Que peut faire Emmanuel Macron de sa nouvelle victoire électorale et des pleins pouvoirs pour cinq ans que lui confiera très probablement le 18 juin 2017 le peuple français ? Sur le plan intérieur, les Français attendent de lui qu’il remette de la vitalité, de l’ordre et de l’efficacité dans un système politique et social perclus d’archaïsmes, de conservatismes et de corporatismes. Un système dont la dernière réforme en profondeur date du plan Armand-Rueff de 1960, que le président de Gaulle appliqua avec succès. Quelles réformes réaliser en France ? Le président les a certainement identifiées, lui qui fut, tout jeune inspecteur des finances, le rapporteur de la « Commission pour la libération de la croissance française » créée par Sarkozy en 2007. Les réformes urgentes sont au nombre de cinq : un Etat et des collectivités territoriales plus maigres, dont les dépenses de fonctionnement ne soient plus financées par la dette ; une Education nationale où le pédagogisme soit abandonné au profit de l’instruction ; un droit du travail lisible et souple qui ne dissuade plus les entreprises d’embaucher ; une fiscalité simplifiée et mesurée qui ramène les investisseurs en France ; une police et une justice qui fonctionnent en symbiose. Une fois que Macron aura dessiné ces grandes lignes à ses ministres, il pourra dégager du temps pour faire autre chose. Il a en effet déclaré durant sa campagne vouloir revenir à l’esprit et à la lettre de notre Constitution, qui dit, en son article 20 : « Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation ».

Bien que notre Etat ait été géré en dépit du bon sens depuis trente-six ans, les nations du monde conservent encore du respect pour la France. Une fois qu’il sera clair pour tout un chacun que le pays a bel et bien emprunté la voie de l’indispensable réforme, Paris retrouvera pleinement sa voix dans le concert des nations. C’est là qu’une chance historique s’ouvre pour le président français de bâtir, main dans la main avec la chancelière allemande, une politique étrangère innovante, qui refasse de l’Europe continentale une zone de bonne gouvernance enviée par le monde entier.

Rien ne sert de se lamenter sur les errances actuelles et sans doute provisoires de nos vieux amis anglo-saxons, ces deux thalassocraties auxquelles nous lient une communauté de valeurs et une alliance militaire que personne de sérieux ne conteste en France. Mais force est de constater l’absence de lisibilité et de cohérence des politiques suivies depuis 2016 à Washington et à Londres. Il n’est heureusement plus question pour Paris de s’aligner sur la politique étrangère des Etats-Unis. Dans le Golfe Persique, le président Trump a laissé, par son incompétence, ses alliés saoudiens et émiratis détruire la précieuse organisation régionale du CCG (Conseil de coopération du Golfe, regroupant ses six monarchies arabes sunnites). Le blocus imposé au Qatar, sans la moindre raison valable, par les princes saoudiens, n’est pas leur première erreur stratégique. Il y a déjà eu, en mars 2015, l’idée de livrer une guerre, aussi cruelle que superflue, contre les rebelles chiites Houthis du Yémen. Si les Saoudiens et les Américains avaient voulu offrir sur un plateau d’argent la presqu’île du Qatar aux influences iranienne et turque, ils ne s’y seraient pas pris autrement. Aujourd’hui, la France ne peut que prendre un maximum de distance avec une politique étrangère américaine marquée par le retrait des accords de Paris sur le climat, la zizanie entre sunnites dans le Golfe, le réexamen des relations avec Cuba.

Quant au Royaume-Uni, il semble être paralysé pour longtemps par la lourde et pénible digestion de son referendum de Brexit.

C’est la première fois depuis 1815 que l’Europe continentale a la chance de reprendre son destin en main. Si l’entente Paris-Berlin du 15 mai 2017 se poursuit (au prix d’une vraie réforme en France), un nouveau leadership se créera, qui sera suivi par tous les autres pays de l’UE.

Pour quoi faire ? Pour construire une puissance capable d’imposer ses conditions commerciales et financières aux Etats-Unis et à la Chine. Pour créer une économie sociale de marché européenne capable de libérer les énergies entrepreneuriales, sans abandonner personne dans la misère. Pour forger une défense capable de tenir tête aux éventuelles intimidations militaires de la Russie (sans renoncer à vouloir ramener cette grande nation dans la famille européenne). Pour protéger les frontières de l’UE, afin que n’y entrent plus que les immigrés légaux.

Un travail de titan ? Peut-être. Mais pas plus difficile que ce que réalisèrent après la guerre les fondateurs de la CECA et du Marché Commun…

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