À la fin de l’automne 1987, un soulèvement populaire éclata spontanément parmi les Palestiniens vivant dans les territoires occupés par Israël après sa victoire dans la guerre des Six Jours de 1967. Partie de la bande de Gaza, cette intifada ou «révolte des pierres» (parce que les jeunes Palestiniens se mirent à caillasser les soldats de la puissance occupante) s’étendit bientôt à la Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Bien qu’elle n’ait été pensée dans aucun parti politique palestinien et qu’elle ait été le résultat d’une simple improvisation de la rue, cette intifada se révéla vite comme un extraordinaire atout de communication pour la cause palestinienne, à une époque où les images télévisées forgeaient déjà les opinions publiques des démocraties occidentales – Israël étant bien sûr l’une d’entre elles. Dans un grand renversement symbolique, avec leurs petites frondes et leurs cailloux, les Palestiniens étaient soudainement devenus des David, et les Israéliens, des Goliath, engoncés qu’ils étaient dans leurs véhicules blindés. Cette intifada suscita la sympathie d’un grand nombre d’activistes des droits de l’homme dans le monde entier, y compris au sein d’une frange importante de la jeunesse israélienne.

Lorsque l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) de Yasser Arafat proclama à Alger, en novembre 1988, la création d’un État palestinien, tout en reconnaissant l’État d’Israël, la cause palestinienne fit un bond auprès de tous les pays membres des Nations unies. Le 13 décembre 1988, devant l’Assemblée générale des Nations unies, Arafat renonçait solennellement au terrorisme et déclarait sa volonté de régler pacifiquement le différend israélo-palestinien, sur la base des résolutions de l’ONU. Aussitôt, le président Ronald Reagan ordonna aux diplomates américains de prendre langue avec l’OLP. En acceptant la résolution 242 du Conseil de sécurité de l’ONU (votée juste après la victoire israélienne dans la guerre des Six Jours contre l’Égypte, la Syrie et la Jordanie), Arafat avait fait une concession fondamentale: il reconnaissait l’existence d’Israël dans ses frontières de mai 1967 (la «ligne verte» du cessez-le-feu de 1949) ; son État palestinien devrait donc s’implanter seulement sur la Cisjordanie et la bande de Gaza. Ces territoires représentant 22 % de la superficie de la Palestine mandataire (l’ex-province ottomane, confiée par la SDN à la Grande-Bretagne après la Première Guerre mondiale), Arafat se montrait peu gourmand et pragmatique. En 1947, les Palestiniens avaient refusé un plan de partage qui leur donnait 42 % du territoire du mandat britannique, plan qu’avait accepté la grande majorité des Juifs, à l’exception de l’Irgoun. Attaqué en mai 1948 par les États arabes le jour de sa proclamation d’indépendance, le jeune État d’Israël va se battre héroïquement (il est alors considéré en Occident comme un David sympathique et idéaliste luttant contre des Goliath arabes corrompus et antipathiques) et gagner une guerre, qui va lui permettre d’étendre son territoire à 78 % de la Palestine mandataire, et qui va provoquer l’exode (à Gaza, au Liban, en Jordanie, en Syrie) de 700 000 Palestiniens.

La nouvelle posture de l’OLP, les pressions d’un Occident lassé d’avoir à gérer continuellement les crises israélo-palestiniennes et le courage d’un grand général israélien devenu premier ministre (Rabin) aboutirent aux accords d’Oslo de septembre 1993 et à la fin de l’intifada. J’étais à Gaza lorsque le monde entier vit à la télévision Arafat tendre la main à Rabin sur la pelouse de la Maison-Blanche. Cette poignée de main eut un effet extraordinaire sur les Palestiniens: je vis les adolescents de Gaza City se précipiter sur les jeunes soldats israéliens (qui, à l’époque, gardaient tous les bâtiments publics) pour les embrasser sur les deux joues! Ce soir-là, je crus sincèrement qu’un accord de paix israélo-arabe était possible.

L’assassinat de Rabin par un extrémiste juif en novembre 1995, puis le retour au pouvoir d’une droite israélienne héritière de l’idéologie de l’Irgoun survinrent comme des freins à l’esprit d’Oslo. Mais, en écoutant les mauvais conseils du Hezbollah libanais, en passant à l’intifada armée en octobre 2000, en renouant avec le terrorisme le plus aveugle, en faisant sauter des discothèques à Tel-Aviv et des restaurants à Netanya, les extrémistes palestiniens ont tué un processus qui aurait fatalement conduit à l’établissement d’un État palestinien.

Les kalachnikovs, les ceintures d’explosifs, les roquettes Grad du mouvement islamiste palestinien Hamas (rival de l’OLP) ont fonctionné comme des poisons pour la cause palestinienne. Ces armes, militairement ridicules face aux F-16, aux Merkava et au Dôme d’acier israéliens, n’avaient aucune chance d’impressionner le gouvernement de Jérusalem. En revanche, en tuant des civils innocents, elles ont éloigné de la cause palestinienne toute une frange de l’électorat israélien. Lorsqu’il y eut les massacres de Sabra et Chatila en 1982, les manifestations d’indignation les plus importantes au Moyen-Orient eurent lieu à… Tel-Aviv. Dans les années 1990, la grande majorité des citoyens israéliens ne voulaient plus entendre parler des Territoires occupés. Aujourd’hui, l’influence du mouvement israélien La Paix maintenant a été divisée au moins par dix. Sans le dire ouvertement, les dirigeants israéliens actuels estiment que la Cisjordanie (qu’ils appellent des noms bibliques de Judée et Samarie) fait partie du territoire éternel d’Israël.

Les Palestiniens n’ont pas su voir que l’Inde avait réussi à conquérir son indépendance sans tirer un seul coup de fusil contre les Britanniques, par la simple force de la «Résistance passive» du Mahatma Gandhi. En choisissant le recours puéril à la violence, les Palestiniens ont laissé échapper une victoire politique qui leur tendait les bras.

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