Dans la guerre mondiale qu’il a, depuis une génération, entamée contre l’Occident, l’islamisme n’a cessé de progresser. En novembre 1979, lorsqu’un groupe de 300 croyants fanatisés s’empare à la kalachnikov de la Grande Mosquée de la Mecque afin de dénoncer la coupable « occidentalisation » du Royaume saoudien, le radicalisme wahhabite ne touche que la péninsule arabique. Aujourd’hui, le cancer que représente ce puritanisme obsessionnel – interdisant la moindre prise de distance avec les règles ayant régi une société bédouine du 7ème siècle – a réussi à projeter ses métastases dans le monde entier. Aucun continent n’est désormais épargné.

Le 12 février 2015 un Conseil européen spécifique sera consacré à la lutte contre le terrorisme. Les djihadistes nous ont entraînés dans un conflit asymétrique difficile à livrer, nous obligeant à revoir toutes nos tactiques. Pour dessiner une riposte qui soit efficace, l’Occident devra faire preuve de science, de doigté, d’obstination, et, surtout, d’imagination. Car sa stratégie devra être autant culturelle que militaire. Il s’agit davantage de regagner de jeunes cerveaux fanatisés que de reconquérir des zones semi-désertiques, où prolifèrent les califats autoproclamés. Mais avant d’élaborer la bonne stratégie de riposte, encore faut-il prendre le temps de bien dresser le rapport de force s’appliquant contre nous. Dans cette guerre mondiale, le djihadisme bénéficie actuellement de six principaux atouts.

Le premier est qu’il dispose de bases de sympathie au sein des communautés musulmanes, qui se sont implantées en Europe à l’issue des processus de décolonisation de l’après deuxième guerre mondiale. Imaginons un pays européen, ou une région, où vivraient un million de musulmans issus de l’immigration. Si 1% de ceux-ci sont gagnés par l’idéologie wahhabite, cela fait 10000 personnes qui pensent que la charia doit gouverner le monde. Si 1% de ces derniers estiment que leur honneur les oblige à passer à l’acte, cela fait 100 terroristes prêts à intervenir à tout moment. Rien n’est plus dangereux qu’une cellule dormante. L’ETA ne comptait pas plus de trois cents militants clandestins décidés. Mais quels dommages l’organisation séparatiste basque a-t-elle fait subir à l’Espagne !

Le second atout des djihadistes relève d’un phénomène plus récent, qui est l’existence de vastes territoires reculés, relevant d’Etats plus ou moins faillis, fonctionnant pour eux comme autant de sanctuaires. On pense aux zones tribales pakistanaises, à la quasi-totalité des campagnes afghanes, au nord de la Somalie, au Yémen, à l’Est de la Syrie, au nord-ouest de la Mésopotamie, à la Cyrénaïque et au Fezzan libyens, au nord-est du Nigéria, etc. Bien qu’ils portent parfois une lourde responsabilité dans la création de ces sanctuaires islamistes, les Occidentaux n’ont toujours pas trouvé la bonne méthode pour les réduire.

Troisième atout pour les ennemis de l’Occident : ce dernier est sans cesse trahi, au sein du monde musulman, par les puissances qui se proclament ses alliées. Dans les années 80, ce fut le Pakistan du président Zia-ul-Haq, qui, au nom de la résistance antisoviétique, passait son temps à financer, avec l’argent des Américains et des Saoudiens, les mouvements de moudjahidine les plus antioccidentaux. Aujourd’hui, c’est la Turquie du Frère musulman Erdogan, qui trahit ses alliés de l’Otan, en aidant clandestinement l’Etat islamique.
Pour bien faire la guerre, le moral est primordial. Le moral est d’acier chez les djihadistes qui, tels les kamikaze du Japon de 1945, sont prêts à mourir pour leur foi. Mais il y a aussi l’argent, qui est le deuxième nerf de la guerre. Jusqu’à présent, les Occidentaux n’ont jamais réussi à tarir le flux de dollars alimentant, depuis les pétromonarchies sunnites du Golfe Persique, les mouvements islamistes du monde entier. C’est le quatrième atout des terroristes.

Cinquième chance pour les djihadistes, s’est installée, au sein de « l’arc de crise » courant des côtes du Levant aux vallées de l’Hindou Kouch, une stimulante émulation entre deux grandes marques internationales. La vieille Al Qaïda, qui s’était arrogé un quasi monopole sur le grand terrorisme médiatique, se voit concurrencée par le jeune Daech. La course aux attentats les plus spectaculaires ne fait que commencer !
L’islamisme sunnite n’a en rien forgé le sixième atout dont il bénéficie dans sa guerre aux Occidentaux. Ces derniers perdent en effet aujourd’hui énormément d’énergie à affronter deux très anciennes puissances orientales, qui devraient logiquement être leurs alliées dans le combat contre le wahhabisme : la Russie orthodoxe et l’Iran chiite.
Faire le froid constat des atouts de l’ennemi ne suffit pas pour forger la bonne riposte. Mais c’est une étape indispensable.

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