Le Liban pleure, alors que c’est un pays bénit des dieux. Son territoire, montagneux, n’est pas grand (l’équivalent de deux départements français), mais il est d’une beauté à couper le souffle – une sorte de Côte d’Azur orientale. Ses plaines, irriguées, nombreuses, lui offrent un potentiel agricole équivalent à celui de son voisin du sud, Israël. Sa population est éduquée, travailleuse, imaginative, entreprenante. Les cinq millions de Libanais vivant au pays sont soutenus par une diaspora de 12 millions de personnes, qui réussissent brillamment en Europe ou aux Amériques, et qui restent passionnément attachées à leur terre d’origine.

Malgré tous ces atouts, le Liban traverse actuellement sa pire crise existentielle depuis sa guerre civile (1975-1990), un conflit qui avait été provoqué par un facteur extérieur (les réfugiés palestiniens) et qui avait scindé le pays en deux (chrétiens contre musulmans).

Aujourd’hui, l’Etat, endetté de plus de 90 milliards de dollars, est en défaut de paiement depuis mars 2020 et la livre libanaise, qui était stable et accrochée au dollar depuis 1993, s’échange actuellement sur le marché noir au neuvième de sa valeur. Les petits épargnants n’ont plus librement accès à leur épargne. Le pays est sans gouvernement depuis plus de neuf mois. Manque de volonté ou de capacité ? Le premier ministre désigné (le sunnite Saad Hariri), traîne à former un gouvernement. Par le jeu des ingérences politiciennes, la justice est paralysée dans son enquête sur les causes de l’explosion gigantesque du port de Beyrouth, le 4 août 2020. En un an les réserves de la Banque du Liban sont passées de 35 à 15 milliards de dollars, touchant actuellement le niveau plancher des réserves obligatoires. En un an et demi, 300000 Libanais – en majorité des jeunes diplômés- se sont exilés pour des raisons économiques.

Il est désormais urgent que le Liban puisse se trouver un gouvernement de salut national, capable de s’atteler à cinq tâches primordiales. Premièrement, ouvrir un dialogue crédible avec les créanciers du Liban et le Fonds monétaire international. Deuxièmement, établir un budget réaliste qui crée des recettes pour financer ses dépenses. Près de la moitié de la dette publique est due au déficit accumulé des secteurs de l’électricité et des carburants, très largement subventionnés par l’Etat. Troisièmement, restructurer le secteur bancaire par consolidations – il y a plus de quarante banques de dépôt, alors que dix suffiraient amplement. Quatrièmement, faire flotter la livre libanaise avec un certain encadrement. Cinquièmement, renforcer l’indépendance de la justice et l’autonomie de la commission électorale.

Une très grande majorité des Libanais soutiendra un tel programme de bon sens. Le problème est de savoir comme nommer un gouvernement de salut national. Il faut être réaliste, on ne changera pas le confessionnalisme libanais du jour au lendemain. Selon les accords de Taëf d’octobre 1989, amendant la constitution de l’indépendance de 1943, les ministres (comme les députés) doivent être en nombre égal entre chrétiens et musulmans.

Pour que le choix des 24 ministres (cinq maronites, trois grecs orthodoxes, deux grecs catholiques, un arménien, un protestant, cinq sunnites, cinq chiites, deux druzes), aille vers les personnalités les plus compétentes et intègres, il faudrait que le Liban adopte deux règles nouvelles. La rotation des portefeuilles pour éviter l’installation de la corruption. L’abolition de l’exclusivité du choix des ministres par leur chef confessionnel. Si, par exemple, le nom d’un ministre chiite est choisi par le groupe chrétien Marada (celui de la famille Frangieh dans le nord chrétien) qui à son tour cède le choix du nom d’un ministre chrétien à la majorité sunnite, et ainsi de suite, on aura déjà beaucoup progressé et donner un message d’espoir à la population.

Le premier ministre devrait avoir le droit de choisir le nom d’un ministre entre trois propositions publiques par les différents partis politiques concernés. Et cela après avoir distribué, en accord avec le président de la République, les 24 portefeuilles aux différentes confessions.

Beaucoup de jeunes Libanais, qui protestent depuis la « Saura » (Révolution) du 17 octobre 2019, seront déçus par le maintien du confessionnalisme. Mais, si le changement constitutionnel peut attendre un an, la situation économique ne le peut pas. Les jeunes de l’opposition n’ont qu’à se mettre d’accord sur un projet commun, se présenter unis aux élections parlementaires de juin 2022, gagner la majorité et construire ensuite l’Etat qu’ils souhaitent.

La France est la seule puissance engagée sincèrement à aider le Liban. Une fois qu’un tel gouvernement de salut aura été constitué, le président Macron pourra, auprès des autres puissances, briser le boycott dont souffre le Liban.

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