec le président français, cet ensemble construit par l’architecte Jean-Michel Wilmotte. Mais, dans une interview qu’il avait accordée à un journal de province lors d’un de ses déplacements en Corrèze, François Hollande s’était interrogé à haute voix sur l’opportunité d’une rencontre avec Vladimir Poutine, alors que le siège d’Alep faisait rage. Ce dernier avait aussitôt fait savoir qu’il n’avait pas l’intention de mettre mal à l’aise son homologue français, et qu’il renonçait donc à son voyage, envoyant à sa place son ministre de la culture.

Ambiance bon enfant

Nous comprenons que l’organisation du Kremlin avait décidé de faire d’une pierre deux coups: une visite présidentielle du centre spirituel et culturel et une interview journalistique.

Dimanche, la jeune Russe est déjà sur place, pour préparer la scène avec Benjamin Vincent et les équipes de FigaroLive, qui ont reçu l’autorisation de filmer l’événement.

Lundi 29 mai, un coup de fil nous apprend que l’entretien aura lieu à 18h10 et que nous sommes attendus avec une heure d’avance. Par mesure de sécurité, les techniciens ont dû installer leur matériel dès la fin de la matinée. À 17h00, l’ensemble du quartier est déjà bouclé par les CRS. Quinze bonnes minutes de négociation pour parvenir à percer le rideau sécuritaire français…

À l’intérieur du bâtiment russe, l’ambiance est plus détendue. Le président s’est déplacé avec sa propre cabine de traduction simultanée. Multiples essais de voix dans une ambiance bon enfant.

L’attente peut commencer. On la meuble en scrutant les portraits des héros russes proposés à l’admiration des jeunes élèves du centre culturel: Lermontov, Pouchkine, Dostoïevski, Tolstoï, mais aussi … Pasternak, l’auteur du Docteur Jivago, à qui Krouchtchev avait interdit le voyage de Stockholm pour y recevoir son prix Nobel de littérature… Il y a aussi un portrait du maréchal Joukov, mais aucun de Lénine ou de Staline. Pas de portrait de Poutine non plus.

Gardes du corps à oreillettes dans tous les sens

Dans cet univers coupé du monde, devant une avenue Rapp étrangement vide de circulation, on apprend que la délégation russe a pris du retard. Une demi-heure, une heure, une heure et demie… Soudain, bruits de voiture. Portières qui claquent. Gardes du corps à oreillettes dans tous les sens. D’une fenêtre on aperçoit le tsar déambulant calmement sous les bulbes de la cathédrale, un pope en robe noire à sa droite, et l’architecte français à sa gauche. Derrière, suit toute une cohorte d’officiers et de civils porteurs de mallette – on fantasme sur les codes nucléaires… Poutine prend son temps pour la visite. L’ambassadeur Orlov vient nous saluer, avec son français parfait, son humour, sa simplicité courtoise.

Poutine arrive enfin. Il sourit, dit bonjour en roulant son r, vous regarde droit dans les yeux. Il est aussi détendu que son entourage semble sur les nerfs. Il a un petit mot gentil pour chacun. Aucune précipitation. Mais quand les micros sont installés, on le voit reprendre sa concentration. Il est prêt pour l’interview. Comme on l’est pour un match de judo…

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