Dans le regard que nous portons sur l’Afrique, nous avons trop souvent tendance à nous attarder sur ses catastrophes politiques, ce qui nous laisse trop peu de temps pour examiner les décollages économiques qui se font jour dans la société civile.

Bien sûr, les principales entraves au développement de l’Afrique sont d’origine politique. Si des pays comme la République démocratique du Congo, le Zimbabwe ou le Burundi vont mal, c’est parce qu’ils ont à leur tête des dictateurs incompétents, qui s’accrochent désespérément à leur siège présidentiel. « L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, elle a besoin d’institutions fortes », a dit très justement le Président Obama, un jour où il recevait à la Maison Blanche des représentants de la jeunesse africaine. La famine dont souffre actuellement la Corne de l’Afrique est avant tout due à la piètre administration caractérisant les Etats qui la composent. Un Etat qui n’a rien fait pour l’irrigation de ses terres arables, pour la préservation de sa nappe phréatique, pour la rétention de ses eaux de pluie, pour la construction de réservoirs et de barrages, souffrira bien davantage de la sécheresse qu’un Etat qui a pris soin d’anticiper les aléas du climat.
Quand il a obtenu son indépendance en 2011, le Soudan du Sud avait tout pour réussir. Venant s’ajouter à ses richesses naturelles, le pays reçut un cadeau de cinq milliards de dollars de la part des donateurs occidentaux afin d’amorcer son décollage de jeune nation. Au lieu de se concentrer sur le développement de leur pays, les élites sud-soudanaises se sont lancées dans une très meurtrière guerre pour le pouvoir. Ce conflit a très tôt pris une tournure tribale : les Nuers contre les Dinkas. Grand comme la France, mais cinq fois moins peuplé, le Soudan du Sud est un pays aujourd’hui entièrement ravagé par une lutte politique armée qui n’en finit pas.

Mais il y a aussi une autre Afrique. Celle des entrepreneurs qui ne se rêvent pas dans un palais présidentiel, entourés de courtisans, de parachutistes et de prébendiers. Celle des commerçants riches qui veulent réinvestir leur épargne professionnelle dans une activité de transformation, d’infrastructures et de service. Celle des jeunes diplômés africains des bonnes universités européennes ou américaines, qui reviennent au pays, pour exploiter le fabuleux potentiel de leur Continent. Mille deux cents représentants de cette Afrique-là se sont retrouvés à Genève les 20 et 21 mars 2017, réunis dans le cadre de l’Africa CEO forum, organisé par le Groupe Jeune Afrique. Parlant français ou anglais, ils étaient là pour mettre en pratique une économie africaine qui soit à la fois transversale et diversifiée. Transversale, cela veut dire qu’on ne passe plus par Paris pour faire du business entre la Côte d’Ivoire et le Gabon. Cela veut dire aussi qu’on commence à trouver des banques authentiquement régionales, qui ne sont pas des succursales d’établissements européens ou asiatiques.

La diversification, cela signifie que l’économie d’un pays n’est pas seulement celle de l’exploitation d’une ou deux ressources naturelles, mais aussi celle d’une agriculture durable, capable de nourrir la population. Deuxième pilier de la diversification : la construction d’infrastructures à même de soutenir une industrie de transformation compétitive. Car, sans route, sans port et sans électricité, il n’y a pas de chaîne de froid, et pas de débouchés pour la production. Aujourd’hui, 670 millions d’Africains sont privés d’électricité. Le barrage d’Inga sur le fleuve Zaïre travaille à 10% de ses capacités, quand il pourrait électrifier toute l’Afrique centrale.

Depuis les indépendances de 1960, les modèles de développement qui se sont succédé en Afrique ont eu pour noms le communisme, le néo-colonialisme, le saupoudrage de la Banque mondiale, les prêts « apolitiques » chinois. Tous ont échoué. Les jeunes entrepreneurs du secteur privé africain sont prêts à relever le défi du développement de leur Continent. Mais ils mettent à cela une condition sine qua non : la stabilité des institutions. Si l’Afrique ne reçoit que 7% des investissements internationaux dans les pays émergents, c’est parce qu’elle n’offre pas suffisamment de stabilité légale et fiscale. Aucun entrepreneur ne pourra véritablement réussir s’il reste en permanence menacé d’impayés de l’Etat, de blocages en douane erratiques, d’impôts à la tête du client, de juges incompétents ou corrompus.
L’économiste péruvien Hernando de Soto a démontré que la pauvreté des pays du « Tiers-Monde » ne vient pas d’un manque d’activité économique, mais d’une incertitude juridique générale, qui fait qu’une bonne partie de l’activité existe de manière extralégale et ne peut être convertie en épargne, et donc en futurs investissements productifs…

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